Les cas d'hantavirus recensés à bord du MV Hondius auraient été contaminés par un rongeur porteur du virus, selon les premiers éléments de l'enquête sanitaire.
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Santé

Hantavirus : et si le réchauffement climatique était responsable ?

Plusieurs morts, un virus rare et une inquiétude grandissante : l'affaire du MV Hondius relance les questions sur le rôle du réchauffement climatique dans la propagation de nouvelles maladies.

Ce qui devait être une simple croisière est devenu un cas d'école pour les épidémiologistes. Les cas d'hantavirus recensés à bord du MV Hondius auraient été contaminés par un rongeur porteur du virus, selon les premiers éléments de l'enquête sanitaire. Le "patient zéro", Leo Schilperoord, tombe malade le 6 avril à bord du bateau de croisière. Fièvre, maux de ventre, diarrhée… Il meurt cinq jours plus tard. Sa femme tombe malade le 26 avril et décède à son tour. En quelques jours, cette croisière se transforme en affaire sanitaire internationale. 

Le couple d'ornithologues avait parcouru pendant plusieurs mois l'Amérique du Sud et en particulier l'Argentine, pays où l'hantavirus andin circule. Le lieu exact de l'infection reste incertain, mais la ville d'Ushuaïa attire particulièrement l'attention des autorités argentines. Ils y auraient observé des oiseaux dans une grande décharge à ciel ouvert. Ce lieu semble propice à la contamination car les déchets attirent les rongeurs qui portent la maladie. 

Le changement climatique mis en cause

Une hypothèse qui est remise en question par Juan Facundo Petrina, directeur général d'épidémiologie et de la santé environnementale de la province de Terre de Feu : "Nous n'avons jamais recensé de cas d'hantavirus en Terre de Feu", affirme-t-il. "Nous n'avons pas la sous-espèce de la souris à longue queue [qui transmet la maladie], et nous ne partageons pas les mêmes conditions climatiques que le nord de la Patagonie – ni en termes d'humidité ni de température – nécessaires à son développement", ajoute-t-il.

Juan Facundo Petrina privilégie cependant la piste d'une contamination en Argentine. Depuis juillet 2025, l'Argentine a recensé 101 cas d'hantavirus, responsables de 32 décès, rappelle un article de The Guardian. Interrogé par le média anglophone, le biologiste Raúl González Ittig met en lumière l'impact du dérèglement climatique sur cette prolifération. "Le changement climatique bouleverse tout, et cela pourrait également conduire à l'apparition de cas d'hantavirus dans des endroits où il n’était pas encore apparu", explique-t-il. 

Une étude publiée en 2020 confirme cette hypothèse en soulignant l'augmentation des surfaces agricoles en Argentine. "L'épidémie de 2006-2007 pourrait être liée à une accélération de la déforestation", conclut-elle. En détruisant les habitats naturels, l'expansion agricole pousse les rongeurs à se rapprocher des zones habitées. Un phénomène qui augmente mécaniquement les risques de transmission entre animaux sauvages et humains.

 Quand le climat accélère les épidémies

Le ministère de la Santé argentin établit lui aussi ce lien de cause à effet. : "L'interaction croissante entre les humains et les milieux naturels, la destruction des habitats, l'implantation de petits centres urbains dans les zones rurales et les effets du changement climatique contribuent à l'apparition de cas en dehors des zones historiquement endémiques". Cette évolution inquiète les autorités sanitaires, qui craignent des épidémies plus difficiles à anticiper.

Si la propagation de l'hantavirus préoccupe en Argentine et au Chili, l'Europe connaît une situation similaire avec la dengue. L'augmentation des températures, liée au réchauffement climatique, favorise le développement du moustique tigre, vecteur de cette maladie. Depuis 2010, le nombre de départements métropolitains colonisés a été multiplié par 10, pour atteindre 71 sur 96 en 2023. Des virus autrefois cantonnés à certaines régions du globe s'installent désormais durablement dans de nouveaux territoires.