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politique

Chlordécone : Agnès Buzyn veut un plan "plus ambitieux" en 2020

©STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Agnès Buzyn a appelé lundi à bâtir un nouveau plan chlordécone, prévu en 2020, "plus ambitieux", "l'urgence" étant selon la ministre de la Santé l'accès à une alimentation non contaminée par cet insecticide utilisé aux Antilles jusqu'en 1993 et toujours présent dans les sols.

"Nous devons construire un plan encore plus ambitieux (...) ce plan chlordécone, nous voulons le co-construire avec les habitants (...) c'est un impératif", a déclaré la ministre lors de son audition à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête parlementaire sur le chlordécone qui persiste dans l'environnement pendant des centaines d'années. "Ce que vit la population antillaise est insupportable", a-t-elle estimé.

"L'urgence, c'est le zéro chlordécone dans l'alimentation", a insisté Mme Buzyn après avoir rappelé que l'insecticide était "un perturbateur endocrinien mais aussi un cancérogène de niveau 2B" selon la classification de l'OMS. Elle a détaillé certaines mesures déjà préconisées : "absolument éviter les légumes racines, faire tester son jardin, acheter des légumes et fruits contrôlés", et donc pas ceux vendus sur le bord des routes. Reprenant à l'identique les formulations utilisées par Emmanuel Macron il y a un an à ce sujet, Mme Buzyn a déclaré que "l'Etat (devait) prendre sa part de responsabilité" dans ce dossier et évoqué "un aveuglement collectif".

Une catastrophe écologique et sanitaire

Le chlordécone a été interdit aux Etats-Unis dès 1975 et en France en 1990 mais il a été utilisé aux Antilles jusqu'en 1993 en vertu d'une dérogation. "Cette reconnaissance d'une responsabilité collective (...) date d'une époque où la santé publique pesait moins dans les décisions qu'aujourd'hui", a avancé la ministre. Selon Santé publique France, "plus de 90 % de la population adulte" en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone. La ministre a aussi rappelé que le chlordécone avait une incidence sur le développement des enfants exposés pendant la grossesse, une augmentation des risques de prématurité notamment. Concernant le cancer de la prostate, dont l'incidence parmi les populations antillaises est l'un des plus élevés au monde, elle a cité une étude réalisée en Guadeloupe entre 2004 et 2007 qui "a montré un risque plus élevé de survenue du cancer de la prostate".

Egalement auditionnée, la ministre de la Recherche Frédérique Vidal a indiqué vouloir que la recherche sur le chlordécone fasse l'objet "d'un volet spécifique" au sein du prochain Plan national santé et environnement, alors que le président de la commission, Serge Letchimy, lui réclamait d'en faire une "priorité stratégique nationale en soi". "La proposition faite par mon ministère, c'est que la chlordécone bénéficie d'un affichage comme étant une priorité de ce plan national santé-environnement", en cours de préparation, a expliqué la ministre, jugeant "très difficile" d'en faire une priorité stratégique en soi".

"Je pense que vous noyez le poisson", a répondu Serge Letchimy. "Ce que nous demandons, c'est que l'État reconnaisse la priorité, parce que derrière ça il y a la responsabilité de l'État" a insisté le député, très énervé. "Mon ton est celui d'un homme blessé, il y a 800 000 blessés comme moi" aux Antilles.

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Avec AFP.