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Back Market : "Plus le reconditionné prend de place, moins il y en a pour le neuf"

©NataVilman/Shutterstock

Depuis quatre ans, la plateforme Back Market propose à ses clients d'acheter des produits high tech reconditionnés plutôt que neufs pour réduire l'impact négatif pour l'environnement. Rencontre avec Thibaud Hug de Larauze, CEO et cofondateur de l'entreprise. 

Pourquoi avez-vous créé Back Market ? 

Nous avons lancé Back Market il y a quatre ans, en novembre 2014, dans l'idée de créer une alternative de consommation aux produits neufs. Pour nous, cette alternative crédible ce sont les produits reconditionnés. Ce sont des produits qui ont déjà eu une vie et qui en ont une deuxième grâce aux professionnels qui les remettent à neuf. L'objectif est que l'expérience du consommateur soit aussi bonne, si ce n'est plus, qu'avec un produit neuf. 

En quoi Back Market se distingue-t-il des autres plateformes qui proposent des produits reconditionnés ? 

Le marché du reconditionné existait avant que Back Market ne soit créé mais nous avons structuré et accéléré la croissance de ce marché. Pour nous, ce marché répond à un vrai enjeu de société qui est d'accélérer la transition vers une façon plus raisonnable de produire et de consommer les produits high tech. Un des problèmes majeurs avant que l'on ne crée Back Market, c'était un accès compliqué pour le consommateur qui devait se renseigner et composer avec des standards de qualité très inégaux. Aujourd'hui nous avons 350 partenaires professionnels qui vendent sur notre plateforme. Tout est centralisé avec une seule grille de lecture et des exigences communes à l'ensemble de nos partenaires ce qui rend l'expérience beaucoup plus claire et qualitative. 

Pourquoi choisir un produit reconditionné plutôt qu'un produit neuf ? 

80 % de l'empreinte carbone des produits high tech est émise au moment de la production. Le mal est fait dès la fabrication en quelque sorte. Notre mission c'est donc de les faire durer le plus longtemps possible. Aujourd'hui le marché est prévu pour produire toujours plus massivement et rapidement mais aucune vraie solution n'est prévue pour l'après-vie de ces produits. Selon les chiffres de l'Ademe, cinquante millions de tonnes de déchets électroniques ont été produits ce qui est deux fois plus qu'il y a dix ans et une croissance de 7 % par rapport à l'année précédente. Donc nous offrons une réponse pragmatique avec le choix d'un produit reconditionné dont le reconditionnement émet peu de pollution vu qu'il repose surtout sur la main d'oeuvre. Cette dernière vérifie les composants, les teste, les nettoie et les renvoie pour un deuxième voire un troisième cycle. Nous commençons même à avoir des produits qui ont un quatrième cycle de vie sur la plateforme. 

Etes-vous attentifs aux conditions sociales et environnementales derrière le reconditionnement de vos produits ? 

C'est très important pour nous, mais nous attaquons les problèmes un par un. Notre premier problème a été de résoudre l'accès aux produits reconditionnés en rassemblant les acteurs sérieux du marché et en offrant des garanties sur le bon fonctionnement du matériel aux acheteurs. Nous nous intéressons également de plus en plus à la manière dont sont gérées les pièces de nos produits. Il faut savoir que le reconditionnement demande souvent des changements de batteries donc nous nous assurons auprès de nos partenaires que ces batteries soient recyclées proprement. Nous encourageons nos partenaires à reconditionner de la façon la plus propre possible ce qui fait partie de notre charte de qualité. Enfin, même si ce sont des sujets qui nous tiennent à coeur nous ne nous sommes pas encore attaqué à certains problèmes comme celui des transports. 

Vos acheteurs sont-ils plus motivés par l'aspect écologique ou par le prix de ce que vous proposez ? 

Par les deux et heureusement. L'impact écologique n'est pas encore l'argument numéro un de consommation mais ça a quand même du sens pour de plus en plus de nos consommateurs. Même ceux qui font la démarche d'acheter un produit reconditionné parce qu'il est deux fois moins cher qu'un produit neuf, nous faisons l'effort de les informer sur l'impact positif de leur achat sur l'environnement. Nous avons de plus en plus de retours des clients qui n'avaient pas pensé à cet aspect mais sont heureux des conséquences de leurs achats. Nous avons un devoir pédagogique à ce niveau pour que le consommateur ait de plus en plus ce réflexe pour sa consommation de produits high tech. Quand nous avons créé Back Market, le but était de démocratiser un mode de consommation qui a du sens. Aujourd'hui nos salariés sont heureux de venir travailler dans une entreprise qui a un impact positif à deux niveaux. Le reconditionnement a un impact positif à l'échelle environnementale mais également sociale. Il faut savoir qu'il nécessite beaucoup de main d'oeuvre et créé donc beaucoup d'emploi. 

D'une certaine manière votre entreprise ne profite-t-elle pas de la surproduction actuelle ? 

L'économie circulaire, que nous pratiquons, fonctionnerait sans neuf et même mieux sans cette surproduction. C'est-à-dire que si l'on arrête de produire du neuf, les consommateurs n'auraient pas d'autre choix que d'acheter de l'occasion ou des produits remis à neuf. Plus le reconditionné prend de place, moins il y en a pour le neuf et donc moins il est produit. Je pense que nous sommes au tout début de cette transition et c'est notre rôle, en tant qu'acteur majeur, de nous assurer que cette transition soit la plus rapide et la plus impactante possible. 

Back Market en chiffres : 

  • Plus d'un million de clients
  • 350 usines de reconditionnement
  • 135 salariés
  • Trois bureaux (à Paris, Bordeaux et New York)
  • Présent dans six pays dans le monde dont la France, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et les États-Unis 

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab.

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