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tribune

Pandémie, vers un réveil collectif et une reconfiguration de notre modèle économique ?

Cette année raisonnera probablement comme l’année des grandes résolutions. Alors que près de la moitié des habitants de la planète est confinée, chacun prend le temps d’analyser la situation et s’interroge sur la crise sanitaire et sa gestion. Quelle est son origine ? Comment s’est-elle propagée si rapidement ? Pourquoi les mesures sanitaires diffèrent en fonction des pays et les réponses médicales sont si laborieuses ? Et finalement de s’interroger sur la mondialisation, la décentralisation des chaines de production ou encore la libre-circulation des biens et des personnes.

Certains vont jusqu’à évoquer un processus darwinien qui explique "l'évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale" (Charles Darwin, 1859). Et pour cause, l’arrêt brutal des activités économiques conduit à observer des réactions naturelles intéressantes. Les animaux réinvestissent les villes désormais désertées des automobiles et de l’activité humaine, les émissions de Co2 baissent de façon spectaculaire et on peut à nouveau voir le ciel étoilé dans les plus grandes métropoles. En Europe, les experts estiment que la baisse de l’activité automobile a réduit de 88% les émissions de CO2 liées aux déplacements privés. Même constat dans les aéroports où le quasi-arrêt des vols commerciaux réduit à 3.000 kilotonnes les émissions quotidiennes de Co2 contre 39.000 kilotonnes en temps normal.

Que retenir alors de cette crise sanitaire, boursière et surtout économique. Retour sur ses impacts et les questions qu’ils soulèvent.

Une crise financière sans précédent. Nous traversons une crise boursière inédite de par sa rapidité, l’ampleur des mouvements de hausse et de baisse et l’extrême volatilité. En mars, les marchés ont connu les plus fortes hausses quotidiennes depuis 1939 aux États-Unis mais aussi les plus fortes baisses depuis le Black Monday en 1987. Les coupe-circuits ont été activés en séance par trois fois à Wall-Street, du jamais vu depuis 1929 et le 11 septembre. La violence et l’amplitude des mouvements démontre la complexité de notre système financier et l’utilisation exagérée d’effet de levier. La dichotomie est toujours plus grande entre les marchés financiers et l’économie réelle.

Un choc pétrolier historique. La guerre des prix lancée par l’Arabie Saoudite mi-mars a ramené le prix du baril WTI à 20 USD, son plus bas niveau depuis 17 ans. Parallèlement, l’arrêt brutal de l’activité économique a conduit à une chute massive de la consommation qui devrait atteindre en avril 22 millions de barils jour contre 100 millions de barils normalement. En France, depuis mi-mars, la consommation de carburant a reculé de 70%. Face à cette baisse de la consommation, le niveau de production est maintenu, les grands pays producteurs à bas coût bradant des réserves qui ne seront probablement jamais utilisées.

Le retour de l’interventionnisme. Les annonces des banques centrales se sont multipliées en mars : la FED a ouvert le bal avec deux baisses de 50bp sans précédent entre deux réunions de politique monétaire, la BOE a baissé ses taux de 50bp et la BCE n’a finalement pas annoncé de baisse. Un levier devenu peu crédible et qui n’a pas permis aux investisseurs d’être rassurés dans un premier temps. Se sont alors ajoutées des politiques budgétaires massives avec l’annonce de plans d’aide nationaux : 1.9% PIB France, 2.8% Italie, 3.6% Allemagne, 1.4% Espagne versus et 10% aux États-Unis. Ces plans de relance posent la question cruciale de l’expansion du déficit public : 4.6% du PIB en Zone Euro, 10% du PIB aux US et 8.5% du PIB en Chine. Un soutien massif aux économies qui va se traduire par des nationalisations et un renforcement en matière de contrôle des investissements. Le rapport de force entre États et entreprises va changer.

Un accroissement des inégalités.  Au cours du mois de mars, les perspectives de croissance économique se sont détériorées de manière spectaculaire avec des zones de confinement qui se sont répandues dans le monde entier pour endiguer la propagation de l’épidémie. Le déclin de l'activité économique qui en résulte s'annonce sans précédent. Les faillites d’entreprises et l’augmentation du chômage seront beaucoup plus importantes que lors des récessions précédentes. Le secteur des services (transport aérien, tourisme, loisirs, …) qui représentent une part plus importante de l’emploi que le secteur manufacturier dans les économies développées est le plus touché.

Ces quatre constats nous conduisent à nous interroger sur la pérennité de notre modèle mondialisé et la poursuite de la croissance économique "à tout prix", celle après laquelle nous courrons depuis une trente ans et qui à peine rétablie de la crise de 2008 s’effondre de nouveau. Face à une forte récession qui s’annonce saurons-nous revoir et reconfigurer notre modèle de croissance ?

Ces constats amènent plusieurs réponses :

  • Remettre en question notre modèle de croissance basé sur le néo-libéralisme et de réintroduire la notion de modèle socio-économique.
  • Modifier la temporalité des investissements et adopter un horizon de long terme c’est-à-dire passer d’obligations de résultats trimestriels pour les entreprises à des plans stratégiques à 5 voire 10 ans.
  • Accélérer la décarbonation de nos économies avec une relance de l’offre. Le « pacte vert » axe stratégique de la Commission Européenne devrait être annoncé prochainement et des réflexions déjà menées avant la crise devrait y intégrer également les enjeux sociaux notamment l’emploi, l’éducation et la santé.
  • Privilégier les thématiques durables : santé et recherche médicale, réductions des inégalités, aides aux personnes, mobilité verte, protection de l’environnement…

Nous considérons aujourd’hui que cette crise représente une formidable opportunité de réaliser le court terme et le long terme dans l’intérêt commun vers une économie plus verte et plus sociale. Plus verte et plus sociale rime aujourd’hui avec plus durable et plus rentable pour toutes les parties prenantes, y compris les investisseurs et les actionnaires.

Se pose alors la question des secteurs à privilégier mais aussi des nouveaux modèles d’entreprise qui bénéficieront de ce changement de paradigme. Du point de vue des entreprises, nous privilégions 5 points d’attention : une production plus locale, une chaine de valeur internalisée, une maitrise de la qualité de la production, une stratégie orientée à long terme avec une prise en compte des objectifs du développement durable dans les objectifs financiers et enfin, un partage de la valeur équitable (entre fournisseurs, salariés, investissements et actionnaires). Sur ce dernier point, les déclarations récentes témoignent de la vigilance des États quant aux comportements des entreprises. La France et l’Allemagne ont demandé aux entreprises de restreindre autant que possible la rémunération prévue pour leurs actionnaires en 2020 pour pouvoir bénéficier des aides. Ces deux pays ont précisé que les entreprises qui ne se conformeraient par à cette directive ne pourraient pas profiter de l’ensemble des mécanismes de soutien mis en place. De même, la BCE a demandé à l’ensemble des banques qu’elle a sous tutelle de stopper le versement de dividendes et les éventuels programmes de rachat d’actions au moins jusqu’au 1er octobre 2020.

En savoir plus sur DNCA et l’ISR.

Par Léa Duand-Chattelet – Directrice du Pôle ISR chez DNCA.