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La Résidence aide les chefs réfugiés à lancer leurs projets

La Résidence accueille des chefs réfugiés et leur propose une formation sur mesure adaptée à leur projet professionnel.
Vassili Feodoroff

Il y a quelques semaines a vu le jour, au Ground Control à Paris, la Résidence, un restaurant tremplin qui aide les chefs exilés à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour monter leur projet et reconstruire leur vie en France. Nabil Attar, chef réfugié syrien est le premier à investir le lieu. 

Derrière le comptoir de la Résidence, au Ground Control à Paris, le chef syrien Nabil Attar prépare ses plats. Au menu, une soupe de lentille de Damas et un délicieux Frikeh, une spécialité syrienne à base de blé vert rôti agrémentée d’un mijoté de bœuf. Pourtant, il y a encore trois ans, cet homme jovial travaillait dans une banque syrienne. "J’avais une belle vie à Damas. J’étais ingénieur informatique spécialisé dans les moyens de paiement. Mais nous avons dû tout quitter en 2015. Lorsque que nous sommes arrivés en France, pendant la première année, nous vivions dans une pièce avec nos deux enfants. C’était très dur." 

Mais Nabil Attar a une passion : la cuisine. "En Syrie, la cuisine était juste un hobby. Lorsque nous sommes partis, j’ai dit à ma femme : puisque nous avons tout perdu, pourquoi ne pas suivre mon rêve de toujours et ouvrir un restaurant ?" C’est avec cette idée en tête que Nabil contacte en 2017, le Refugee food festival, dont il a découvert l’existence sur Internet.

Puisque j'ai tout perdu, pourquoi ne pas suivre mon rêve et ouvrir un restaurant ?

Nabil Attar en compagnie de sa femme Susana. Le chef, réfugié syrien, est le premier chef invité à la Résidence. Le couple va bientôt monter son restaurant à Orléans.
Vassili Feodoroff

Un "puissant outil de connexion entre les cultures"

Ce festival est né dans l’esprit de Marine Mandrila et Louis Martin à la suite d’un tour du monde sur le thème de la cuisine populaire. Le couple s’invite dans les cuisines et partage avec leurs hôtes recettes et découvertes culinaires. "Nous avions la conviction que la cuisine pouvait être un puissant outil de connexion entre les cultures. La table était un alibi pour provoquer les rencontres. Lorsque l’on est rentré en France, nous avons été très touchés par le traitement qui était fait dans les médias de l’arrivée des réfugiés. Cela faisait presque oublier que ce sont des gens comme nous, qui avaient un métier dans leur pays, pour certains une vie très agréable et qu’ils viennent chez nous pour sauver leur vie. En créant le Refugee food festival, nous avons voulu montrer tout l’apport culturel que ces personnes peuvent nous donner", explique Marine Mandrilla. 

Le HCR (Agence des Nations Unies pour les réfugiés), les soutient dès le début l'aventure. Onze restaurants parisiens acceptent de prêter leur cuisine à des chefs exilés le temps du festival. Le succès est immense et s’avère un tremplin professionnel pour les cuisiniers. C’est ainsi que Nabil contacte l’association via les réseaux sociaux. "Je leur ai dit que je n’étais pas tout à fait chef mais que je savais bien faire la cuisine. Ils m’ont appelé et après plusieurs rencontres, ils m’ont proposé de participer au Refugee food festival 2017."

La Résidence, restaurant tremplin 

Les deux globe-trotters ne s’arrêtent pas là et accompagnent les chefs tout au long de l’année, notamment sur des prestations de traiteur. "Depuis pas mal de temps, nous voulions aussi avoir un lieu pour proposer une résidence culinaire aux chefs", ajoute Marine Mandrila. Pour mettre sur pied leur idée, ils lancent une campagne de crowdfunding et récoltent 12 000 € afin d’acheter des produits alimentaires, d'équiper les cuisines et d'aménager le lieu. Stéphane Jégo, chef de l’"Ami Jean" et Mohammad El Khaldi, chef syrien reconnu, deviennent les parrains du projet.

La Résidence voit ainsi le jour et Nabil Attar est le premier chef invité à bénéficier du programme. "Nous voulons leur donner une formation sur mesure, qui leur permette d'acquérir les compétences dont ils ont besoin pour monter leur projet professionnel. Nabil va monter son propre restaurant. Nous lui expliquons la gestion les stocks, le fonctionnement d’une caisse, le business plan, le choix des fournisseurs, les plannings ...", explique Théodora, responsable de la Résidence. 

Stéphane Jégo, chef de "l’Ami Jean" et Mohammad El Khaldi, chef syrien reconnu sont les parrains du projet.
Vassili Feodoroff

Nabil ouvrira bientôt son propre restaurant à Orléans

En effet, Nabil sera bientôt aux commandes de son restaurant à Orléans : "Le Narenj", qui en syrien signifie "Orange amer". "Le restaurant est situé dans une rue commerçante d’Orléans à deux pas de la préfecture avec une belle façade en bois, 75 couverts, une terrasse. Lorsque j’ai su que j’allais avoir ce lieu magnifique, c’est comme si j’avais gagné au loto !", s’exclame-t-il. La Résidence continuera à l’accompagner le temps qu’il faudra. Mais Nabil n’en a pas fini avec ses ambitions. "Il y a un autre rêve que je veux réaliser, avoue-t-il. J’aimerais un jour être invité à cuisiner un repas à l'Elysée pour le Président de la République. Et j’en suis sûr, je le ferai. Je finis toujours par y arriver."

La prochaine cheffe accueillie à la Résidence mi-mai sera Magda Gegenava, qui fera découvrir sa cuisine géorgienne.

La Résidence : 81 rue de Charolais – 75012 Paris

Du mercredi au vendredi : de 12h à 14h30 et de 18h30 à 22h30.
Le samedi : de 12h à 17h et de 18h30 à 22h30.
Le dimanche : de 12h et 17h.