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Analyses

Les ETF prennent le virage de l’investissement responsable

©Vintage Tone/Shutterstock

En quelques années, le marché des ETF intégrant des critères extra-financiers ou affichant des thématiques durables s’est imposé comme un segment incontournable. Sa croissance est soutenue par une forte appétence des épargnants pour l’investissement responsable, par le virage vert engagé par les gérants, ainsi que par l’arrivée de nouvelles réglementations ambitieuses.

Longtemps boudés par les gestionnaires d’actifs européens, les ETF semblent avoir pris leur revanche. En 2020, la collecte a franchi la barre des 100 milliards d’euros en Europe sur ces instruments de gestion passive, portant leur encours à plus de 1 000 milliards d’euros. La crise du Covid-19 semble avoir accéléré ce marché, le segment des ETF responsables tirant particulièrement son épingle du jeu. Les fonds indiciels s’appuyant sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont vu bondir leur encours de 137 % en 2020, pour atteindre 90,4 milliards d’euros. Ils représentent aujourd’hui 8,6 % des actifs des ETF en Europe, selon les chiffres de Morningstar, leur proportion grossissant à vue d’œil. S’ils sont de plus en plus présents dans les portefeuilles des Français, les ETF restent peu connus du grand public malgré des vertus indéniables pour les investisseurs.

"Un ETF est un fonds coté en Bourse dont l’objectif est de suivre à la hausse comme à la baisse l’évolution de la performance d’un indice, net de frais", résume Isabelle Bourcier, responsable des gestions quantitative et indicielle chez BNP Paribas Asset Management. Les indices sont des paniers d’actions ou d’obligations, dont la composition peut être répliquée par un fonds indiciel. Ils servent aussi aux fonds de gestion actifs, qui vont comparer leurs performances à des indices de référence. En 2020, l’Index Industry Association dénombrait 3,05 millions d’indices boursiers dans le monde.

En 2020, plus de 50 % de la collecte sur les fonds indiciels européens s’est dirigée vers les ETF ESG.

Liquidité et diversification

Lorsqu’il investit dans un ETF, l’épargnant va donc acheter la part d’un fonds qui réplique un indice de marché. En un seul placement, il pourra être exposé à un grand nombre de titres boursiers, le nombre de lignes allant de 50 à plus de 1 500 pour les plus gros fonds. "Les avantages de l’ETF sont multiples : les frais de gestion sont faibles, on connaît en temps réel et en permanence leur composition et ils sont très liquides, pouvant être achetés ou vendus aussi facilement qu’une action", explique François Millet, responsable stratégie et innovation ETF chez Lyxor Asset Management. La liquidité des ETF est assurée par des market makers, dont le rôle est de faire en sorte que l’épargnant puisse acheter ou vendre à tout moment une part de son ETF. La fidélité de l’ETF à son indice est quant à elle surveillée par des participants autorisés, qui vont faire en sorte que le cours de l’ETF suive au plus près la valeur de l’indice qu’il réplique. "S’il y a beaucoup d’échanges, le prix de la part de l’ETF peut être amené à dévier de la valeur du panier, explique Fabrice Riva, professeur de finance à l’Université Paris-Dauphine. C’est là qu’interviennent les participants autorisés, dont le rôle est de rétablir la valeur de la part." L’objectif est de minimiser la tracking error de l’ETF, c’est-à-dire sa divergence par rapport à l’indice. Mais attention : cette réplication signifie que le fonds indiciel suivra son indice à la hausse comme à la baisse. "L’épargnant reste exposé aux risques de marché, souligne Isabelle Bourcier. Il faut garder à l’esprit que le gérant ne cherche pas à faire mieux que l’indice, mais à faire comme."

L’impact des ETF sur le marché financier

Les travaux académiques sur les ETF ne sont pas légion, mais existent. Certains d’entre eux se sont intéressés à l’effet que les fonds indiciels pourraient avoir sur le marché, notamment en matière de liquidité et de volatilité. Et il y aurait bien un effet sur la liquidité du marché obligataire : "Les ETF obligataires semblent améliorer la liquidité des obligations qui sont dans les indices qu’ils répliquent", indique Fabrice Riva, professeur de finance à l’Université Paris-Dauphine. Pour les actions, l’effet est moins clair sur la liquidité, mais il serait, au pire, neutre. Quant à la question de la volatilité ? "La question n’est pas tranchée, souligne-t-il. Mais j’ai tendance à penser que les ETF représentent encore une trop petite part du marché pour avoir un effet sur la volatilité du sous-jacent."

Des critères ESG à l’approche thématique

Dans le cas des ETF responsables, les gérants peuvent avoir deux logiques. La première est de répliquer des indices boursiers qui prennent en compte des critères extra-financiers. Les indices ESG, thématiques et factoriels pèsent pour environ 14 % des 3 millions d’indices évoqués plus haut, sachant que le nombre d’indices ESG a à lui seul bondi de 40,2 % en 2020, selon l’Index Industry Association. Les sociétés de gestion ont aussi un autre choix : elles peuvent s’appuyer sur un indice tout en appliquant leurs propres filtres. "Les ETF ESG peuvent appliquer une stratégie 'best-in-class' visant à exclure les plus mauvais élèves, selon différentes intensités : ils peuvent conserver 25 %, 50 % ou 75 % des entreprises les mieux notées, selon leur objectif d’investissement", explique François Millet. Certains indices et ETF pratiquent aussi des exclusions. Parmi les plus courantes, on retrouve l’exclusion des entreprises qui ne respectent pas le Pacte mondial des Nations Unies, mais aussi celle de secteurs controversés comme les armes ou encore l’alcool, le tabac, les OGM ou la pornographie.

