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Politique

Joseph Stiglitz plaide pour une économie plus "résiliente"

©Felix Hörhager / DPA / AFP

Mandaté en 2008 par le gouvernement Sarkozy pour réfléchir aux limites du PIB, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz estime qu'il est plus que jamais temps de passer à une économie "plus résiliente".

Aujourd'hui, le discours politique est imprégné par l'idée de relance "verte". Sur quelles mesures s'appuyer pour prendre ce tournant vers une économie plus durable?

Ils devraient réfléchir au type d'économie dont nous voulons après cette pandémie. Et il ne faudrait pas se contenter de revenir là où nous étions. Nous savions alors et nous savons d'autant plus aujourd'hui que cet équilibre comportait beaucoup d'iniquités et d'inégalités.

Ce qu'il nous faut donc faire, c'est mener l'économie dans une direction qui reflète toutes ces préoccupations. Le PIB n'est pas une bonne mesure. Le PIB ne prend pas en compte les inégalités, le manque de résilience, le manque de durabilité.

L'indicateur le plus important est l'impact des émissions de gaz à effet de serre. Pas seulement le CO2, mais aussi le méthane. Ils ont chacun des dimensions différentes, comme leur durée de vie et leur puissance.

Ces dernières années, nous en avons appris davantage sur les multiples manifestations du changement climatique, par exemple sur la manière dont il va affecter les événements météorologiques extrêmes. Ce que nous avons appris, c'est la complexité du changement climatique lui-même.

Le PIB reste l'indicateur clé pour évaluer le succès de toute politique. L'évolution vers un nouveau modèle de croissance est-elle influencée par les outils que nous utilisons pour la mesurer?

Je pense que les indicateurs sont importants à deux égards. Dans notre nouveau rapport [pour l'OCDE], nous avons souligné que si nous avions eu de meilleures mesures, nous aurions eu une meilleure idée des dommages que la crise de 2008 était en train de causer.

Plus largement, nous devrions travailler à une meilleure mesure de la santé de l'économie, pour savoir dans quelle mesure nos politiques de relance améliorent réellement nos sociétés.

L'accent que nous avons mis sur le PIB ne nous a pas permis de réaliser que la société que nous avons créée n'est pas résiliente. Il ne nous a pas permis de calculer la force de notre économie.

Pour faire simple, il y a une grande différence entre le fait qu'une voiture ait une roue de secours ou non. Mais dans la façon dont nous mesurons le PIB, une voiture sans roue de secours est plus efficace qu'une voiture avec une roue de secours: elle coûte moins cher.

Nous avons créé une économie sans roue de secours, sans lits d'hôpitaux supplémentaires, nous ne nous sommes pas préparés à la pandémie, nous n'avons pas fait beaucoup de choses qui nous auraient permis de répondre à la pandémie. Ce n'est pas que nous aurions pu l'empêcher, mais nous aurions pu avoir une économie beaucoup plus résiliente, plus apte à réagir, et cela, je crois que nos statistiques ne nous le disent pas.

Êtes-vous confiant sur la relance "verte"?

Je suis plein d'espoir, surtout en Europe. Mais nous devons continuer à travailler. Le monde a pris l'engagement d'être neutre en carbone d'ici à 2050. Je pense que c'est réalisable. C'est une étape très positive, mais ce n'est pas suffisant d'avoir cette aspiration, il faut commencer à dépenser l'argent. Et évidemment la pandémie nous incite à commencer à dépenser cet argent.

Nous devons aider les gens à se reconvertir, les diriger vers d'autres emplois, comme vendeur de panneaux solaires. Ne pas faire cette transition aurait un coût extrêmement élevé pour le monde. Nous devons donc reconnaître que certains individus seront plus mal lotis. Nous devrons absolument veiller à ce qu'ils soient correctement protégés et à les aider à se diriger vers d'autres secteurs de production.

Avec AFP.

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