Un éleveur nomade garde son troupeau de moutons dans les vastes pâturages de Mongolie, aujourd’hui fortement fragilisés par la sécheresse et la dégradation des terres.
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Politique

COP17 : financements, sécheresses… ce qui se joue en Mongolie

Près de 200 pays sont réunis depuis lundi 17 août en Mongolie pour la COP17 sur la lutte contre la désertification. Deux ans après des négociations restées inachevées à Riyad, cette nouvelle édition doit notamment permettre d’avancer sur le financement de la restauration des terres et la réponse aux sécheresses. Que peut-on attendre de cette COP encore méconnue ?

La COP17 sur la lutte contre la désertification s’est ouverte lundi 17 août à Oulan-Bator, en Mongolie. Jusqu’au 28 août, 197 parties sont réunies pour tenter de faire avancer la réponse internationale face à la dégradation des terres et aux sécheresses. Un rendez-vous qui reste largement dans l’ombre des grandes conférences environnementales, malgré des enjeux de plus en plus pressants.

Car cette COP partage une histoire commune avec celles consacrées au climat et à la biodiversité. Toutes trois trouvent leur origine dans le Sommet de la Terre de Rio de 1992, qui a donné naissance à trois grandes conventions internationales. Mais depuis, leur trajectoire a largement divergé.

La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) n’a jamais bénéficié de la même exposition politique et médiatique. "Ces trente dernières années, ce traité sur la désertification a été le 'parent pauvre' [des trois conventions de Rio]. C’est celui qui a suscité le moins d’intérêt, avec pour conséquence de maigres progrès", soulignait ainsi The Guardian à l’ouverture de la COP17.

Une COP longtemps restée au second plan

Le constat tranche pourtant avec l’ampleur du problème auquel la Convention doit répondre. Près de 40 % des terres émergées sont aujourd’hui dégradées à travers le monde, selon les Nations unies. La désertification en constitue une partie : loin de désigner la simple avancée des déserts, elle correspond à la dégradation des terres dans les zones sèches, sous l’effet des conditions climatiques et des activités humaines.

Ses conséquences dépassent donc largement la seule santé des sols. Lorsque les terres perdent en fertilité et retiennent moins bien l’eau, les rendements agricoles peuvent diminuer et les populations deviennent plus vulnérables aux sécheresses. La question touche ainsi directement à la sécurité alimentaire et à l’adaptation au changement climatique.

C’est aussi ce qui explique le regain d’attention porté aux négociations. La COP17 se déroule cette année dans un pays particulièrement exposé : près de 77 % des terres mongoles sont dégradées, selon la CNULCD. L’élevage occupe par ailleurs une place centrale dans l’économie et les modes de vie d’une partie de la population.

Le pastoralisme constitue ainsi l’un des fils rouges de cette édition, alors que 2026 a été proclamée Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux par les Nations unies. Cette forme d’élevage repose sur le déplacement des troupeaux entre différents pâturages au fil des saisons, en fonction des ressources disponibles. Lorsqu’il est adapté aux capacités des écosystèmes, il peut notamment participer à l’entretien des paysages, à la préservation de la biodiversité ou à la prévention des incendies.

Après l’échec de Riyad, débloquer les négociations

Mais la COP17 doit surtout reprendre un dossier laissé en suspens deux ans plus tôt. À Riyad, la COP16 s’était achevée sans accord sur la mise en place d’un cadre mondial juridiquement contraignant consacré à la sécheresse, demandé notamment par plusieurs pays africains particulièrement vulnérables.

Derrière ce désaccord se pose une question récurrente des négociations environnementales : celle des moyens dont disposent les pays les plus exposés pour s’adapter. Plusieurs États d’Afrique et d’Asie défendent notamment la création d’un fonds spécifique consacré à la lutte contre la désertification et les sécheresses.

Les besoins sont considérables. En 2024, la CNULCD estimait à environ 430 milliards de dollars par an les investissements nécessaires pour lutter contre la désertification et restaurer les terres dégradées, alors que 66 milliards avaient été mobilisés en 2022.

L’enjeu consiste donc à augmenter les financements, mais également à convaincre qu’ils ne constituent pas seulement un coût. "Chaque dollar qui est investi dans la restauration des terres dégradées rapporte entre 7 et 30 dollars", rappelait sur RFI Sandra Rullière, responsable adjointe de la division agriculture, développement rural et biodiversité de l’Agence française de développement, en s’appuyant sur les estimations de la Convention.

Transformer les engagements en résultats

La question est d’autant plus sensible que les précédentes conférences ont déjà donné lieu à d’importantes annonces. À Riyad, quelque 12 milliards de dollars d’engagements financiers avaient été annoncés. La COP17 doit désormais permettre de préciser comment ces moyens peuvent se traduire sur le terrain, tout en cherchant à mobiliser davantage d’argent public et privé.

Dès l’ouverture des discussions, le Premier ministre mongol Uchral Nyam-Osor a d’ailleurs placé la conférence face à cette exigence. "Cette COP17 ne doit pas tomber dans la redite d’engagements antérieurs, mais accélérer la concrétisation et la transformation de ces engagements en résultats mesurables", a-t-il déclaré, selon l’agence de presse officielle mongole Montsame.

Derrière les négociations techniques sur les sols se dessine ainsi un enjeu beaucoup plus large : déterminer quelle place la communauté internationale est prête à accorder à leur restauration et, surtout, quels moyens elle compte y consacrer. D’ici au 28 août, la COP17 devra montrer si la lutte contre la désertification peut enfin commencer à sortir de son statut de "parent pauvre" des grandes négociations environnementales.