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Question de la semaine

La finance solidaire, ou savoir comment est utilisé l'argent de son épargne

©bluezace/Shutterstock

L'épargne est chère au coeur des français, mais selon une enquête Statista menée en 2017 et parue début novembre 2019, 42 % de la population estime être plutôt mal, voir très mal informée en matière d'épargne. Et vous, avez-vous idée de la manière dont est utilisé l'argent de votre épargne ? Zoom sur une coopérative qui fonctionne grâce au financement solidaire.

"Commown"s’est lancé le défi, et pas des moindres, de rendre la tech’ durable en proposant des produits électroniques pensés pour avoir le moins d'impact possible sur la planète. Adrien Montagut, directeur de la communication de cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) lauréate de la catégorie "électronique et solidarité" des Grands Prix de la Finance Solidaire, a répondu à nos questions concernant son mode de financement.

Épargne : êtes-vous attentifs aux engagements de votre banque ?

Choix

Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière vous choisissez vos financements ? 

Lors des deux premiers tours de tables, les deux levées de fonds cumulées ont représenté 500 000 euros. Pour la troisième, il est question de lever entre 900 000 et 1 million d’euros. Comme pour les premières levées de fonds, La Nef - banque éthique - nous avait déjà soutenue, le Crédit Coopératif, pourquoi pas France Active - qui soutient les investisseurs engagés - etc… On essayera de mobiliser d’autres acteurs qui n’ont pas encore participé au projet, mais avec qui nous sommes en contact. 

Sinon, il faut que ce soit des acteurs qui font sens, qui sont en phase avec nos valeurs. En fin de compte, au sein de notre coopérative, on est toujours en recherche de cohérence. Nous avons un compte bancaire au Crédit Coopératif, un financement de La Nef… Ce qui est très intéressant de par notre statut – SAS SCIC qui a vocation à devenir SA pour pouvoir permettre de mettre en place des titres participatifs – c’est que là où des acteurs qui n’ont pas le statut de SCIC peuvent être préoccupés par le type d’investisseurs ou la personnalité de leurs financeurs, nous ne le sommes pas.

Il faut que ce soit des acteurs qui font sens, qui sont en phase avec nos valeurs.

L’aspect coopératif de notre statut implique qu’une personne est égale à une voix. S’il n’y a pas ce mécanisme, les investisseurs qui entrent dans l’entreprise peuvent avoir des prises de position très influentes sur la gouvernance d’entreprise. Nous ne nous préoccupons pas de cela, parce que quelqu’un qui veut apporter 300 000 euros en apport, en fonds propres, aura autant de pouvoir décisionnel qu’un investisseur qui aura mis 1 000 euros. À ce titre, en plus de pousser la cohérence sur le choix de nos investisseurs, nous avons des garde-fous très intéressants par rapport à nos statuts. 

La prise de part sociale se fait directement sur notre site web, via l’onglet épargne sociale et solidaire. Nous y présentons le sens de l’épargne chez nous, en crowdequity

Vous soulignez sur votre site que le "crowdequity" permet des avantages fiscaux, d'économiser les frais des intermédiaires  financiers, de décider de l'utilisation de son épargne et de participer à la création d'emploi. Comment cela fonctionne ? 

C’est ouvert à tout le monde, ceux qui trouvent notre coopérative pertinente et qui ont envie de la soutenir peuvent passer sur notre site web et prendre cinq parts sociales. C’est minimum cinq parts, donc une porte d’entrée à 100 € mais ils peuvent aller jusqu’au montant qu’ils souhaitent. Nous constatons que les investisseurs via le crowdequity vont prendre de 100 à 5 000 € de parts. Dans la limite des 100 000 € par an qu'impose la législation. Ce qui est intéressant c’est que chacun peut devenir sociétaire de la coopérative et être au courant de ce qu’il s’y passe ainsi que des avancements. Ils peuvent alors participer aux assemblées générales, avoir connaissance des rapports comme le rapport moral et les rapports d’exercices. Nous n’avons pas d’élections de directoire comme dans d’autres coopératives, dans une SCIC une personne égale une voix, tout le monde peut voter et peut prendre part aux décisions. L’idée est donc de prendre une part qui se trouvera immobilisée dans la coopérative, mais que l'on peut récupérer à un autre moment.

