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Entretiens

Christophe Revelli: "La finance verte s'inscrit dans une logique de marché"

Christophe Revelli, Professeur de finance durable et d'investissement d'impact à la Kedge Business School.
©D.R

Professeur de finance durable et d'investissement d'impact à la Kedge Business School, Christophe Revelli revient notamment dans cet échange sur les limites actuelles de la finance verte et sur des pistes pour les lever. 

Quelles sont les limites de la finance verte actuelle ?

L’intégration ESG devient la norme, et c’est très bien. Mais il faut se demander comment ces critères sont intégrés. L’analyse des critères extra-financiers et des controverses est biaisée, car elle se fait majoritairement sur des documents déclaratifs et dans une logique de volume, sans approfondissement de la recherche. La finance durable s’inscrit dans une logique de marché. Le cas récent d’Orpéa est parlant : ses actionnaires auraient pu anticiper la crise et s’interroger sur les conditions qui permettaient l’ultra-rentabilité du groupe, et remettre en question profondément la stratégie. C’est le rôle et la mission de l’actionnaire d’être au plus près de l’entreprise. Mais ceci est plus facilement faisable par les actionnaires de petite taille, qui n’ont pas la même exigence et temporalité que les actionnaires institutionnels hégémoniques comme Blackrock ou d’autres, qui ne peuvent qu’être dans une logique quantitative. Or, les pratiques et comportements de ces derniers influencent fortement le marché...

La finance peut-elle malgré tout être une solution au service de la transition écologique ?

Bien sûr, c’est indispensable, mais il faut l’encadrer plus fortement. La finance n’est pas que le marché. Le problème réside dans la capacité du marché à financer seul la transition. Les pouvoirs publics ont délégué cette responsabilité aux acteurs financiers, or le marché est dans une logique fiduciaire de rentabilité et de compétition. Pour qu’il joue son rôle de soutien à la transition, nous avons besoin d’une régulation forte et de pouvoirs publics qui soient capables de flécher les capitaux vers des projets verts, notamment via les politiques monétaires, les exigences d’impact sur les prêts bancaires, et les mécanismes de refinancement des banques auprès de la BCE, qui doit être la garante des stratégies vertes des acteurs.

Peut-on imaginer la création de nouveaux produits financiers pour soutenir la transition ?

Tout à fait. Le marché, par défaut, demande des conditions de cash-flows et de rentabilité actionnariale trop étroites pour bien financer la transition, qui requiert d’investir dans des projets dont la priorité reste l’impact écologique et social. Le cas des green bonds est parlant : si l’investisseur observe un "greenium", c’est-à-dire une surprime à payer relative au coût écologique de l’investissement, il choisira plutôt une obligation classique plus rentable. De plus, l’échange sur les marchés secondaires diluera l’exigence verte et résumera l’opération à un échange de titres entre obligataires sur des critères financiers. Le sous-jacent vert dépend donc de la capacité du marché à identifier les projets rentables et les moins coûteux, ce qui freine le développement de la transition. Il faudrait imaginer par exemple des produits qui encadrent ces biais, notamment l’obligation de détenir à maturité, lié à un sous-jacent écologique unique, avec une contrainte prudentielle de détention obligatoire de ces titres dans les bilans, dans un acte de verdissement des actifs.

 

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