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Social

Solidarité : Les Camions du Coeur, au devant de la misère rurale des campagnes isolées

Un bénévole des Restos du Coeur, à Saint-Lo, le 29 novembre 2018.
© CHARLY TRIBALLEAU/AFP

À l'abri des regards, ces restos itinérants apportent aux personnes pauvres et isolées des produits alimentaires et d'hygiène, mais aussi du contact humain. Reportage dans l'Yonne où les bénévoles sillonnent les routes deux fois par semaine, de village en village.

Trois camions floqués "Restos du Coeur" entrent sur le parking de la salle des fêtes de Seignelay, à quinze kilomètres d'Auxerre. Plusieurs voitures stationnent déjà, à l'écart du centre ville.

"Ils sont là", murmure Babeth Manseau, responsable de la maraude itinérante, désignant ceux qui patientent à l'intérieur des véhicules.

Il est presque 9h30, le thermomètre peine à atteindre trois degrés. Un café fumant pour se réchauffer, puis les bénévoles de l'association, emmitouflés, bonnet sur la tête, rejoignent leur poste, prêts à servir les bénéficiaires.

Leur nombre a augmenté depuis la crise sanitaire, qui a précipité la venue d'une "nouvelle population": "des personnes licenciées", mais aussi "énormément de jeunes", a constaté Babeth Manseau.

Seignelay est une bourgade de 1 500 habitants, peu desservie par les transports en commun. Une vingtaine de personnes attendent la venue des Camions le mardi, et reçoivent l'équivalent de six repas par membre de leur foyer.

"On va au devant des gens, (...) chez ceux qui sont loin de tout, n'ont pas forcément de moyen pour se déplacer", explique Jean-Bernard Gaudry, bénévole retraité de 69 ans. "Dans ces patelins paumés, les gens sont contents de nous voir".

"Les sous qu'on n'a pas" 

Pour Aurore Berthet, 45 ans, sans emploi et mère d'une famille recomposée de sept enfants, la venue des Camions est une aubaine. Elle habite à quelques minutes de marche. "Je n'ai pas le permis, juste un scooter, et avec les enfants à la maison, c'est pas évident", confie-t-elle, en remplissant son caddie d'une douzaine de briques de lait.

À ses pieds, plusieurs sacs remplis à ras bord. On y trouve des oignons, pommes de terre, conserves de légumes, oeufs, mais aussi des viennoiseries, aliments pour bébés et produits d'hygiène.

Dans des cartons, de petits pères Noël nagent au milieu de guirlandes à accrocher sur le sapin. Aurore en choisit un. "Ça fera plaisir aux enfants", dit-elle en souriant.

Sur le parking, Michel Gohon, 64 ans, charge le coffre de sa voiture. Cet ancien mécanicien, cheveux longs et barbe grise, perçoit 250 euros d'allocation par mois. "Ça nous évite de dépenser les sous qu'on n'a pas", souffle-t-il, ému.

A Ligny-le-Châtel (20 km d'Auxerre), deuxième stop de la journée, les Camions stationnent devant un ancien lavoir, en bordure de rivière. Autour, de la fumée se dégage des cheminées, parfumant l'air glacial de la campagne environnante.

Michel et Françoise sont deux habitués retraités. "Avec le prix du gasoil, on se déplace le moins possible", déclare Michel. Sans la venue des Camions du Coeur, il ne se rendrait "ni à Auxerre (où se situe le centre fixe des Restos, ndlr) ni même à Chablis", autre point de distribution à douze minutes en voiture.

Les Camions du Coeur, c'est aussi une des seules sorties de la semaine. "On leur apporte non seulement de quoi manger, mais aussi du lien social. Il y a certaines personnes qui n'ont que nous", lâche Jean-Bernard Gaudry.

"Ils n'ont rien"

Entre bénéficiaires et bénévoles, les conversations vont bon train, malgré le froid.

"Ce n'est pas du tout le même public que dans un centre en ville. Les gens sont plus sympas, moins difficiles", ajoute-t-il.

Une tournée est organisée chaque mardi et jeudi, mais c'est "un boulot à plein temps toute la semaine", déclare Marie Henry, la doyenne des bénévoles.

Chablis (20 km d'Auxerre) est la troisième étape de la tournée.

Elizabeth N'Guessan élève seule ses cinq enfants, et se rend au point de distribution toutes les semaines, à proximité de son lieu de travail. "Sans cela, je serais dans la rue", admet cette aide à domicile.

Dans ces campagnes reculées, certains se retrouvent "totalement à l'abandon et partent parfois à la dérive", déplore Babeth Manseau. "Si on n'est pas là, je ne sais pas ce qu'il se passe. Ils n'ont rien".

Il faudrait un camion supplémentaire pour pouvoir "distribuer des habits", dit-elle. "À Chablis, on a beaucoup de réfugiés, certains ne connaissent pas le froid".

Au total, les Camions du Coeur arrosent soixante-treize communes dans le département et viennent en aide à une centaine de familles. Depuis janvier 2021, plus de 80 000 repas ont été distribués.

Trente camions parcourent aujourd'hui les routes de France. Les Restos du Coeur souhaitent doubler leur nombre en recrutant de nouveaux bénévoles.

Avec AFP.

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