"Pour certains secteurs comme les armes controversées, les indices pratiquent généralement une tolérance zéro. Il peut y avoir par contre une tolérance minimale sur d’autres types d’armes, comme les armes civiles, en général fixée à 5 % ou 10 % du chiffre d’affaires", illustre Isabelle Bourcier. Parmi les plus de 10 milliards d’euros d’encours d’ETF et fonds indiciels responsables gérés par BNP Paribas Asset Management, on retrouve aussi des fonds thématiques, sur la robotique, le bas carbone, les énergies renouvelables ou encore l’économie bleue. Une tendance également partagée par Lyxor, qui gère actuellement 6,3 milliards d’euros d’encours, dont une partie en thématique. Dans ce cas, la société de gestion va chercher à investir avec une volonté de transversalité sectorielle. "Par exemple, sur la thématique des énergies renouvelables, on pourra investir dans des entreprises de production électrique mais aussi dans le software, l’industrie ou la chimie", illustre François Millet.

Les ETF et l’engagement actionnarial

Deux techniques de réplication peuvent être utilisées par un ETF pour suivre un indice : physique ou synthétique. Dans le premier cas, les titres qui composent l’indice sont détenus directement par le fonds. "Dans le cas de la réplication synthétique, il n’y a pas d’investissement dans les titres de l’indice, explique Fabrice Riva. Un contrat de swap est conclu : l’ETF paie à sa maison-mère le taux de rentabilité du panier qu’on lui a transféré. En échange, il reçoit la performance de l’indice qu’il réplique." Parfois, la réplication synthétique fait sens, notamment pour certains indices sur les marchés émergents, qui sont par nature peu liquides, ou pour certains ETF lorsque la société de gestion souhaite assurer son éligibilité au plan d’épargne en actions (PEA). "Le prospectus de l’ETF indiquera clairement s’il s’agit de réplication physique ou synthétique", précise le professeur. La majorité des ETF responsables sont aujourd’hui construits en réplication physique, sauf dans les cas particuliers évoqués plus haut. "Pour pouvoir suivre pas à pas la performance de l’indice, nous pouvons acheter toutes les actions qui le composent, résume Isabelle Bourcier. L’ETF devient actionnaire pour le compte des porteurs : CGP, particuliers ou institutionnels. Au même titre que pour les fonds actifs, BNP Paribas Asset Management va mettre en place et appliquer sa politique d’engagement." En effet, dans le cas d’une réplication indirecte, il n’est pas possible de faire de l’engagement. Or, le dialogue et le vote sont au cœur de l’investissement socialement responsable, même dans le cas des ETF ! Au sein de BNPP AM comme de Lyxor, les équipes responsables de la politique d’engagement des fonds actifs gèrent aussi l’engagement au sein des ETF.

Labels durables et ETF

Tout comme les fonds actifs, les ETF sont éligibles aux labels responsables. En France, une vingtaine de fonds indiciels étaient labellisés fin 2020 : Blackrock a labellisé ISR l’ensemble de sa gamme iShares ESG "best-in-class". BNPP AM, Lyxor et Ossiam, filiale de Natixis, ont aussi obtenu le label ISR pour certains de leurs fonds. D’autres ont choisi de se tourner vers le label vert Greenfin, à l’image encore une fois de Blackrock et de Lyxor pour leurs ETF positionnés sur les obligations vertes, iShares Green Bond Fund et Lyxor Green Bond ETF.

 Des ETF toujours plus verts

En 2020, plus de 50 % de la collecte sur les fonds indiciels européens s’est dirigée vers les ETF ESG. Les travaux de l’Union européenne sur la finance verte pourraient contribuer à accélérer encore davantage cette tendance. La Commission européenne a notamment travaillé sur la création de deux familles d’indices qui risquent de transformer le marché des ETF : les indices de transition climatique, ou Climate Transition Benchmarks, et les indices alignés avec l’Accord de Paris, ou Paris-aligned Benchmarks. L’objectif de ces indices est de permettre aux fonds d’atteindre des trajectoires de décarbonation ambitieuse. "Ces ETF ont des objectifs climatiques. Ils seront composées d’entreprises que l’on va sous-pondérer ou sur-pondérer par rapport à ces objectifs, en fonction de l’intégration de données carbone qui font que la construction de ces portefeuilles est plus sophistiquée que pour un ETF thématique", détaille François Millet, qui a suivi le sujet de près : l’été dernier, Lyxor a annoncé le lancement d’ETF répliquant des indices éligibles au label Paris-aligned Benchmark. Les indices qui se veulent être de transition climatique ou alignés avec l’Accord de Paris devront avoir une empreinte carbone qui se réduit de 7 % par an, pour atteindre le zéro carbone net en 2050. Ils devront aussi pratiquer des exclusions ambitieuses. Toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires dépend à plus de 1 % du charbon seront exclues, de même pour le pétrole (10 %) et le gaz (50 %). De quoi présager un avenir radieux pour les ETF responsables.

 

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