Lorsque l’on investit auprès de votre coopérative, on est tout de même assuré d’investir dans des valeurs solidaires et durables ?

Nous restons assez vigilants sur ce qui est de l’ordre des cohérences/incohérences et sur l’aspect justesse de nos solutions et à quel point elle est équitable et solidaire. De mon point de vue, nous sommes encore à des années lumières de la perfection, nous pouvons toujours faire mieux. Dans le domaine de l’électronique, nous partons de vraiment très, très loin et nous souhaitons être honnêtes pour ne pas être associés à ces acteurs qui se veulent "plus verts que verts". Ce que j’ai tendance à penser, mais qui est difficilement concevable, c’est que la meilleure façon d’être responsable dans l’électronique c’est de ne pas avoir de smartphone. Pour dire à quel point le chemin est long pour rendre l’électronique durable parce qu’à la limite il n’y aurait rien de mieux que de s’en passer… 

Dans le domaine de l’électronique, on part de vraiment très, très loin et nous souhaitons être honnête pour ne pas être associer à ces acteurs qui se veulent "plus vert que vert.

Pour ce qui est de l’impact que peut avoir l’argent placé au sein de notre coopérative, c’est assez clair. D'abord cela finance directement des producteurs qui sont engagés dans les améliorations du secteur par leur choix de conception. Concrètement, nous achetons cash des produits de type "fairphone", PC "éco-conçus" sous linux. Ou des assembleurs français ou suisses que nous avons identifiés comme Why Open Computing, ou PC vert. Nous versons de l’argent à des gens qui vont dans le bon sens. Ensuite, cela permet de soutenir l’activité de la coopérative au sens plus large du terme : sensibilisation, plaidoyer et développement d'outils. 

Il y a beaucoup à faire dans le domaine de la tech et du numérique : quel rôle la finance peut-elle avoir dans la préservation de notre planète Terre ? 

Dans le domaine de l’investissement solidaire, il y a énormément à faire. Les Grands Prix de la Finance Solidaire, aujourd’hui, c’est superbe parce que cela met en lumière que la finance n’est pas automatiquement solidaire. C’est-à-dire que si toute la finance était respectable, nous n’aurions pas besoin de ces prix. Questionner son épargne est quelque chose de primordial. Qu’est-ce que mon argent finance ?

Aujourd’hui, dans l’empreinte carbone d’un Français, la part de l’épargne ou ne serait-ce que la part de l’argent que l’on délègue à des banques est énorme. Si l'on est dans une banque qui finance des projets climaticides comme le gaz de schiste en Amérique du nord, on est vraiment hors des clous. Et je suis sûr qu’en plus, on pourra tout de même trouver des offres de finance solidaire chez ces banques... C’est pour cela que la finance est peut-être l’un des premiers acteurs et un levier par rapport aux enjeux du réchauffement climatique. Tout comme le sont les assurances qui empêcheront un projet pétrolier dans l’arctique en refusant de l’assurer.

Questionner son épargne est quelque chose de primordial. 

L’assurance d’un côté, les investisseurs de l’autre, les organismes bancaires ou les subventions… Lorsque notre président annonce à l’ONU que la France n’investira plus dans des projets à impact écologique important, cela produit l'émoi d'un "grand discours qui fait que tout le monde se félicite". Mais l'on se rend compte notre société est perfusée est complètement accro aux énergies fossiles. Je pense ainsi que ces prix permettent d’interpeler les gens, et de leur montrer que la finance peut être solidaire. Mettre en lumière les bonnes pratiques, et c’est aussi indirectement questionner les mauvaises. 

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