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DOSSIER PARTENAIRE

La gestion d’actifs au défi de la transition bas carbone

©GUNMANPHOTO/Shutterstock

Les gérants d’actifs ont multiplié ces dernières années les engagements et stratégies destinés à soutenir la transition bas carbone, source à la fois d’opportunités et de risques pour l’industrie.

C’est une condition sine qua non pour tenir les objectifs de l’Accord de Paris. Afin de limiter la hausse de la température globale "bien en dessous" des 2°C d’ici la fin du siècle, il faudra atteindre la neutralité carbone au cours des prochaines décennies, prévenait le GIEC en 2018. Ces dernières années, de nombreux États et organisations supranationales se sont engagés sur cette voie en annonçant des plans "zéro émission nette" à horizon 2050-2060. C’est le cas par exemple de l’Union européenne, de la Chine, de la France ou encore du Royaume-Uni et, aujourd’hui, les pays poursuivant cet objectif représenteraient environ 60 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, pour près de 70 % du PIB.

Mais pour décarboner l’économie, l’action de l’ensemble de ses acteurs est essentielle. Celles des entreprises, bien sûr, dont une vingtaine seraient responsables de plus du tiers des émissions de CO2 dans le monde. Mais aussi celle des investisseurs qui, par leurs choix de financements notamment, peuvent participer à l’alignement des flux financiers avec les objectifs climatiques. D’autant que les besoins sont colossaux : si les calculs varient selon les sources, le "New Energy Outlook 2021" publié par BloombergNEF estimait encore récemment qu’il faudrait entre 92 000 et 173 000 milliards d’investissements d’ici 2050 pour atteindre la neutralité carbone.

Leviers multiples

Pour aligner leurs portefeuilles sur ces ambitions et répondre à une demande croissante des investisseurs, les acteurs de la gestion d’actifs ont multiplié ces dernières années les engagements et initiatives. Pour l’industrie, qui a franchi en 2020 le cap des 100 000 milliards de dollars sous gestion, l’enjeu est aussi financier, alors que les risques réglementaires, de transition et physiques notamment menacent la valeur des actifs à moyen et long terme. "Par exemple, si les gouvernements acceptent de mettre en place un prix mondial du carbone dans tous les secteurs de 100 $/tonne conformément aux scénarios à 1,5 °C, environ 12 à 16 % des bénéfices des actions mondiales sont menacées, expliquait ainsi Schroders il y a quelques mois. De plus, pour les entreprises les plus difficiles à décarboner, le risque que des actifs échoués se transforment en passifs dans les bilans, érodant la valeur de l'entreprise et affectant les performances, pourrait être un facteur important".

L’une des principales réponses du secteur à ces enjeux réside dans la prise en compte croissante des enjeux climatiques dans les décisions d’investissement, via notamment l’exclusion des portefeuilles des activités les plus carbo-intensives, par exemple celles liées au charbon. Une autre option consiste à n’investir que dans des entreprises dont les produits et services apportent des solutions au défi climatique (énergies renouvelables, infrastructures et mobilité propres…), dans le cadre de stratégies thématiques. À contrario, certains fonds cherchent aujourd’hui à identifier des "leaders climatiques" et ce indépendamment de leur secteur d’activité. Il s’agit par exemple de sélectionner des entreprises certes parfois très émettrices à l’heure actuelle, mais affichant des objectifs de transition jugés crédibles, validés notamment par l’initiative Science Based Target. Selon une étude du NewClimate Institute & Data-Driven Envirolab, plus de 1500 entreprises à travers le monde s’étaient ainsi engagées dans des objectifs de neutralité carbone à fin 2020.

Engagement individuel ou collaboratif

Au-delà de la construction des portefeuilles, un autre levier clé consiste, pour les gérants, à exercer activement leur rôle d’actionnaires. Via le vote, le dialogue et parfois même le dépôt de résolutions, ces derniers sont en effet en mesure d’influencer le comportement des entreprises. Début 2021, Schroders annonçait par exemple avoir écrit aux dirigeants d’entreprises du FTSE 350 au Royaume Uni pour leur demander "de préparer et de publier leurs plans de transition vers la décarbonation".

Mais cet engagement peur aussi de traduire par le biais d’initiatives collaboratives, dont le poids peut faire pencher la balance. Lancée fin 2020 sous l’égide de l'Institutional Investors Group on Climate Change, l’initiative Net Zero Asset Managers regroupe par exemple aujourd’hui près de 130 gérants d’actifs à travers le monde représentant 43 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, "engagés à soutenir l'objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici 2050 ou avant". Pour ce faire, ses membres s’engagent notamment à "travailler en partenariat avec les propriétaires d’actifs sur les objectifs de décarbonation" et à "créer des produits d’investissement alignés sur le principe de zéro émission nette d’ici 2050 et faciliter l’augmentation des investissements dans la lutte contre le réchauffement climatique".

