Plus de 50 pays ont recours à l’ensemencement des nuages pour favoriser les précipitations.
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Climat

Ensemencement des nuages : peut-on vraiment faire pleuvoir ?

Face à la sécheresse, plusieurs dizaines de pays ont recours à l’ensemencement des nuages pour tenter d’augmenter les précipitations. Une technique qui peut fonctionner dans certaines conditions, mais qui présente de nombreuses limites. 

Faire tomber la pluie sur commande pour lutter contre la sécheresse ? L’idée n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs décennies, certains pays ont recours à l’ensemencement des nuages, une technique qui consiste à introduire différentes substances dans l’atmosphère afin de favoriser les précipitations. Plus de 50 pays disposent aujourd’hui de programmes opérationnels de modification du temps, notamment pour augmenter la pluie ou la neige, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). 

La pratique est notamment très développée aux Émirats arabes unis, où le Centre national de météorologie dispose de quatre avions spécialisés dans ces opérations et pilote un programme de recherche consacré à l’amélioration des précipitations. La Chine y recourt également à grande échelle : le State Council Information Office of China indique qu’entre janvier et mai 2025, les services météorologiques chinois ont effectué plus de 500 vols d’ensemencement et près de 17 000 opérations depuis le sol. 

Des particules injectées dans les nuages 

L’ensemencement ne permet toutefois pas de créer des nuages à partir de rien. La technique consiste à intervenir sur des formations déjà présentes afin de modifier les processus physiques qui s’y déroulent. 

L'OMM détaille plusieurs méthodes. L’ensemencement dit glaciogène vise les nuages contenant de l’eau liquide surfondue, c’est-à-dire restée liquide malgré une température inférieure à 0 °C, ainsi que certains nuages mêlant eau liquide et cristaux de glace. Des particules, généralement d’iodure d’argent, y sont dispersées afin de favoriser la formation de cristaux de glace, qui peuvent ensuite grossir jusqu’à tomber sous forme de neige ou de pluie.  

L’ensemencement hygroscopique cible plutôt l’eau liquide présente dans certains nuages. Des particules, notamment à base de sels, sont utilisées pour favoriser la collision et la fusion des gouttelettes, et ainsi augmenter leurs chances de devenir suffisamment grosses pour tomber. Ces substances peuvent être diffusées depuis des avions ou depuis le sol.  

Une efficacité démontrée... dans certaines conditions 

Mais ces techniques fonctionnent-elles réellement ? Une expérience menée en 2017 dans l’Idaho, aux États-Unis, a permis de suivre avec précision les effets de l’ensemencement de nuages montagneux hivernaux. Grâce à des radars et des instruments au sol, les chercheurs ont pu observer le trajet de l’iodure d’argent et mesurer les chutes de neige supplémentaires générées après son injection.  

"Nous pouvons affirmer que l’ensemencement des nuages augmente les chutes de neige dans de bonnes conditions", explique Sarah Tessendorf, chercheuse au National Center for Atmospheric Research (NCAR) et coauteure de l’étude. 

Toute la difficulté réside précisément dans ces "bonnes conditions". L’efficacité varie en fonction du type de nuage, de sa température, des vents ou encore de la quantité d’eau qu’il contient. Selon le Government Accountability Office (GAO) américain, les études analysées évaluent les précipitations supplémentaires entre 0 et 20 %. L’organisme souligne toutefois les importantes incertitudes entourant ces estimations. 

Pas de pluie à la demande 

L’ensemencement reste en effet entièrement dépendant des conditions météorologiques naturelles. "Les bonnes catégories de nuages" doivent être présentes pour espérer augmenter les précipitations, rappelle le GAO. 

L’OMM va plus loin : l’énergie mise en jeu dans les systèmes météorologiques est trop importante pour permettre de créer artificiellement un système nuageux pluvieux, de déplacer les vents afin d’amener de la vapeur d’eau dans une région ou encore de faire disparaître des phénomènes météorologiques violents. Les techniques prétendant obtenir des effets d’une telle ampleur ne reposent, selon l’organisation, sur aucune base scientifique solide.  

Les résultats obtenus dans une région ne peuvent pas non plus être automatiquement transposés ailleurs. L’OMM souligne que les caractéristiques naturelles des nuages varient fortement selon les environnements, ce qui explique notamment pourquoi les preuves sont aujourd’hui plus solides pour l’ensemencement glaciogène de certains nuages montagneux hivernaux que pour d’autres techniques. 

Quels risques pour l’environnement ? 

L’utilisation de substances comme l’iodure d’argent soulève également la question de leurs conséquences sur l’environnement et la santé. À ce jour, les études publiées n’ont pas mis en évidence d’effets significatifs aux quantités habituellement utilisées, indique l’OMM. Même conclusion pour le GAO, qui souligne cependant que les effets d’un recours beaucoup plus important à cette substance restent mal connus. 

D’éventuelles conséquences involontaires, notamment sur les précipitations situées en aval des zones ensemencées, ont aussi été évoquées par certaines études, mais nécessitent encore des recherches supplémentaires, précise l’OMM. 

L’ensemencement permet donc, dans certaines configurations, de donner un coup de pouce à des précipitations qui auraient pu se former naturellement. Bien loin, toutefois, d’une technologie capable de faire tomber la pluie à volonté.