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Entretiens

“Il ne suffit pas de dire que l’on fait de l’ESG pour que la planète se transforme”

Bertrand Badré, président de Blue Like an Orange Sustainable Capital.
© DR

Trois questions à Bertrand Badré, ancien directeur financier de la Banque mondiale, aujourd’hui fondateur de Blue like an Orange Sustainable Capital, un fonds d’investissement à impact qui se concentre sur les marchés émergents.  

Lors de la COP26, les pays en développement ont fustigé les engagements, selon eux insuffisants, des pays les plus riches. Quel regard portez-vous sur cette fracture Nord-Sud ? 

Elle est réelle et bien connue. De Copenhague en 2009 à Glasgow en 2021, la question de la répartition des efforts se pose inlassablement. Alors que les pays développés ont consommé la plus grosse partie du budget carbone de la planète, ils continuent de se tourner vers les plus fragiles en leur disant : “Nous devons tous se serrer la ceinture”. Ce discours est difficile à accepter et comporte plusieurs risques notamment celui de réimposer une manière de voir, par l’intermédiaire de normes et de standards, sans tenir compte des spécificités des différents Etats. C’est ce que l’on avait appelé il y a quarante ans le consensus de Washington. Le deuxième risque est de diviser le monde avec d’un côté les pays à impact premium, et de l’autre ceux à impact low-cost. Il faut éviter ces deux écueils pour imaginer un partenariat qui aide l’ensemble de la planète vers la transition. 

La mobilisation de 100 milliards de dollars par les pays riches pour aider les pays en développement est devenu un symbole, mais cette somme n’est évidemment pas suffisante. Il faut désormais développer des outils, notamment de coopération public/privé, pour financer la transition vers une énergie plus propre et durable, mais aussi travailler à l’adaptation. 

En 2017, vous avez créé le fonds Blue like an Orange avec pour ambition de “devenir une référence en matière d’investissement durable et à impact dans les pays émergents et en développement”. Pourquoi ce choix ?  

Mon expérience et celle de mes associés m’ont exposé aux marchés émergents. Pendant vingt ans, j’ai travaillé sur l’accès à l’eau dans le monde. Mon passage par la Banque mondiale a ensuite confirmé cet intérêt. Blue like an Orange est également né d’une conviction assez forte, celle que la bataille pour le développement durable serait gagnée ou perdue dans les pays émergents, que ce soit sur le climat, la biodiversité ou les égalités femme-homme. Pour contribuer au développement durable dans ces économies, il faut notamment qu’une partie de l’épargne des pays développés aille s’investir dans ces marchés où il y a de gigantesques besoins. C’est à la fois utile pour les pays émergents, et rentable pour les investisseurs. Cela évite également de construire des murs dans quelques années car il y aura des réfugiés climatiques et économiques. 

Depuis la création de Blue Like an Orange, notre premier sous-fonds Latin America Fund I  a pu financer des entreprises dans le domaine de l’éducation, de la santé, ou encore de l’agriculture dans les pays d’Amérique Latine. Latin America Fund II est actuellement en cours de lancement, dans lequel AXA a confirmé un investissement en s’inscrivant en tant qu’investisseur de référence. 

Le marché de l'investissement à impact a connu ces dernières années un développement rapide, et la notion s'invite désormais de plus en plus dans l'univers de la gestion d'actifs cotés. Quels sont, selon vous, les risques à éviter ?   

Cette question est au cœur de mon dernier livre, Voulons-nous (sérieusement) changer le monde ? Aujourd’hui, selon les estimations, il y a entre 40 000 et 50 000 milliards de dollars d’actifs gérés en ESG (environnementaux, sociétaux et gouvernance). Le principal risque est de se satisfaire de cela. Il ne suffit pas de dire que l’on fait de l’ESG pour que la planète se transforme. C'est une première marche sur un escalier assez long. Pour avancer, il faut désormais réaliser un travail d’homogénéisation des méthodes et des approches qui pullulent aujourd’hui au point de créer un effet brouillard. Il y a ceux qui font du washing, ceux qui avancent prudemment et ceux qui ont un cap bien défini, et s’y tiennent. Ce travail de structuration commence seulement. 

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