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Politique

Elections européennes 2024 : vers un retour en arrière sur les politiques climatiques ?

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Après la vague verte de 2019, le Parlement européen pourrait bien connaître une vague bleue en 2024. A deux mois des élections européennes, qui se tiendront du 6 au 9 juin dans les 27 pays membres de l’Union européenne, les groupes nationalistes et eurosceptiques ne cessent de progresser dans les intentions de vote, notamment en France. Si cette poussée se confirmait, elle pourrait bien bousculer plusieurs chantiers menés depuis cinq ans en matière d’action climatique. Décryptage. 

A quelques semaines des élections européennes, qui auront lieu en France les 8 et 9 juin prochains, l’heure est aux pronostics. Selon un sondage Ipsos, paru le 29 avril dernier, le Rassemblement national (RN), mené par Jordan Bardella, caracole en tête des intentions de vote avec 32 %, suivis par les listes Renaissance avec 17 %, et PS et Place Publique avec 14 %. Conduite par Marie Toussaint, la liste Les Ecologistes atteint seulement les 6,5 %. Un déclin par rapport au précédent scrutin en 2019 – lors duquel les Verts avaient réalisé une percée historique en France, comme dans le reste de l'Europe. Du côté des observateurs, cette tendance laisse craindre un recul des politiques climatiques, impulsées ces cinq dernières années sous la présidence d’Ursula von der Leyen. 

Son mandat a en effet été marqué sous le sceau de la lutte contre changement climatique avec la création du Pacte vert (ou Green Deal). Lancé en 2021, celui-ci ancre dans la législation européenne l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 à tous les Etats membres de l’UE. Pour parvenir à cette "neutralité climatique", plusieurs propositions, touchant à l’énergie, aux transports, aux logements, ont été formulées et rassemblées au sein du "paquet climat" (ou Fit for 55). Parmi celles-ci, certaines ont pu déboucher sur des accords, à l’image de l’interdiction de la vente des voitures thermiques neuves d’ici 2035. 

Des avancées en faveur de la neutralité climatique... 

A partir de cette date, seuls des véhicules électriques ou à hydrogène pourront être mis sur le marché. Afin de faciliter l’application d’une telle mesure, des points de recharge doivent être déployés tous les 60 kilomètres d’ici 2025 sur les grands axes européens, ainsi que des stations de ravitaillement tous les 200 kilomètres à partir de 2030. Côté énergie, l’UE souhaite aussi encourager l’utilisation de carburants durables, à travers l’adoption du règlement "ReFuelEUAviation" dans l’aviation, et du "FuelEUMaritime", qui s’appliquera à partir du 1er janvier 2025 dans le secteur maritime.

Autre avancée notable : le doublement de la part des énergies renouvelables. En matière d’efficacité d’énergétique, les Etats membres se sont mis d’accord sur plusieurs objectifs afin de lutter contre les passoires thermiques. Ainsi, d’ici 2030, 16 % des bâtiments les moins performants devront être rénovés, et les 26 % les moins performants à l’horizon 2023, hors résidentiel. Au coeur du Green Deal, le mécanisme d’ajustement carbone, ou "taxe carbone aux frontières", a également été adopté en mai 2023. Celui-ci vise à "appliquer des droits de douane spécifiques aux importations de plusieurs biens produits dans des pays où les normes environnementales sont plus souples que dans l’UE". 

...sous le feu des attaques 

Instrument pour faire avancer les ambitions climatiques de l'UE, le Pacte Vert n'en demeure pas moins impopulaire. En témoignent les critiques exprimées par les industriels et les agriculteurs à l'encontre de sa "déclinaison agricole", intitulée "De la ferme à la fourchette" (From Farm to Fork). Etablie par la Commission européenne, cette feuille de route vise à tendre vers "un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement" d’ici 2030. Parmi les objectifs mis sur la table pour y parvenir : consacrer 25 % de terres agricoles au bio, réduire de 50 % les ventes d’antibiotiques pour les animaux d’élevage, de 20 % l’usage d’engrais chimiques ou encore de moitié les produits phytosanitaires - une proposition retirée toutefois en novembre dernier face à la colère du monde agricole et les pressions de plus en plus accrues des eurodéputés de droite et d'extrême droite, favorables à l'abolition du Pacte vert.

Bien décidés à détricoter ce qui a été réalisé ces dernières années, les élus conservateurs avaient déjà dans le passé voté contre plusieurs textes majeurs, à l'image de celui sur la taxe carbone ou plus récemment sur la restauration de la nature. Adoptée de justesse, cette loi prévoit la restauration d’au moins 20 % des terres et des mers de l’UE d’ici à 2030, et de tous les écosystèmes dégradés d’ici 2050. Considérée comme crucial pour la biodiversité par ses défenseurs, celle-ci est davantage perçue comme une menace pour l’agriculture ou encore la sécurité alimentaire par ses opposants.  

Un nouveau cap

Face aux arguments écologiques, ces derniers brandissent de plus en plus le refus d’une "écologie punitive". Un discours qui fragilise le devenir du Pacte vert et plus globalement la poursuite des objectifs climatiques de l’Union européenne, déjà en pause dans plusieurs domaines. Annoncée dans les sondages, la montée de la droite conservatrice et des extrêmes au Parlement européen pourrait accentuer ce ralentissement. De quoi menacer la souveraineté de l’Europe face aux grandes puissances mondiales, comme le souligne Neil Makaroff, directeur du laboratoire européen Strategic Perspectives sur la transition écologique dans une tribune publiée dans Le Monde en octobre dernier. 

"Les Etats-Unis rattrapent leur retard à grand renfort d’investissements colossaux. La Chine domine dans de nombreux secteurs et se positionne sans complexe comme l’usine mondiale de la transition écologique. Ralentir ou s’arrêter en cours de chemin impliquerait inévitablement une transition européenne 'made in China' ou 'made in USA'."

Pour le spécialiste, l'Union européenne doit franchir un nouveau cap, en prenant par exemple des "positions solides sur les technologies décarbonées de demain". Cela englobe les éoliennes, panneaux solaires, batteries, pompes à chaleur...Le 6 février dernier, Bruxelles affichait sa volonté de produire sur son sol au moins 40 % de ces technologies d’ici 2030.

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