Le concept de "ville éponge", né en Chine, s’impose progressivement comme une nouvelle manière d’aménager les territoires.
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Environnement

Face aux inondations et aux sécheresses, les villes veulent devenir des éponges

Longtemps pensées pour évacuer l’eau le plus rapidement possible, les villes changent de modèle. Face à l’intensification des épisodes climatiques extrêmes, de plus en plus de collectivités cherchent désormais à retenir l’eau, à la stocker et à la laisser s’infiltrer dans les sols. Le concept de ville éponge, né en Chine, s’impose progressivement comme une nouvelle manière d’aménager les territoires.

Le principe est simple : rendre aux espaces urbains leur capacité naturelle d’absorption. Là où l’asphalte, le béton et les parkings empêchent l’eau de pénétrer dans le sol, la ville éponge privilégie les surfaces perméables : jardins, parcs, zones humides, noues végétalisées, toitures végétalisées ou encore revêtements drainants.

L’objectif est de limiter le ruissellement lors des fortes pluies, de réduire les risques d’inondation, mais aussi de mieux conserver l’eau pendant les périodes de sécheresse.

L’idée de ville éponge apparaît dans les travaux de l’architecte et paysagiste chinois Kongjian Yu dès les années 1990. L’expression "sponge city" se diffuse ensuite au début des années 2000, avant de devenir une véritable politique publique en Chine à partir de 2014.

Le pays est alors confronté aux conséquences d’une urbanisation extrêmement rapide : artificialisation massive des sols, multiplication des surfaces bétonnées et augmentation des épisodes de pluies intenses. Dans de nombreuses villes chinoises, l’eau ne peut plus être absorbée naturellement par les sols et provoque des inondations importantes.

À l’inverse d’une ville traditionnelle conçue autour du "tout-tuyau", où l’eau de pluie est immédiatement évacuée vers les réseaux d’assainissement, la ville éponge cherche à ralentir son parcours. Le sol devient un outil de gestion de l’eau.

Une ville éponge fonctionne comme un sol naturel : elle absorbe, stocke et restitue progressivement l’eau.

Retenir l’eau pour lutter contre les deux extrêmes climatiques

La capacité des sols à retenir l’eau joue un rôle majeur dans l’adaptation au changement climatique. Lorsqu’un sol naturel n’est pas saturé, il agit comme une éponge : il limite le ruissellement et favorise l’infiltration vers les nappes phréatiques.

En période de fortes pluies, cette capacité permet de réduire les volumes d’eau arrivant brutalement dans les cours d’eau et les réseaux d’assainissement. En période sèche, l’eau stockée dans les sols peut ensuite être progressivement restituée.

Certaines villes expérimentent déjà ces solutions. À Ningbo, en Chine, une zone humide artificielle permet notamment de filtrer et de stocker les eaux issues de précipitations intenses.

Cette logique dépasse d’ailleurs les espaces urbains. Selon, Géoconfluences, le chercheur et paysagiste Alexis Pernet parle de "paysages-éponges" pour désigner des territoires ruraux capables de retrouver leur fonction naturelle de stockage de l’eau. Restaurer les zones humides, ralentir les écoulements ou reconnecter les cours d’eau deviennent alors des outils de prévention contre les inondations et les sécheresses.

Berlin futur capitale éponge

En Europe, certaines grandes villes s’engagent également dans cette transformation. Berlin fait figure d’exemple avec un vaste projet visant à adapter la capitale allemande aux nouveaux défis climatiques.

Pour le média Reporterre, la géographe Lisa Junghans, engagée dans l’initiative citoyenne BaumEntscheid en faveur de l’adaptation climatique, explique avoir participé à l’élaboration d’un projet de loi largement repris par le Sénat berlinois. Adoptée fin 2025, cette politique prévoit notamment la plantation de 200 000 arbres, la création d’îlots de fraîcheur et la désimperméabilisation progressive des espaces publics.

L’objectif est particulièrement ambitieux : d’ici 2040, la moitié des espaces publics berlinois devront être déconnectés du réseau d’assainissement afin que les eaux de pluie puissent être infiltrées directement dans les sols.

Pourtant, Berlin bénéficie déjà d’une importante présence végétale. Près de 28 % de sa surface est occupée par des espaces verts et des forêts, contre seulement 5,6 % pour Paris. Mais la ville reste vulnérable face au changement climatique.

La région Berlin-Brandebourg connaît en effet un stress hydrique croissant, marqué par l’alternance entre sécheresses prolongées et pluies violentes. L’arrêt progressif de l’exploitation du lignite, qui entraînait depuis plus d’un siècle un pompage massif des eaux souterraines, pourrait également fragiliser l’approvisionnement en eau de la capitale.

En France, des collectivités expérimentent aussi le modèle

Le concept gagne également du terrain en France. Plusieurs communes cherchent à sortir du modèle du "tout-à-l’égout" en favorisant une gestion plus naturelle des eaux pluviales.

À Douai, dans le Nord, la municipalité récupère les eaux de pluie provenant des bâtiments publics pour nettoyer les espaces urbains et arroser les plantations. Cette stratégie permet à la fois de limiter la consommation d’eau potable et de soulager les réseaux d’assainissement.

Aux Mureaux, dans les Yvelines, la ville applique depuis plusieurs décennies le principe d’infiltration "à la parcelle". Les nouveaux quartiers ne sont plus raccordés systématiquement aux réseaux classiques : les eaux sont retenues grâce à des noues, des fossés végétalisés qui permettent leur infiltration progressive. Cette politique a permis de supprimer plusieurs kilomètres de réseaux d’eau.

D’autres projets misent sur des matériaux innovants : béton poreux, enrobés drainants, parkings perméables ou encore toitures végétalisées.