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Humeur

L'environnement à tout prix...

Allain Bougrain-Dubourg, grand défenseur de la cause animale, président de la Ligue pour la protection des oiseaux.
©XAVIER LEOTY / AFP

Bercy ne s'est pas privé de faire cocorico. Grâce au "Plan vert", la France serait la première nation à révéler l'impact environnemental de son projet de loi de finance.

C'est la très sérieuse Inspection Générale des Finances qui s'est attelée à la tâche au regard de 6 objectifs prioritaires : la lutte contre le changement climatique, l'adoption et la prévention des risques naturels, les ressources en eau, l'économie circulaire, la lutte contre les pollutions et la biodiversité. Pour chaque centime investi par l'état, il s'agit de savoir si la démarche est écologiquement positive, neutre ou négative.

Premier constat, sur les 574 milliards d'euros de dépenses potentielles, 52,8 milliards d'euros sont jugés directement impactants sur l'environnement. Et par bonheur, la majorité, soit 38,1 milliards d'euros, sont considérés "favorables". 4,7 milliards d'euros des dépenses apparaissent "neutres", c'est à dire qu'elles sont à la fois favorables et défavorables. Par exemple, la construction d'une ligne de chemin de fer réduira l'empreinte carbone mais affectera la biodiversité. Et enfin, 10 milliards d'euros se révèlent clairement défavorables. Exemple, l'usage des produits fossiles. Reste également les 100 milliards d'euros du plan "Relance France" dont 32 milliards seraient favorables à au moins un objectif, tandis que le reste n'impacterait nullement l'environnement.

Un tel bilan impose le respect. Quels savants calculs conduisent à cette classification ? C'est là que la calculette se dérobe. Par exemple, on est incapable de dire combien d'euros il faudrait pour arrêter l'artificialisation des sols alors que cette dernière figure comme une priorité. De même, a t-on calculé le coût d'une espèce qui disparaît, celui d'une zone humide asséchée ou d'un trait de côte qui recule ? Il serait plus sage que les budgets dits "neutres" soient requalifiés de "non évaluables" plaident les associations.

Quoiqu'il en soit, si la transparence environnementale des affectations budgétaires ne démérite pas, la vraie question reste la hauteur du budget affecté au climat et à la biodiversité. Or, cette dernière relève du parent pauvre. Moins de 0,4 % du budget de l'état lui sont consacrés. Une aumône au regard de ce que représente le vivant dans l'économie planétaire. Le Forum Economique Mondial considère que 44 000 milliards de dollars, soit la moitié du PIB mondial, dépendent modérément ou fortement de la nature. Autrement dit, 40 % de l'économie mondiale repose sur les services rendus par la nature (forêt, ressources halieutiques, médicaments, tourisme...).

Or, ces services sont en déclin de 60 % en raison d'une agriculture intensive et chargée de chimie, d'une artificialisation des sols, du réchauffement climatique, etc... En septembre dernier, le Conseil d'Analyse Economique (CAE) rendait un rapport extrêmement sévère sur la "non assistance à nature en danger" avec des recommandations immédiates pour inverser la tendance du déclin. Au fond, deux mots pourraient résumer la feuille de route qui s'impose : du courage et de la détermination. Ce ne sont pas forcément les qualités premières de l'exécutif...

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