Environ 150 pompiers s'activent en pleine canicule pour un exercice de grande ampleur en Sologne.
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Climat

En pleine canicule, des pompiers déjà inquiets se préparent aux feux de l'été

"L'été pourrait être très compliqué" : environ 150 pompiers s'activent en pleine canicule pour un exercice de grande ampleur en Sologne, deuxième massif forestier français désormais considéré "à risque" élevé sous l'effet du changement climatique.

Le mercure frôlait mercredi 38-39 °C, comme dans une large partie de la France. Il offrait au ballet des véhicules déployés pour l'entraînement des allures de catastrophe bien réelle, alors même "que la saison des feux de forêt n'a pas commencé". Tout se déroule comme si le brasier aux flammes incontrôlables, redouté dans les prochaines semaines, était déjà là : camions tout-terrain en mouvement, lances à eau brandies par des hommes s'enfonçant entre les arbres... Même les échanges avec le bombardier d'eau sont répétés, sous l'oeil curieux de certains riverains.

Les soldats du feu s'entraînent dans la forêt au sud d'Orléans dans des conditions météo jugées "plus que réelles", au moment où la France traverse un épisode de chaleur inédit pour un mois de mai, avec 17 départements placés en vigilance orange canicule. "Le tout n'est plus de savoir si ce massif, autrefois épargné par le risque d'incendie majeur, va brûler, mais plutôt de savoir quand", affirme auprès de l'AFP le capitaine Jérôme Gardia, des pompiers du Loiret. "Si la végétation continue de sécher, et c'est déjà le cas par endroits, sans pluie, l'été pourrait être très compliqué" et "cette fois pour de vrai", redoute-t-il.

Témoins du dérèglement climatique

L'ampleur de la simulation est inédite dans la région. Les pompiers de cinq des six départements du Centre-Val de Loire y ont participé, appuyés par un bombardier d'eau de type Dash, qui effectuait son premier largage dans le Loiret. En raison du changement climatique, la Sologne, deuxième plus vaste massif forestier de France après les Landes avec ses 500 000 hectares, est confrontée à de nouveaux défis. L'Etat l'a classé en 2024 à "risque élevé", ce qui entraîne de nouvelles obligations, notamment en matière de prévention des incendies.

"D'ici dix ans, le niveau de risque pourrait être comparable à celui des Landes en 2010", a mis en garde la Chambre régionale des comptes, dans un rapport présenté à l'automne. En Sologne, le risque est d'autant "plus grand" que le massif forestier abrite un patrimoine important comme le Château de Chambord, a-t-elle souligné. "Nous, pompiers, sommes les premiers témoins de ce dérèglement climatique", explique le lieutenant-colonel Jérémie Lacroix. "On constate ces phénomènes intenses depuis plusieurs années déjà".

20 000 hectares brûlés dans le pays

Il y a "dix ans presque jour pour jour, tout le département du Loiret était sous les eaux, frappé par des crues historiques lors d'un épisode très traumatisant", rappelle-t-il. L'été, les épisodes de sécheresse, plus fréquents, et les vagues de chaleur répétées transforment profondément les forêts françaises. L'année dernière, 20 000 hectares ont brûlé à l'échelle nationale, deux fois plus que la moyenne, avec notamment l'incendie en août du massif des Corbières dans l'Aude qui a ravagé en trois semaines "11 300 hectares".

Mais la mobilisation sur le terrain a permis de maîtriser de très nombreux départs de feu, selon un bilan dévoilé par l'Office national des forêts (ONF). "L'objectif, comme ailleurs en France, est ici d'attaquer très tôt les feux naissants", explique Jérémie Lacroix. Un feu de 20 hectares doit être éteint en moins de trente minutes. Les soldats du feu peuvent pour cela s'appuyer sur l'intelligence artificielle, avec une quinzaine de caméras réparties au coeur du massif de la Sologne, ainsi que plusieurs citernes placées dans des endroits stratégiques.

Avec AFP.