La start-up Leakmited développe en effet un algorithme qui permet de délimiter les zones à risque pour faciliter le travail des techniciens comme M. Despeyroux.
L'entreprise, basée dans les Yvelines, s'appuie sur des paramètres prédéfinis comme la nature et la date de pose des conduites, le type de sol, l'usure prématurée des canalisations ou encore l'historique des fuites réparées sur chaque tronçon.
Fondée en 2019, Leakmited a noué des partenariats avec plusieurs collectivités, dont la Métropole de Rouen, le Syndicat Sud Charente ou encore Grand Paris Sud, qui regroupe 23 communes franciliennes en Essonne et en Seine-et-Marne.
"L'IA nous permet de ne pas faire la zone ou la commune en entier, mais juste les endroits précis qui sont susceptibles d'être fuyards", explique M. Despeyroux. Sur une carte de Savigny affichée sur son téléphone, les artères de la ville apparaissent sous différentes couleurs: rouge et orange pour les zones prioritaires, bleu pour les tronçons moins exposés aux fuites.
"En 2024 et 2025, nous avons pu auditer 520 kilomètres du réseau d'eau, c'est-à-dire à peu près la moitié du réseau, déceler 50 fuites que l'on aurait eu bien du mal à détecter sans cet outil et économiser 2 millions de mètres cubes d'eau", détaille Michel Bisson, président de Grand Paris Sud et maire (PS) de Lieusaint.
"Si on rapporte cela au prix du mètre cube, c'est une économie de 1,4 millions d'euros pour une prestation de l'ordre de 100.000 à 120.000 euros", ajoute M. Bisson, dont l'agglomération assure la distribution de l'eau potable aux 365.000 habitants d'un territoire qui compte notamment Evry, Grigny ou Corbeil-Essonnes.
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"Outil de travail"
Outre le bénéfice financier, Leakmited promet aux collectivités dont elle est le prestataire un gain de temps et d'efficacité pour limiter les pertes d'eau potable. "En moyenne, un chercheur de fuites fait 4 kilomètres par jour", indique Tariq Amir, chef de service données et performance à la régie de l'eau de Grand Paris Sud.
"Pour suivre l'ensemble du réseau, c'est très fastidieux", poursuit-il. En France, le volume d'eau mis en distribution et perdu par fuite dans les canalisations se maintient autour de 20% depuis une dizaine d'années, selon les données du site public d'information Eaufrance.
Selon M. Amir, le recours à l'IA permet de réduire de 4.000 mètres cubes le volume quotidien injecté dans le réseau géré par Grand Paris Sud, une fois les fuites réparées.
Toutefois, rappelle M. Despeyroux, l'intervention humaine reste indispensable pour identifier les fuites, l'IA étant pour l'heure incapable de remplacer l'expertise du terrain. La réparation est elle effectuée par des entreprises spécialisées.
"L'IA n'est qu'un outil de travail", souligne Thierry Despeyroux. "Ça permet d'avancer plus vite, mais la recherche de fuites est une globalité. Ce n'est pas juste une personne ou un appareil", assure-t-il.
Avec AFP.