Le transport représente près d'un tiers des émissions françaises de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, le développement du ferroviaire apparaît comme un levier incontournable pour atteindre les objectifs climatiques. En moyenne, un trajet en train longue distance émet environ 95 % de CO₂ de moins qu'un déplacement équivalent en voiture ou en avion.
Cette performance environnementale explique l'engouement croissant des voyageurs. Selon une étude réalisée en 2023 pour la SNCF, 63 % d’entre eux disent prendre le train par conviction écologique. Une autre enquête, ayant sondé une plus large partie de la population française, nous apprend que 83 % des répondants reconnaissent les bénéfices environnementaux de ce mode de transport.
Mais face aux aléas climatiques, le train est en première ligne. La réouverture de la ligne Paris-Milan en mars 2025, interrompue pendant près d'un an et demi après un important éboulement survenu en août 2023 dans les Alpes, illustre parfaitement cette nouvelle réalité. Ce type d'événement, autrefois exceptionnel, tend à devenir plus fréquent à mesure que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient.
Un réseau de plus en plus vulnérable
En effet, les fortes chaleurs provoquent la dilatation des rails, augmentant les risques de déformation ou d'arrachement des lignes électriques. Les pluies intenses fragilisent les talus et favorisent les coulées de boue, tandis que les incendies et les tempêtes endommagent régulièrement les voies.
Ces dernières années, les épisodes se sont multipliés : des inondations en Bretagne ont interrompu le trafic ferroviaire, tandis que des glissements de terrain dans les Pyrénées-Orientales, en Lozère ou encore dans l'Aisne ont provoqué plusieurs déraillements. Quel que soit le scénario du GIEC retenu, cette tendance devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies, avec une intensité variable selon le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les intempéries pourraient ainsi multiplier de 8 à 11 fois les perturbations ferroviaires d’ici à 2100
La SNCF estime d'ailleurs que les conséquences du réchauffement climatique sur l'exploitation du réseau pourraient être 2,5 fois plus importantes dès 2050.
Des trains conçus pour résister aux fortes chaleurs
Face à ces nouveaux défis, les constructeurs adaptent progressivement les futurs matériels roulants. Les anciennes voitures Corail, mises en service dans les années 1970 et 1980, montrent aujourd'hui leurs limites. Leur climatisation devient inefficace lorsque les températures dépassent environ 38 °C, obligeant parfois la SNCF à supprimer certaines circulations de manière préventive.
Les nouvelles rames Oxygène, attendues à partir de 2027 sur plusieurs lignes Intercités, ont été conçues pour fonctionner malgré des températures extérieures pouvant atteindre 41 à 45 °C.
Le futur TGV M intègre lui aussi plusieurs innovations destinées à faire face aux canicules. Sa peinture blanche réfléchit davantage les rayons du soleil, limitant ainsi l'échauffement des voitures. Une batterie de secours permettra également d'alimenter la climatisation, l'éclairage et la sonorisation pendant plusieurs heures en cas de coupure électrique, évitant ainsi que les voyageurs restent immobilisés dans des rames surchauffées.
Des exemples inspirants en Europe
Certains pays européens ont déjà mis en place des solutions innovantes. En Belgique et en Italie, les rails sont peints en blanc afin de réduire leur température lors des épisodes de forte chaleur. En Suisse, des trains-citernes refroidissent ponctuellement les voies lorsque les températures deviennent trop élevées.
L’Autriche renforce également les ouvrages de protection contre les avalanches, les éboulements et les glissements de terrain, tout en améliorant les systèmes de drainage et en préservant les forêts qui jouent un rôle de protection naturelle.
Ces stratégies s'appuient sur des investissements bien plus importants que ceux réalisés en France, parfois deux à neuf fois supérieurs selon les pays.
Le ferroviaire demeure l'un des moyens de transport les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais pour conserver cet avantage, il devra s'adapter rapidement aux nouvelles réalités climatiques.
Modernisation des infrastructures, renouvellement des trains, meilleure anticipation des phénomènes météorologiques et coopération entre scientifiques, gestionnaires du réseau et pouvoirs publics constituent désormais des priorités. Sans une stratégie ambitieuse d'adaptation, le mode de transport appelé à jouer un rôle majeur dans la décarbonation des mobilités pourrait voir sa fiabilité progressivement remise en cause par les effets mêmes du changement climatique.