Les images des incendies qui ont ravagé des dizaines de milliers d'hectares en Gironde, dans les Landes ou encore dans d'autres départements ont mis en lumière les dégâts causés à la végétation. Mais les conséquences sont tout aussi importantes pour la faune sauvage.
Alors que la saison des chasses commence dès septembre, une pétition réclamant un moratoire de trois ans dans les zones sinistrées a recueilli plus de 266 000 signatures sur change.org depuis sa création, à date de publication de cet article. L’auteur de ce texte est Bruno Valentin qui se présente comme un "auteur et citoyen engagé". Il déclare gérer "avec [sa] femme un refuge personnel pour animaux". La pétition demande l’interdiction totale de toute forme se chasse dans tous les massifs forestiers ayant subi des incendies durant l'été 2026. Mais aussi un périmètre de protection autour des zones brûlées pour permettre aux animaux de trouver refuge dans les parcelles épargnées sans être traqués.
Les incendies détruisent en effet une grande partie des ressources alimentaires, des sites de reproduction et des abris contre les prédateurs. Les animaux rescapés se retrouvent souvent concentrés dans les rares secteurs encore préservés, ce qui augmente la compétition pour la nourriture et les risques de prédation.
Selon les défenseurs du moratoire, ajouter une pression de chasse dans un contexte aussi fragile compromettrait encore davantage leur capacité à reconstituer les populations.
Les écosystèmes mettent plusieurs années à se reconstruire
La végétation peut sembler reverdir quelques mois après un incendie, mais le retour à un fonctionnement écologique normal demande beaucoup plus de temps.
Les herbacées réapparaissent souvent dès le printemps suivant. Les arbustes mettent plusieurs années à retrouver leur densité et les peuplements forestiers plusieurs décennies lorsqu'ils ont été fortement détruits.
Pendant cette période, les chaînes alimentaires restent perturbées. Certaines espèces recolonisent rapidement les milieux brûlés, tandis que d'autres disparaissent durablement faute d'habitats adaptés.
C'est pourquoi les auteurs de la pétition réclament un moratoire d'au moins trois ans, estimant qu'il correspond au minimum nécessaire pour permettre aux cycles de reproduction de repartir dans de bonnes conditions.
Que prévoit la loi ?
La réglementation française n'impose pas automatiquement une interdiction de chasser après un incendie.
En revanche, l'article R.424-3 du Code de l'environnement autorise le préfet à suspendre totalement ou partiellement la chasse lorsqu'une catastrophe naturelle, comme un incendie, le justifie.
Concrètement, la décision est donc prise au cas par cas. Les services de l'État peuvent limiter ou interdire certaines pratiques selon l'ampleur des dégâts, les espèces concernées ou l'état des milieux naturels.
Les fédérations de chasse défendent ce fonctionnement local plutôt qu'une interdiction nationale.
Pourquoi les chasseurs refusent-ils un moratoire généralisé ?
Pour les représentants de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), une suspension automatique de la chasse sur toutes les zones incendiées ne tiendrait pas compte de la diversité des situations. Willy Schraen, président de la FNC, dénonce, auprès de La Dépêche du Midi , une proposition "ridicule" et "idéologique" portée par des personnes "qui n’y connaissent rien". "On ne va pas aller tirer sur des populations d’animaux s’ils ont été mis à mal par les incendies", ajoute-t-il.
Ils rappellent que certains animaux quittent les secteurs brûlés avant les flammes, que certaines populations restent abondantes et que les chasseurs participent également à la surveillance des territoires ou à l'approvisionnement en eau de la faune lors des épisodes de sécheresse.
"Nous faisons confiance au bon sens local des chasseurs, qui ne sont pas sortis quand les températures étaient très élevées et ont même participé à abreuver la faune sauvage" a déclaré Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), interrogé par Le Parisien.
Les associations de protection animale contestent cette approche. Elles considèrent que les animaux survivants subissent déjà un stress majeur et qu'ils ont besoin d'une période de tranquillité pour recoloniser les espaces détruits. Pour la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) dont le président est Allain Bougrain-Dubourg, "la faune a besoin de paix pour se reconstituer" (cité par Le Parisien).
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Au-delà de cette pétition, le débat reflète une évolution plus profonde.
Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse et les incendies extrêmes deviennent plus fréquents et touchent désormais des régions longtemps épargnées. La gestion de la faune après ces catastrophes pourrait donc devenir un enjeu récurrent pour les pouvoirs publics.
La question n'est plus seulement de savoir comment éteindre les incendies, mais aussi comment accompagner la reconstruction des écosystèmes dans les années qui suivent. Entre protection renforcée de la biodiversité et gestion locale des populations animales, le débat sur la chasse dans les forêts incendiées illustre les arbitrages auxquels les autorités seront de plus en plus confrontées.