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Vols à vide : la fabrique d'une polémique autour d’un non-sens environnemental

Les trajets en jet privé polluent en moyenne 5 à 14 fois plus qu'une ligne commerciale.
©ysn Benz/Pixabay

Depuis plusieurs semaines, l'affaire des vols dits "à vide" fait les choux gras de la presse, de la sphère politique et du secteur aérien. Un remue-ménage injustifié pour certains : les uns dénoncent cette "obligation" de voler sans passager, les autres assurent que celle-ci n'existe pas. N'en reste pas moins que des litres de kérosène utilisés relâchent quantité d'émissions de CO2 inutiles. 

Le secteur aérien semble encore loin d’être vert. Défaut de réglementation, aberration écologique, bras de fer entre parties adverses ? La polémique des vols à vide a agité les foules ces derniers jours. Au-delà du non-sens environnemental évident, cette affaire ressemble à un scandale. Dans les faits, peut-être relève-t-elle plutôt de la polémique inutile. D’un côté, certaines compagnies aériennes encore convalescentes de ces deux dernières années de crise sanitaire se disent contraintes de faire voler leurs avions, même sans passager, à cause d’une clause précise de la réglementation européenne. De l’autre, on répond que rien ne les y oblige considérant le contexte actuel.

Où commence la polémique ?

Le 23 décembre, Carsten Spohr, président de la compagnie aérienne Lufthansa, a affirmé dans une interview auprès du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung qu’il serait contraint cet hiver de faire voler 18 000 appareils "inutiles". La raison : "conserver les droits de décollage et d’atterrissage" auprès des aéroports, malgré des passagers aux abonnés absents depuis le début de la crise sanitaire.  

Depuis, deux camps s’opposent et se renvoient la balle. D’un côté certaines compagnies aériennes et personnalités politiques à gauche de l’échiquier, de l’autre la Commission européenne et les aéroports. 

Que sont ces "créneaux" attribués par les aéroports ?

On les appelle des slots, et ils sont précieux. Ces créneaux de décollage et d’atterrissage sont attribués aux compagnies aériennes sur les différentes pistes aéroportuaires : plus une compagnie bénéficie de ces créneaux dans les grands aéroports, plus elle gagne de la valeur par rapport à ses concurrentes.  

Mais ces slots ne sont pas acquis : par souci de concurrence égale entre les différentes compagnies, la réglementation européenne dispose que ces dernières doivent utiliser au moins 80 % des créneaux qui leur sont attribués, sous peine de perdre leurs droits. D’où l’importance pour ces dernières de maintenir leur activité, même de manière factice en opérant des vols "fantômes" - soit sans passager. En réalité, la pratique ne date pas d’hier mais la crise sanitaire a quelque peu changé la donne.

Pandémie oblige, l’Union a suspendu cette clause en mars 2020 pour répondre à la crise historique de l’aviation, avant de recommander un retour progressif à la normale en même temps que la reprise du trafic. En mars 2021, Bruxelles a sommé les compagnies d’utiliser au moins 50 % de leurs slots, lesquelles considéraient déjà ce seuil trop ambitieux pour un secteur toujours fragile. Pour l’Association du transport aérien international (IATA), l’objectif était alors "clairement irréaliste". Mi-décembre, une augmentation à 64 % de créneaux à honorer a été annoncée dès le mois de mars 2022. Cette dernière sommation a donc mis un peu plus le feu aux poudres, s’en sont suivies les déclarations du PDG de Lufthansa.  

"Consternation" face à cette polémique

Après les prises de positions de certaines compagnies, la sphère politique s’est immiscée dans le débat, à commencer par le ministre de la Mobilité belge, Georges Gilkinet. Le 3 décembre, celui-ci a annoncé avoir saisi la commissaire aux Transports Adina Valean, pour faire abaisser ledit seuil fixé par Bruxelles. "J’ai écrit à la Commission européenne pour assouplir les règles au moins pendant le temps du Covid et accepter que les compagnies ne volent pas pour rien (…) Cela n’a pas de sens", a-t-il alors précisé auprès de la RTBF. L'eurodéputée Karima Delli a, elle aussi, annoncé le lendemain avoir saisi la Commission en dénonçant la fameuse règle du "use it or lose it" : "Cette situation est une absurdité écologique comme économique", a-t-elle fustigé sur Twitter. 

Dans le camp d’en face, les aéroports considèrent plutôt cette affaire comme une polémique imaginaire. Par communiqué, l’association ACI Europe, représentant les principaux aéroports de l’Union, a assuré le 6 janvier dernier que les compagnies sont "très bien protégées contre les incertitudes actuelles" liées à la situation sanitaire, évoquant la disposition de "non-utilisation justifiée de créneaux horaires" leur permettant des exemptions. Selon le Directeur général de l’association Olivier Jankovec, "il n’y a absolument aucune raison" pour que le fait d’opérer des vols à vide "soit la réalité" des compagnies aériennes. Disant sa "consternation face à l’escalade" de l’affaire "des soi-disant ‘vols fantômes’", l’association a également affirmé son soutien à la position ferme de la Commission européenne.  

Car en effet, Bruxelles de son côté n’en démord pas non plus, justifiant ces règles par l’impératif de concurrence et "la nécessité de veiller à ce que la capacité aéroportuaire soit utilisée de manière concurrentielle au profit de tous les consommateurs". Auprès du Parisien, la Commission a également rappelé le 7 janvier dernier que "l'objectif de l’allègement des créneaux horaires dans l’UE est précisément de faire en sorte que les compagnies aériennes puissent conserver leurs créneaux historiques sans avoir à voler à vide lorsque des restrictions sanitaires empêchent les passagers de voyager". Enfin, à l'eurodéputée française Karima Delli, elle a également assuré que Lufthansa n'a pour l'heure jamais fait circuler de vols à vide... 

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