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En bref

Financement du pétrole et du gaz: les engagements des banques "insignifiants", dénonce Reclaim Finance

Lucie Pinson, fondatrice et présidente de Reclaim Finance.
©DR/STEPHANE COJOT-GOLDBERG/Goldman Environmental Prize

Les engagements des banques pour réduire leur financement au secteur pétrolier et gazier sont "insignifiants", dénonce auprès de l'AFP la directrice générale de l'ONG Reclaim Finance, Lucie Pinson, à dix jours de l'ouverture de la COP26 de Glasgow.

Le secteur financier multiplie ces derniers mois les annonces d'engagements en faveur du climat, sans convaincre toutefois Lucie Pinson, qui ferraille avec la finance pour l'enjoindre de diminuer ses financements aux énergies fossiles.

Oxfam vient de pointer l'augmentation de 2 % des émissions carbone des banques par euro injecté dans l'économie entre 2017 et 2020. Comment réagissez-vous?

L'intensité carbone n'est pas forcément un indicateur que nous regardons, étant donné qu'il est relatif. Si un portefeuille d'investissement grossit, vous pouvez en effet avoir une intensité carbone qui diminue sans que cela signifie pour autant une baisse du financement des activités les plus carbonées. Il suffirait pour cela d'augmenter les fonds dédiés aux énergies renouvelables.

Par contre, sur l'empreinte carbone brut des banques, on voit bien qu'aujourd'hui nous n'avons pas de trajectoire à la baisse. On s'aperçoit ainsi que les banques françaises ont accordé 295 milliards de dollars de financement aux énergies fossiles entre 2016 et 2020 avec une augmentation de 19 % par an en moyenne.

Cela veut dire que depuis l'accord de Paris, les banques françaises financent de plus en plus les énergies fossiles. Pire, elles financent de nouveaux projets, qui sont là pour durer 30 ou 50 ans.

Comment expliquez-vous ce décalage entre les paroles et les actes ?

Le problème est que les acteurs financiers utilisent le fait qu'on ne sortira pas du pétrole et du gaz du jour au lendemain pour dire qu'il faut maintenir tous les soutiens aux entreprises.

Alors que, si la sortie de ces secteurs ne peut se faire que progressivement, il s'agit dès maintenant d'arrêter de les étendre car chaque nouveau projet nous éloigne de l'objectif et aggrave la situation climatique.

Il y a également une méconnaissance du déploiement des énergies renouvelables, qui représentent une alternative aux énergies fossiles a terme, avec une incapacité à se projeter dans l'après-pétrole.

Et bien entendu, il y a quand même un manque de courage politique puisque la transition implique d'avoir des discussions extrêmement dures avec les clients pour conditionner le maintien de leurs services financiers au respect de la trajectoire de neutralité carbone. Et selon l'Agence internationale de l'énergie, celle-ci impose l'arrêt de tout nouveau projet pétrolier et gazier. Cette discussion, les acteurs financiers français refusent de l'avoir.

Les banques françaises se targuent pourtant de faire mieux que leurs homologues anglo-saxonnes. Qu'en est-il vraiment?

Concernant le charbon, oui, les banques françaises ont un coup d'avance, même si tout n'est pas parfait. En revanche, sur le pétrole et le gaz, globalement, elles sont toutes au même niveau, étant donné le caractère insignifiant des mesures qui ont été prises sur certains secteurs dits "non conventionnels".

Les politiques d'exclusion, vu la manière dont elles sont rédigées, épargnent les majores pétrolières et gazières qui sont très diversifiées et passent en général sous les seuils d'exclusion.

Ainsi, malgré un arrêt des financements dédiés aux forages en Arctique, les grandes banques françaises se retrouvent à financer des entreprises présentes dans cette zone, comme TotalEnergies.

Avec AFP.