L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans approche en France. Adopté fin janvier à la chambre basse, le texte a été approuvé le mercredi 25 mars par les sénateurs de la commission de la Culture. Le gouvernement souhaite mettre en place la mesure dès la rentrée 2026. Un calendrier audacieux, mais pas impossible. La décision relance le débat sur l'impact réel de ces plateformes sur les jeunes.
Si le gouvernement porte cette loi, c'est avant tout pour faire face à la vague numérique qui s'abat sur les jeunes. Les écrans occupent une part grandissante du temps chez les enfants : 2h33 par jour pour les 9-11 ans. L'accès aux réseaux sociaux atteint même 25 % de cette tranche d'âge (30 % chez les filles), selon Santé publique France. Mais alors, ces usages sont-ils sans risque ?
Des mécanismes addictifs puissants
Indépendamment des réseaux sociaux, les écrans posent de nombreux problèmes aux enfants. Une note de Santé publique France de 2020 rappelle qu'il ne faut pas laisser un jeune devant un écran avant l'école. Cela multiplie par trois les risques de troubles primaires du langage. Les tablettes et autres smartphones peuvent également causer des problèmes de vue précoces et favoriser la sédentarité, un facteur majeur de l'obésité.
Ces plateformes sont construites autour de l'économie de l'attention, un système qui vise à capter l'utilisateur. L'objectif est de faire en sorte que le bonheur numérique l'emporte sur le bonheur réel. Les jeunes y sont particulièrement vulnérables car leur cerveau est en plein développement. Les pics de dopamine (hormone du bonheur) causés par les contenus sur les plateformes poussent à une forme de dépendance. Pour la psychiatre américaine, spécialiste de l'addiction, Anna Lembke, cela est comparable au mécanisme des drogues.
La santé mentale dans le viseur
Si la santé physique des jeunes est menacée par une exposition excessive aux réseaux sociaux, la santé mentale n'est pas à négliger non plus. Faciles d'accès et très rapides, ils exposent à un risque majeur : celui des contenus inadaptés. Violence, vente de drogue, pornographie… Autant de contenus auxquels les mineurs peuvent être exposés en quelques clics. "L'accès à la pornographie est une atteinte grave à la santé mentale et à l'intégrité psychique des enfants", affirment 17 personnalités féministes dans une tribune pour Le Monde.
Les rencontres en ligne exposent également les enfants à certains risques. Les messageries instantanées sont des portes d'entrée aux approches insidieuses des pédocriminels. On parle alors de grooming ou de mise en confiance pour arriver à leurs fins. Enfin, les jeunes développent des relations dites parasociales, des liens à sens unique avec des influenceurs qu'ils ne connaissent pas réellement. Ces relations peuvent brouiller la perception de la réalité, renforcer le sentiment de solitude et influencer les normes sociales.