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Politique

5G : Macron se met à dos les écolos

Emmanuel Macron l'a assuré : "Oui, la France va prendre le tournant de la 5G".
©Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock

Le débat sur la 5G souffle le chaud et le froid sur les relations entre Macron et l'opposition depuis maintenant quelques jours. La gauche, les ONG et les membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) sont amers. Le Président, qui s'affirme aujourd'hui favorable a la mise en place de cette nouvelle technologie, avait aussi promis de prendre en compte les mesures proposées par la CCC. Dont un moratoire sur la 5G.

"Innovateurs" contre "Amish" : les réserves de la gauche écologiste envers la 5G tournent à l'affrontement politique avec Emmanuel Macron, les Verts reprochant à l'exécutif un passage en force et le président les taxant d'obscurantisme. Le chef de l'Etat a promis lundi, devant des entrepreneurs du numérique, de "tordre le cou à toutes les fausses idées" sur la 5G, au lendemain d'une tribune cosignée dans le Journal du Dimanche par près de 70 élus LFI et EELV - dont Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot - et réclamant un moratoire à la mise en œuvre du nouveau réseau mobile. Mais il y a quelques semaines, Emmanuel Macron, avait également promis de retenir la quasi-totalité des propositions de la Convention citoyenne pour le climat. S'il n'a jamais fermé la porte à la mise en place de la 5G, il n'a pas non plus exclu le moratoire sur le sujet proposé par les 150 tirés au sort. 

"La France va prendre le tournant de la 5G parce que c'est le tournant de l'innovation", a insisté ce lundi le Président en ironisant sur ceux qui préfèreraient "le modèle Amish" et le "retour à la lampe à huile" - les Amish sont une communauté chrétienne américaine connue pour mener une vie simple et austère, à l'écart des technologies, ndlr. La réaction la plus acerbe aux propos présidentiels est venue mardi de l'Insoumis Manuel Bompard : "Lui n'a en tout cas pas la lumière à tous les étages", a-t-il tweeté.

Pour le maire EELV de Grenoble, Eric Piolle, les déclarations de M. Macron sont "une caricature du modèle néolibéral qui n'est plus en phase avec les aspirations de la société". Le Président "devient extrêmement violent", ajoute-t-il. Le député LFI François Ruffin, qui réclame un référendum sur la 5G, accuse le chef de l'Etat de se renier, jugeant qu'il aurait "tacitement" validé fin juin l'ensemble des 149 propositions de la Convention citoyenne sur le climat, à l'exception de trois, dont la 5G ne faisait pas partie. "La question n'est pas de 'croire au modèle amish' mais de croire à la parole donnée", abonde Julien Bayou, numéro un d'EELV.

Argument repris par Greenpeace et d'autres ONG environnementales qui ont également rappelé que la Convention climat avait proposé un moratoire sur le déploiement de cette technologie. Inquiets de possibles effets néfastes de la 5G sur la santé et d'impact environnemental, les signataires de la tribune au JDD demandent "un moratoire, au moins jusqu'à l'été 2021", alors que les enchères d'attribution des premières fréquences débutent le 29 septembre.

Un "sujet pour la présidentielle" ?

Messieurs Piolle et Ruffin ont signé la tribune, tout comme les nouveaux maires écologistes de Strasbourg, Bordeaux et Besançon notamment. Ils réclament "un débat démocratique décentralisé sur la 5G et sur les usages numériques". Lors des questions au gouvernement à l'Assemblée, Cédric O, secrétaire d'Etat au numérique, a répondu à Clémentine Autain (LFI) qu'il était d'accord pour un débat "sur des bases scientifiques", mais pas si "on agite des peurs". "La France possède l'un des cadres de protection les plus exigeants" en matière d'ondes de radio fréquence, a-t-il affirmé.

L'exécutif prête aussi aux sceptiques de la 5G des intentions plus tactiques. "Le moratoire, c'est un sujet politique dans la perspective de 2022. D'ailleurs, ils disent : 'Un an d'attente', pas plus. Pas jusqu'à la présidentielle. Ce qu'ils veulent, c'est en faire un sujet pour la présidentielle, précisément", assure un membre du gouvernement.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, n'a pas signé la tribune et préfère attendre le rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) prévu pour début 2021. Il avait néanmoins fait part des "fortes inquiétudes" dans une question au Premier ministre le 31 août. "Toute précipitation serait néfaste", écrivait-il. Quant au premier secrétaire du PS, Olivier Faure, il demande "un vrai débat". "On veut démêler le vrai du faux" sur tout ce qui se dit à propos de la 5G, ajoute Corinne Narassiguin, numéro deux du parti. "Un travail d'audition et d'étude" va être mené dans ce sens.

La gauche n'est pas seule à s'interroger. Une trentaine de députés LR ont réclamé en mai une commission d'enquête sur les impacts potentiels en matière de santé. Au RN, le député européen Hervé Juvin demande "quels sont les avantages réels pour les utilisateurs, au-delà d'un contrôle total de l'existence par les objets connectés ?"

"Pas de risques", selon le gouvernement

Si l'Anses n'a pas encore rendu d'avis ferme sur le sujet, un rapport commandé par le gouvernement souligne qu'il n'y a pas "d'effets néfastes avérés à court terme en-dessous" des valeurs limites recommandées concernant l'exposition aux ondes électromagnétiques.

Pour la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, il n'y a ainsi pas besoin d'un moratoire sur les futures enchères sur les fréquences pour la 5G car "toute la littérature scientifique" indique qu'elles ne présentent "aucun risque" sanitaire, a-t-elle estimé sur Europe 1. "Il est tout à fait normal de se poser des questions et nous on est là pour essayer d'y apporter des réponses". "Le moratoire a un intérêt à partir du moment où on n'a pas les données et justement on a un rapport qui est sorti hier qui nous donne des données et qui nous précise que sur les bandes qui vont être occupées d'ici la fin de l'année il ne va y avoir en gros aucun risque si on respecte les normes," a poursuivi la ministre citant cette étude. "Toute la littérature scientifique nous dit que sur la bande des 3,5 gigahertz, (...) qui est concernée par les enchères qui vont être lancées à la fin du mois, il n'y a pas de sujet", relevant que cette bande de fréquence "est utilisée depuis longtemps".

Interrogée sur l'aspect environnemental, Barbara Pompili a estimé que "l'évolution des consommations fait qu'on va consommer beaucoup plus et donc qu'il peut y avoir un risque pour l'environnement puisque quand on consomme on augmente nos émissions de gaz à effet de serre"."Donc il faut aussi qu'on réfléchisse à comment on peut faire pour être un peu plus sobres" dans les usages et consommations, a-t-elle terminé.

Les enchères pour l'attribution des premières fréquences de la 5G en France doivent se tenir fin septembre, ouvrant la voie à de premières offres commerciales d'ici fin 2020.

Mise à jour : les Français, plutôt favorables

Du côté des citoyens, une enquête Ifop publiée le 17 septembre avance que "63 % des Français souhaitent que les pouvoirs publics facilitent le déploiement de la 5G" dans le pays. A l'inverse, 48 % d'entre eux se disent favorables à l'idée d'un moratoire sur le sujet. 

Les principales inquiétudes évoquées quant au déploiement de cette nouvelle technologie concernent d'abord le respect de la vie privée (pour 72 % des sondés), puis les conséquences sur l'environnement (pour 65 %). L'impact sur la santé arrive quant à lui en troisième position (51 %).

Avec AFP.

En partenariat avec BFM Business : revoir la chronique ici.

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