DOSSIER

ISR et performance extra-financière

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La mesure de la performance extra-financière constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux de l’ISR. Face à une demande croissante de transparence de la part des investisseurs et dans le but d’éviter d’éventuels soupçons de greenwashing, les sociétés de gestion se trouvent dans la nécessité de rapporter de façon lisible l’impact, positif ou négatif, des titres dans lesquels elles investissent.

Cet enjeu concentre aujourd’hui les recherches de tous les acteurs de l’ISR, soucieux d’identifier des indicateurs pertinents qui puissent permettre de rendre compte de cet impact. Une attention qui répond également aux exigences du label ISR notamment, qui impose aux fonds labellisés de mettre « en évidence les impacts positifs (de la gestion ESG) sur le développement d’une économie durable », via la publication d’informations relatives aux moyens mis en oeuvre, aux méthodes de mesure d’impact adoptées et aux résultats obtenus dans quatre domaines : l’environnement, le social, la gouvernance et le respect des droits humains.

La diversité des méthodologies et des indicateurs, souvent propres à chaque société de gestion, pose cependant des problèmes de lisibilité et ne permet pas de comparer les fonds entre eux, même si des évolutions sont en cours en matière d’harmonisation, articulées notamment autour des Objectifs de Développement Durable définis par les Nations Unies. En attendant, les émissions de gaz à effet de serre, la gestion des ressources, la création d’emplois ou encore la parité dans les conseils d’administration sont autant de mesures qui reviennent de manière récurrente dans les reportings extra-financiers.

Christophe Revelli- Professeur de finance responsable et Directeur du MSc Corporate and Sustainable
Finance de Kedge Business School
: "Sur la question de la performance extra-financière, nous en sommes aujourd’hui à la phase d’amorçage. Tous les acteurs sont en train de prendre ce sujet à bras le corps et nous constatons un vrai positionnement de la part des investisseurs, qui ne priorisent plus seulement la matérialité de l’ISR via la fonction performance financière mais qui se positionnent sur la notion d’impact, en ayant compris que la performance financière est une conséquence de la création de valeur sociétale et de performance extra-financière. En revanche, sur la question de la mesure, nous en sommes vraiment au début, c’est-à-dire qu’il n’y a pas encore de processus standardisé, même si beaucoup d’entreprises essaient de déployer en interne leurs propres indicateurs pour des questions de transparence et de communication auprès des investisseurs qui pourront, par exemple, savoir dans quelle mesure ont été réduites les émissions de gaz à effet de serre ou combien d’emplois ont été créés. Toutefois, l’un des gros enjeux reste de savoir comment agréger les données d’un portefeuille afin de pouvoir communiquer non plus sur des titres ligne par ligne mais à l’échelle du fonds. La question de l’impact reste complexe et ne doit pas être réduite à un processus de monétisation ou de standardisation des mesures, mais bien à une prise en compte qualitative indépendante et spécifique pour chaque investissement".

Pierre Chollet- Professeur de finance à l’Université de Montpellier spécialisé en investissement responsable et membre du conseil scientifique du label ISR : "Afin de développer l’ISR et d’accroître la collecte de fonds, notamment auprès des investisseurs individuels, il est essentiel que les sociétés de gestion d’actifs (et les CIF, CGP et distributeurs de produits d’épargne) montrent l’impact des fonds, à l’aide de quelques indicateurs simples (compréhensibles par le grand public), comparables et diffusés régulièrement (par exemple chaque année, comme pour les performances financières). Les 17 ODD (Objectifs de Développement Durables) définis par le Global Compact de l’ONU (conférence de Rio de 2012) offrent un cadre particulièrement adapté à cette évolution majeure".

L’accès à l’information, un enjeu supplémentaire

Le reporting extra-financier des fonds, basé en grande partie sur les données fournies par les entreprises, nécessite que ces dernières soient en mesure de transmettre des informations selon des indicateurs simples et harmonisés. En ce sens, la prise en compte grandissante par les entreprises des ODD dans leurs stratégies ou encore l’évolution du cadre réglementaire, qui définit désormais un certain périmètre d’informations sur lesquelles communiquer, apportent là encore des débuts de réponse intéressants.
 

Trois questions à Anne-Claire Impériale- Analyste, Spécialiste ESG chez Sycomore Asset Management

Comment choisissez-vous les indicateurs publiés sur vos fonds ? Peut-on publier des indicateurs agrégés à l’échelle d’un portefeuille ? Doit-on chercher à le faire ?

Nous cherchons à présenter des informations pertinentes au regard de la stratégie de gestion du fonds et lisibles pour l’épargnant final : il s’agit d’identifier des indicateurs concrets de contribution au développement durable. L’exercice est particulièrement complexe si l’on cherche à produire des indicateurs agrégés à l’échelle d’un portefeuille. En effet, les informations démontrant la contribution des entreprises investies à une économie répondant aux défis environnementaux et sociétaux actuels sont le plus souvent sectorielles : part des énergies renouvelables dans le mix énergétique d’un énergéticien, nombre d’habitants raccordés à un réseau de distribution d’eau potable, nombre de patients traités pour les acteurs du secteur de la santé, part d’alimentation saine pour des acteurs de l’agroalimentaire, etc. A ce jour, nous avons choisi de publier ce type d’indicateurs pour nos fonds ISR, sur la base des données mises à disposition par les entreprises en portefeuille.

Retrouvez ici l'intégralité de notre guide sur l'investissement socialement responsable "Investir #TousActeurs pour une finance utile".