Alors que la France réaffirme son ambition de transition énergétique, le gouvernement veut accélérer le développement des centres de données. Au-delà du développement du parc automobile électrique et de la transformation des logements dans le cadre du plan d'électrification, Bercy souhaite faire de la France une "terre d’IA". Pour ce faire, le ministère de l'Économie mise sur l'attractivité du territoire pour les promoteurs du secteur. Indispensables à l'entraînement et au déploiement des modèles d'IA, ces infrastructures sont très gourmandes en électricité.
Aujourd'hui, le pays dispose de 300 centres de données et de 45 projets en cours. Cela place la France en cinquième position derrière la Chine, l'Allemagne, l'Angleterre et surtout les États-Unis. Ces derniers comptent plus de 4 000 infrastructures, un chiffre en constante évolution. Après trois réunions entre le ministère et les acteurs de la filière, un plan commence à se dessiner. Le document final devrait retenir "entre 15 et 20" propositions de stratégies structurées autour de trois grands axes : "accélérer, planifier, sécuriser", explique à l'Usine Digitale Michaël Reffay, délégué général de France Datacenter.
Trois axes majeurs
Dans la continuité du "Plug baby plug" d'Emmanuel Macron, référence au "drill baby drill" de Donald Trump, le premier axe du plan vise à simplifier les procédures administratives et surtout le "permitting". Autrement dit, il s'agit de réduire les délais d'autorisation nécessaires à l'ouverture d'un nouveau site. Sur ce point, la France accuserait un retard par rapport à ses concurrents européens, ce qui constituerait un frein aux investissements.
Le deuxième axe met l'accent sur la planification. L'objectif est d'intégrer des centres de données dans les stratégies énergétiques nationales et territoriales "comme des actifs pivots et structurants du système électrique". Une évolution avant tout symbolique, qui vise à ne plus reconnaître ces structures uniquement comme des consommateurs.
Enfin, le dernier axe consacré à la sécurisation des investissements installe un cadre stable pour la filière. Le statut ICPE (installations classées pour la protection de l'environnement), la visibilité à long terme ou encore la fiscalité pourraient être discutés avec la filière. L'enjeu est de rassurer des investisseurs confrontés à des projets lourds, dont la rentabilité s'inscrit sur plusieurs décennies. À défaut de stabilité réglementaire, certains pourraient privilégier d'autres marchés jugés plus prévisibles.
Une accélération qui interroge sur le plan environnemental
Si le pays ouvre les vannes aux centres de données, les conséquences environnementales restent peu évoquées. Ces mégastructures abritent une quantité massive de composés électroniques très coûteux : "fabriquer un ordinateur de 2 kg nécessite 800 kg de matières premières", appuie un rapport de l'ONU. Elles produisent également des déchets électroniques, contenant des substances comme du plomb ou du mercure. Mais la principale inquiétude pour les scientifiques concerne la consommation d’eau gargantuesque. Selon des chercheurs de l'Université de Californie, "les infrastructures liées à l'IA pourraient bientôt consommer six fois plus d'eau que le Danemark".
De son côté, l'État du Maine a voté en faveur de la suspension de la construction de nouvelles infrastructures supérieurs à une certaine puissance. L'interdiction devrait durer dix-huit mois, le temps d'étudier l'impact de ces projets sur le réseau électrique. La mesure cible les projets de grandes envergures d'au moins 20 MW, soit autant que la consommation de 16 000 ménages. Un choix qui illustre une approche plus prudente, à rebours de la stratégie française. Reste à savoir si l'Hexagone parviendra à concilier ambitions numériques et contraintes écologiques.