Qui sont les plus précaires ? Quels facteurs font qu'on tombe dans la grande pauvreté ou qu'on en sort ? Réalisée par cinq chercheurs en économie basés en Europe et aux Etats-Unis, l'étude s'appuie sur des millions de données des Restos du coeur pour analyser les dynamiques de l'extrême pauvreté.
Le phénomène "reste un angle mort des études économiques", notamment en raison du manque de données sur les populations les plus précaires, a déclaré lors d'une conférence de presse l'un des auteurs des travaux, Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l'Université de Brown (Rhode Island).
Entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours au moins une fois à l'aide alimentaire des Restos du coeur.
Un Français sur dix menacé au cours de la prochaine décennie
Ces personnes sont accompagnées en moyenne 18 mois. "La majorité sortent de l'aide alimentaire au bout d'un an et une minorité de 14% y restent plus de trois ans", a précisé Alexandre Gaillard, également membre associé à Toulouse School of Economics.
Le fait que les personnes sont accueillies "relativement peu de temps" signifie que "l'échantillon se renouvelle constamment", souligne l'étude, qui estime qu'un habitant sur 10 en France risque d'être concerné au cours de la prochaine décennie.
La plupart des personnes accueillies sont sans emploi (90%), un chiffre qui inclut 3% d'étudiants, 10% de personnes handicapées et 11% de retraités.
Plus d'un tiers (40%) sont en situation de "précarité résidentielle" (hébergées par un tiers, en hébergement d'urgence ou sans-abri). Parmi elles, 25% sont des enfants de zéro à neuf ans.
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Chômage et loyers : les deux grands moteurs du basculement
Les chercheurs ont analysé de nombreux paramètres pour expliquer quels facteurs amènent à entrer et sortir de la précarité (taux de chômage, revenu moyen, inflation, nombre d'entreprises, disponibilité des logements sociaux, etc.).
Résultat : le taux de chômage et l'inflation des loyers figurent parmi les principaux facteurs qui expliquent l'entrée dans l'extrême pauvreté. Ainsi, une hausse de 10% du taux de chômage entraîne une augmentation de 13% du nombre de personnes en précarité alimentaire et de 10% en précarité résidentielle.
"Les politiques publiques agissant sur les marchés du travail et du logement sont en mesure d'aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté", conclut l'étude.
La nécessité d'un soutien précoce et ciblé pour sortir de l'impasse
En revanche, les paramètres macroéconomiques n'ont pas d'impact significatif sur les taux de sortie de la précarité. Les ménages déjà dans cette situation ont besoin d'un "soutien précoce et ciblé" pour en sortir, selon l'étude.
Avec AFP