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À Rennes, le « Café du facteur » rassemble les habitants en bas des tours

Le Café facteur s’arrête chaque semaine dans un immeuble différent du quartier Maurepas à Rennes. Ici, devant le « 3 Mounier ».
©Charlotte Hervot/ID

Chaque semaine dans le quartier Maurepas à Rennes, le « Café du facteur » s’installe en bas des tours, à la rencontre des habitants.

Depuis quelques années, le facteur n’a plus le temps de discuter pendant sa tournée. C’est même devenu un service que La Poste monnaye. À Rennes, dans le quartier de Maurepas, des professionnels, des partenaires associatifs et des habitants bénévoles ont pris le relais. Ensemble, ils ont créé le « Café du facteur » il y a cinq ans.

Depuis, chaque mardi, un petit groupe s’installe une heure dans un hall d’immeuble, à la rencontre des habitants. Ce matin-là, Marie Dal Negro, animatrice au centre social de Maurepas et Nathalie Doussain, coordinatrice de l'animation sociale d’Archipel Habitat, déplient table et tabourets au « 3 Mounier ». Le thé, le café et les gâteaux bien en vue en bas de l’escalier.

Toucher les habitants isolés

L’idée : interpeller les résidents lorsqu’ils descendent chercher leur courrier et échanger autour d’un café. Et toucher ainsi des personnes parfois isolées et éloignées des structures d’aide. « On s’est dit que la seule manière de les voir, c’est quand ils vont chercher leur courrier, se souvient Nelly Raynal, médiatrice sociale au centre social. Il y a des gens qui ne font que descendre jusqu’à leur boîte aux lettres dans la journée. Après c’est fini, parfois jusqu’au lendemain. »

Pierre, un habitué du Café facteur, fait partie de ceux-là. La tour du « 3 Mounier » compte 90 logements. Il y habite depuis 17 ans, mais « ne voit jamais ses voisins ». Le retraité, emmitouflé dans sa parka, s’assied pour faire un brin de causette. Pierre voudrait s’inscrire au repas de Noël pour ne pas être seul. Il faudra un quart d’heure à Nathalie Doussain pour obtenir des infos. « Tu te rends compte de la difficulté pour un habitant ? », souffle-t-elle, après avoir enchaîné les coups de fil.

Viviane, une habitante de la rue de la Marbaudais depuis 1977, Mazough, ici depuis « presque 5 ans » et Solène Ragui, animatrice-coordinatrice au centre social de Maurepas.
©Charlotte Hervot/ID

Une halte au Café du facteur, c’est aussi un moyen de faire remonter les problèmes du quotidien. « Les incivilités, l’insécurité, le trafic de drogue…, liste Solène Ragui, animatrice-coordinatrice du Café facteur au centre social. Il n’y a pas beaucoup de choses positives. C’est dommage parce que c’est un quartier où il y a de la solidarité. Mais ça se comprend : c’est ce qui préoccupe les habitants, ce qui les bouffe parfois. »

Pour Solène Ragui, ses collègues du centre social et les autres partenaires (Archipel Habitat, Neotoa, ATD Quart Monde, l’Observatoire et pôle d'animation des retraités rennais (OPAR)…), le Café du facteur « permet de prendre le pouls du quartier ». Même si tout le monde ne pourra pas être touché : « c’est selon les bâtiments. Et de ce que les gens ont à faire », note Marie Dal Negro. « Puis on est sur un moment court, reconnaît Solène Ragui. Une heure par semaine, ce n’est pas beaucoup. »

« Que chacun mette sa goutte d’eau »

Mais c’est déjà ça. Pour Nathalie Doussain, « même si ce n’est pas grand monde, c’est toujours une ou deux personnes informées ». Karim Ben Hassel, gestionnaire de site d’Archipel Habitat, enchérit : « Ici, il faut que chacun mette sa goutte d’eau pour que ça avance. » Ce grand costaud souriant passe des heures à bricoler dans les tours froides. « J’ai plein de réclamations des locataires, donc je me déplace : WC bouchés, panne de chauffage… »

Louis Gallée, bénévole ; Solène Ragui, du centre social de Maurepas et Karim Ben Hassel, gestionnaire de site d’Archipel Habitat et habitant engagé.
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Quand Karim Ben Hassel s’arrête devant le hall, il a à peine le temps de boire un café qu’il est déjà sollicité. Mais ce n’est que partie remise. Car le Café du Facteur a inspiré ce « bénévole H 24 ». Avec son collectif d’habitants « Vivre ensemble Maurepas », il a imaginé des causeries hebdomadaires pour « échanger, et surtout, occuper les halls ».