Des orages parfois violents, mais des nappes phréatiques qui continuent de se vider. Au 1er août 2026, 94 % des niveaux suivis en France étaient en baisse et 63 % se situaient sous les normales mensuelles, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Une situation notamment liée à un déficit de pluies dites "efficaces" depuis le mois de mai.
Car pour recharger les nappes, il ne suffit pas qu’il pleuve : encore faut-il que l’eau parvienne à s’infiltrer suffisamment profondément dans les sols.
Des précipitations qui retournent en grande partie dans l’atmosphère
Une fois tombée au sol, l’eau peut emprunter différents chemins. Une partie ruisselle vers les cours d’eau, tandis qu’une autre s’infiltre dans le sol. Mais une grande quantité retourne également dans l’atmosphère par évaporation, ou par transpiration des végétaux : l’évapotranspiration.
Selon le BRGM, plus de 60 % des eaux issues des précipitations en France sont ainsi redistribuées vers l’atmosphère. Le reste peut s’infiltrer plus profondément et contribuer à alimenter les aquifères, ces formations géologiques capables de stocker et de laisser circuler l’eau souterraine.
C’est là qu’intervient la notion de "pluie efficace". Comme l’explique Eaufrance, le service public d'information sur l’eau, celle-ci correspond à la partie des précipitations qui reste disponible après l’évapotranspiration et qui peut contribuer à alimenter les milieux aquatiques et les nappes. À quantité de pluie identique, cette part varie fortement selon la période de l’année.
L’hiver, une période décisive
Les nappes se rechargent ainsi principalement entre le début de l’automne et le début du printemps. Durant cette période, les températures plus basses limitent l’évaporation, tandis que la végétation, moins active, prélève moins d’eau. Davantage de précipitations peuvent alors traverser les différentes couches du sol et rejoindre les réserves souterraines.
À l’inverse, au printemps et en été, la hausse des températures et la reprise de la végétation augmentent l’évapotranspiration et limitent l’infiltration en profondeur. Les nappes entrent alors dans leur période habituelle de vidange : leur niveau diminue progressivement jusqu’à l’automne.
Une baisse qui peut se poursuivre même lorsqu’il pleut. Les nappes ne sont en effet pas des réservoirs fermés : l’eau souterraine circule dans les roches et s’écoule progressivement vers différents exutoires naturels, comme les rivières ou la mer. Pour que leur niveau remonte, les apports doivent être suffisamment importants pour compenser ces sorties.
Des pluies abondantes qui restent en surface
L’intensité des précipitations joue également un rôle dans la recharge des nappes : une grande quantité d’eau tombée en peu de temps a tendance à davantage ruisseler en surface. Dans son bulletin sur la situation des nappes d'eau souterraine au 1er août 2026, le BRGM constate ainsi que "les pluies tombées lors des épisodes orageux souvent violents s’infiltrent peu dans les sols". Un phénomène accentué par les canicules successives, qui ont "favorisé l’évapotranspiration et accru le besoin en eau des plantes".
Une pluie moins intense est au contraire plus propice à l’infiltration. "Il est préférable d’avoir une petite pluie qu’une pluie trop violente", explique Violaine Bault, hydrogéologue et coordinatrice nationale du bulletin de situation des nappes phréatiques au BRGM, dans un entretien accordé à Réussir Grandes Cultures en avril 2025.
L’efficacité des précipitations dépend aussi de l’état du sol. L’hydrogéologue souligne notamment qu’un sol trop sec ou trop humide absorbe moins bien l’eau et que sa compaction peut limiter l’infiltration. La nature des roches joue également : une couche argileuse, par exemple, favorise le ruissellement.
L'impact du changement climatique
Le réchauffement climatique pourrait encore modifier ces équilibres. Selon le BRGM, "dans un monde qui se réchauffe, l’évapotranspiration a globalement tendance à augmenter, ce qui réduit la quantité d’eau du sol disponible pour l’infiltration et le ruissellement".
La hausse des températures a aussi un impact sur le cycle végétatif. "La végétation reste active beaucoup plus longtemps, jusqu’à début novembre par exemple pour les arbres", détaille Violaine Bault. Elle estime ainsi que la France a perdu, depuis 2015, "deux à trois semaines de durée de recharge des nappes".
Ces évolutions devraient toutefois différer selon les territoires. Les projections du programme Explore2, publiées fin 2025, prévoient notamment une recharge qui pourrait augmenter dans le nord-est de la France mais diminuer dans le sud-est. Des évolutions susceptibles d’accentuer les tensions sur la ressource en eau dans des territoires déjà vulnérables.