"Le secteur privé a un rôle crucial à jouer dans la construction d'un monde plus équitable et durable, commentait il y a quelques mois Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies. Notre objectif pour 2021 est de nous assurer que nous sommes en mesure de construire une véritable coalition mondiale pour la neutralité carbone d'ici 2050".

Auparavant, d’autres initiatives poursuivant des objectifs similaires avaient déjà vu le jour. La Climate Action 100+ notamment, qui réunit aujourd’hui 615 investisseurs gérant plus de 55 000 milliards de dollars d’actifs a pour ambition d’inciter les plus grands émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre à "prendre les mesures nécessaires pour lutter contre le changement climatique". Régulièrement, des investisseurs regroupés au sein de coalitions demandent également aux entreprises d’accélérer la cadence sur l’intégration des enjeux climatiques dans leurs stratégies. Car le temps presse : selon le Tableau de bord du changement climatique de Schroders, c’est plutôt sur une trajectoire à + 3,9°C que nous nous situions à fin 2020.

3 questions à... Nathaële Rebondy, Responsable de la Durabilité pour l’Europe chez Schroders

La transition bas-carbone est à la fois une source de risques mais aussi d’opportunités. Quels sont-ils ?

La transition vers une économie à faible émission de carbone implique des politiques climatiques plus strictes et des prix du carbone plus élevés dans le monde entier. Pour les entreprises, cela signifie une augmentation des coûts proportionnelle au total des émissions de gaz à effet de serre générées par elles-mêmes et leurs fournisseurs. Les augmentations des prix de vente visant à compenser une partie de cette hausse des coûts entraîneront une baisse de la demande, ce qui réduira les ventes et les bénéfices des entreprises. Ce "risque de transition" aura un impact sur la plupart des industries.

Du côté des opportunités, la transition vers le net zéro nécessite d'énormes investissements au cours des 30 prochaines années. Dans le secteur de l'énergie, nous devons passer d'un mix énergétique basé sur les combustibles fossiles à un mix propre et renouvelable. Des innovations et des investissements sont nécessaires dans la production d'énergie renouvelable (éolienne, solaire, hydrogène), le stockage d'énergie, des infrastructures de transport électrique et des réseaux de transport et de distribution d'électricité, créant des opportunités de croissance massive pour les entreprises de ces secteurs.

Quels autres engagements avez-vous pris pour soutenir cette transition ?

En tant qu’entreprise, nous visons à minimiser l'impact de notre activité sur l'environnement. Nos opérations sont neutres en carbone depuis 2019, via un double programme : une réduction de nos émissions de scope 1 et 2, mesurée en tonnes de CO2 par employé, et un programme de compensation carbone via un partenariat avec ClimateCare qui soutient la protection et la génération de puits de carbone naturels.

En 2019, nous nous sommes engagés à utiliser 100 % d'électricité renouvelable dans tous nos bureaux d'ici 2025 et avons atteint 67 % à ce jour.

Pour nos investissements, qui recouvrent les émissions de scope 3, nous sommes signataires de l’initiative Net Zero Asset Managers visant à la neutralité carbone de nos portefeuilles d’ici 2050. Nous avons également adhéré à l’initiative Science Based Target, avec l’engagement de réduire notre empreinte carbone totale (scopes 1 à 3) en ligne avec les objectifs de l’Accord de Paris. Nous allons publier dans les prochains jours notre trajectoire détaillée pour parvenir à ces objectifs, puis nos progrès réalisés chaque année.

Pouvez-vous citer quelques exemples de grandes campagnes d’engagement sur ces sujets ?

Nos gérants de portefeuille crédit et actions ont sélectionné près de 50 banques en Europe, en Amérique du Nord et en Asie qui représentent les principaux financeurs du secteur des énergies fossiles ou qui sont susceptibles d’être fortement exposées à ce secteur à travers leurs bilans. Une analyse approfondie a été menée, et suivie d’engagements. Pour chacun, nous mettons en avant trois à quatre objectifs sur lesquels nous souhaitons que la banque travaille au cours des 12 prochains mois. Par exemple, un engagement à aligner les activités de financement de la banque avec les objectifs de l’Accord de Paris, ainsi que les étapes et objectifs associés.

Nous sommes également actifs sur les sujets climatiques lors du vote aux assemblées générales des entreprises. En ce qui concerne les résolutions sur le climat, nous avons surtout demandé des objectifs de réduction des émissions, en particulier pour les grands émetteurs tels que le groupe de transport et de logistique UPS, le fabricant mondial de machines Caterpillar, ainsi que les grandes entreprises pétrolières et gazières comme Conoco Phillips, Exxon Mobil, Royal Dutch Shell et Chevron.

En partenariat avec Schroders. 

Information importante

A titre d’information uniquement. Les mentions de sociétés ne constituent en aucun cas des recommandations d’achat ou de vente ou d’adoption d’une stratégie d’investissement particulière.