Selon Santé publique France, les particules fines sont responsables de 40 000 décès prématurés par an dans le pays. Pour lutter contre cette pollution, les pouvoirs publics ont progressivement mis en place des restrictions de circulation visant les véhicules les plus polluants. Un enjeu devenu crucial dans les politiques publiques.
Les zones à faibles émissions (ZFE) s'inscrivent dans cette logique, mais elles ne sont pas une invention française. Le Japon est pionnier avec une première zone instaurée à Tokyo en 2000. En France, un dispositif similaire apparaît en 2015 avec les zones à circulation restreinte (ZCR), d'abord à Paris. Appliqué dans un premier temps aux cars, bus et poids lourds, le dispositif finit par être étendu à d'autres véhicules avec l'arrivée du Certificat Crit'Air en 2016. Cet autocollant rond, à appliquer sur son pare-brise, permet de classer les véhicules (E, 1, 2, 3, 4 ou 5) selon leurs émissions de polluants.
La création des ZFE - 2019
La loi d'orientation des mobilités (LOM) est la première pierre à l'édifice des ZFE. Porté par Elisabeth Borne, alors ministre des Transports, ce projet vise à promouvoir les modes de transport écologiques, notamment le train, le vélo et surtout la voiture électrique. L'objectif affiché de ces zones est de lutter contre la pollution aux particules fines. La loi oblige donc les métropoles où les normes de qualité de l’air sont enfreintes à mettre en place des ZFE : Paris, Grenoble, Lyon, Strasbourg, Aix-Marseille-Provence, Montpellier sont notamment concernées. Cette obligation marque un changement d'échelle, en faisant des ZFE un outil central de la politique environnementale urbaine.
Renforcement du dispositif - 2021
L'année 2021 marque un tournant avec un durcissement du dispositif. La loi climat et résilience étend l'obligation aux agglomérations de plus de 150 000 habitants et fixe un calendrier précis d'interdiction des véhicules polluants : Crit'Air 5 en 2023, Crit'Air 4 en 2024 et Crit'Air 3 en 2025. Ce calendrier vise à donner de la visibilité aux usagers tout en accélérant la transition vers des véhicules moins polluants. Mais il suscite rapidement des critiques, notamment de la part des ménages modestes, pour qui le renouvellement du véhicule représente un coût important.
Le début de l'effritement - 2025
Malgré l'ouverture de 16 nouvelles zones en 2025, le dispositif reste incomplet. Avec 25 ZFE actives sur les 45 agglomérations concernées, l'objectif fixé par la loi est loin d'être atteint. Certaines collectivités choisissent même de retarder leur mise en œuvre. À Montpellier, par exemple, un moratoire est voté jusqu'en 2027. Ces reports traduisent les difficultés locales à concilier contraintes écologiques et acceptabilité sociale. Ils révèlent aussi une montée des contestations politiques autour d'un dispositif jugé inégalitaire par certains élus et citoyens.
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Suppression des ZFE - 2026
La loi de simplification économique est adoptée le 14 avril, après de vifs échanges entre la majorité et l'opposition. Cette loi inclut notamment la suppression des zones à faibles émissions, mettant fin à un dispositif devenu emblématique des politiques environnementales urbaines. Cette décision marque un basculement politique, illustrant le recul des mesures contraignantes en matière d'écologie.
"Nous avons remporté une immense victoire contre l'écologie punitive", se félicite le député (RN) du Gard Pierre Meurin, qui mène la fronde depuis 2022 contre les ZFE. À l'inverse, de nombreuses voix se lèvent pour dénoncer les conséquences sur la santé des Français : "En supprimant les ZFE, l'Assemblée nationale envoie un signal extrêmement grave : celui d'un abandon pur et simple de la santé publique au profit de considérations de court terme", déplore Karima Delli, présidente de l'association Respire.
Adoptée dans la soirée de mardi par l'Assemblée nationale, la loi de suspension des ZFE doit encore passer au Sénat aujourd'hui. Le gouvernement envisage déjà de son côté un recours devant le Conseil constitutionnel. Le camp macroniste est confiant avec comme argument le "cavalier législatif" : la mesure n'aurait aucun rapport avec la loi de simplification de la vie économique.