Arthur Guérin-Turcq, géographe enseignant à Sorbonne Université, a écrit sa thèse sur l'incendie de la forêt de la Teste-de-Buch (Gironde) de 2022. Il répond à l’AFP sur la manière dont la forêt pourrait être reconstruite après les incendies en Gironde et dans les Landes.
QUESTION: Comment le reboisement a-t-il été fait après les incendies de 2022?
REPONSE : "Il y a eu un reboisement à l’identique après 2022. Certains ont même reboisé un peu trop rapidement parce qu'après l'incendie il faut laisser le sol se reposer, se régénérer au moins 2-3 ans et certains ont replanté même avant. Et surtout, ils ont replanté de la monoculture de pins maritimes.
"Il y a quelques petites évolutions, mais qui sont tout à fait à la marge: on va planter quelques feuillus en lisière de parcelle, mais c'est tout à fait insuffisant par rapport au défis, aux enjeux qui se posent aujourd'hui".
Q: Emmanuel Macron appelle à "replanter et rebâtir une forêt différente". Comment?
R: "Est-ce qu'il ne faudrait pas mettre moins d'arbres à l'hectare? Parce que là, on a des forêts très, très denses avec beaucoup de pins sur un hectare, c'est une forêt qui n'a jamais été aussi dense. Réduire peut-être aussi le volume de pins à replanter, introduire des feuillus en lisière, recréer des zones humides — c'est absolument nécessaire.
Et surtout, je pense que c'est peut-être aussi le moment de briser un tabou qui est de replanter, mais aussi ne pas replanter. Est-ce qu'on pourrait aussi faire autre chose que de la forêt là où il y en avait?Tout le monde est attaché à la forêt — moi le premier, étant propriétaire forestier à Saumos (Gironde), là où le feu est parti — mais je pense qu’autour des villages ce serait une folie de replanter.
Il faut … mettre en place une "trame rouge", c'est-à-dire un plan d'aménagement où on crée des coupures de combustible, à commencer autour des villages, où on met à distance les pins…
On ne peut réfléchir uniquement en termes de rentabilité de l'activité, il y a quand même l'enjeu de la protection et de la sécurité des populations qui doit primer. Et c’est ça qui aurait pu se jouer en 2022 et qui ne s’est pas joué finalement".
Q: Est-ce que le pin maritime pose problème?
R: "Il faut éviter de trop focaliser sur le pin maritime. Les forêts qui sont uniquement de conifères et de résineux sont plus sèches et donc elles favorisent la propagation du feu par rapport aux forêts mixtes qui sont plus humides et ont tendance à réduire la vitesse de propagation du feu.
Mais le débat à tendance à se cliver sur le fait que d'un côté il y aurait le pin maritime qui serait une mauvaise essence par nature et il y aurait les feuillus — le chêne par exemple — qui seraient de bonnes essences. En fait, c'est évidemment plus compliqué.
Le problème c'est la façon dont le pin maritime est cultivé. C'est plus la monoculture, intensive, avec une homogénéité de cette forêt de pins maritimes qui est problématique et doit être interrogée".
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Q: Quels sont les enjeux économiques?
R: "C'est une forêt qui est à 90% privée — en France c'est trois quarts privé, mais le ratio est beaucoup plus en forêt landaise… Il y a des propriétaires de toutes les tailles mais l'acteur central en forêt landaise c'est les coopératives forestières qui agencent le territoire parce que les propriétaires s’en remettent à ces coopératives pour gérer la forêt. Elles ont une activité à la fois de conseil et de gestion. (...)
Il y a eu du productivisme, une industrialisation de cette forêt ... et aujourd’hui on fait des rotations de plus en plus courtes, les arbres poussent de plus en plus vite et ça va vers un bois de moins bonne qualité destiné à la papeterie, à commencer par les cartons d'emballage. Des associations écolo l'appellent de façon péjorative la forêt Amazon!"
Avec AFP