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En bref

La finance multiplie les promesses "vertes" mais les engagements restent flous

©RachenArt/Shutterstock

Sortie du charbon, réduction du soutien aux énergies fossiles... Les acteurs de la finance ont multiplié les annonces "vertes" ces dernières années face à la pression du public et des investisseurs, avec un effet contesté sur leurs portefeuilles.

Plus de 450 banques, assurances et gestionnaires d'actifs dont Crédit Agricole, Allianz ou HSBC se sont notamment engagés à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, en rejoignant des alliances comme la "Glasgow Financial Alliance for Net Zero" (Gfanz). "Les choses ont beaucoup bougé ces dernières années, mais ce n'est encore pas suffisant", explique à l'AFP James Vaccaro, directeur exécutif du Climate Safe Lending Network, un réseau d'acteurs de la finance, d'ONG et de chercheurs visant à accélérer la décarbonation du secteur bancaire. L'une des principales actions à mettre en place selon ce réseau est d'arrêter les flux financiers en faveur des énergies fossiles: arrêter de prêter de l'argent pour de nouveaux projets de production et d'investir dans les entreprises qui mènent ce type de projets.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a d'ailleurs estimé en mai 2021 que pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il fallait abandonner dès maintenant les projets d'exploration pétrolière ou gazière. Or, l'agence de recherche à but non lucratif néerlandaise Profundo a révélé en février que les investisseurs institutionnels détenaient encore à fin novembre 2021 quelque 1.200 milliards de dollars de parts dans des entreprises du charbon. Mardi, Reclaim Finance a indiqué à son tour que seulement cinq institutions financières (La Banque Postale, Crédit Mutuel, Commerzbank, Lloyds Banking Group et Natwest) sur les 150 plus importantes du monde avaient pris des mesures pour restreindre leurs financements aux entreprises développant de nouveaux projets fossiles. De plus, alors que 74 des acteurs étudiés sont membres de la Gfanz, 20 d'entre eux n'ont adopté "aucune politique" pour limiter leur soutien au pétrole et au gaz.

Couper l'offre ?

De leur côté, les banques, assureurs et gestionnaires d'actifs se justifient en invoquant la diversification des sociétés pétrolières et gazières vers des énergies plus propres ou la nécessité d'un délai pour arrêter de les financer. Les alliances pour une finance neutre en carbone n'exigent pas non plus l'arrêt du financement de ces entreprises."Couper simplement l'offre [d'énergies fossiles] en arrêtant le financement ne va pas vraiment résoudre le problème et risque de l'exacerber en faisant monter les prix", explique à l'AFP Remco Fischer, responsable de la stratégie climat de l'Initiative financière du programme des Nations-Unies pour l'environnement (UNEP FI). Il estime qu'il faudrait aussi limiter la demande d'énergies fossiles, en aidant par exemple les entreprises consommatrices de pétrole à mettre en place des alternatives.

Plus d'exigence

"Les choses pourront seulement changer quand il y aura des règlementations" de la part des gouvernements sur le sujet, soutient James Vaccaro. Cela permettrait selon lui de définir des critères et des "lignes rouges" sur les investissements polluants. Alors que les acteurs de la finance sont nombreux à mettre en avant leur soutien à des projets "durables" et aux énergies renouvelables, Géraldine Ang, spécialiste de la finance verte à l'OCDE, invite à se méfier de ces annonces.

"Sur la question du changement climatique, ce qui compte le plus ce sont les infrastructures [comme les routes, les réseaux de traitement de l'eau, les installations de production ou de distribution d'énergie, NDLR] et la part de l'investissement institutionnel dans les infrastructures vertes reste minuscule au regard de ce qu'ils pourraient faire", assure-t-elle. D'après un rapport de l'OCDE prenant pour période de référence février 2020, les fonds de pension et assureurs disposaient de 117 milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures vertes, alors qu'ils auraient pu y consacrer jusqu'à 10.300 milliards.

Avec AFP.