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Finance

Dossier : Comment donner du sens à son épargne ?

©Aleks Melnik/Shutterstock

En fonction de leur profil et de leurs valeurs, les épargnants en quête de sens peuvent trouver dans l’investissement socialement responsable, la finance solidaire et le financement participatif des réponses concrètes à leurs attentes.

Les Français veulent du vert. Dans leur assiette. Dans les produits qu’ils consomment au quotidien. Et désormais dans leur portefeuille, montrent régulièrement les sondages sur les attentes des investisseurs particuliers vis-à-vis de leurs produits financiers. Ainsi, ils seraient aujourd’hui près de 6 sur 10 à accorder une "place importante" aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placements, selon l’enquête annuelle du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) et de l’agence Vigeo. Avec une attention toute particulière pour les sujets liés à la pollution, au changement climatique, à la biodiversité, à l’emploi ou encore au respect des droits de l’homme.

Pourtant, révèlent également ces sondages, ils sont finalement encore très peu à être investis dans des produits prenant en compte ces considérations. Principalement par défaut de pédagogie et de promotion de la part de leurs conseillers financiers, qui représentent la principale source d’information sur ces sujets. Ainsi l’investissement responsable se heurte-t-il par exemple encore et toujours à plusieurs idées reçues, à commencer par la crainte d’une perte de rentabilité potentiellement induite par la prise en compte de considérations trop "éthiques", pourtant depuis longtemps démontée par la pratique. Mais également à une certaine méfiance de la part des épargnants, trop longtemps exposés aux crises et aux abus générés par un secteur financier souvent déconnecté de l’économie réelle et des préoccupations citoyennes.

Seuls 5 % des Français déclarent avoir déjà investi dans un fonds socialement responsable.

Avec un patrimoine financier dépassant désormais les 5 000 milliards d’euros, les Français ont pourtant - et sans forcément en être conscients - un poids massif à jouer dans la redirection nécessaire des flux de capitaux en faveur d’une économie plus responsable et résiliente, en finançant directement des acteurs proposant des solutions à des problématiques sociales et/ou environnementales, ou en incitant via leurs choix d’épargne les grandes sociétés à adopter des pratiques en ligne avec des enjeux bien concrets. D’autant qu’aujourd’hui, il n’est nul besoin d’être un expert financier pour verdir ses investissements, à l’heure où des alternatives étiquetées responsables existent pour l’ensemble des produits d'épargne accessibles aux particuliers.

3 Français sur 10 connaissent les “placements solidaires”

À la condition nécessaire de bien qualifier son profil d’investisseur, ses attentes, à la fois en termes de risques et de rentabilité, et les modalités techniques, fiscalité en tête, associées à ces différents produits. Et de se renseigner auprès de son conseiller au besoin, en gardant bien à l’esprit que "les performances passées ne préjugent pas des performances futures". Globalement, les trois grandes familles décrites ci-dessous se caractérisent par l’échelle et le profil des acteurs/activités financés, leurs solutions d’accès et la dimension plus ou moins "active" de l’investissement.

L’investissement socialement responsable, pour miser dans de grandes sociétés

L’investissement socialement responsable, ou ISR, désigne, selon la définition arrêtée par l’Association Française de la gestion Financière (AFG) et le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) "un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable".

Autrement dit, les investisseurs responsables sélectionnent les émetteurs dans lesquels ils vont investir au regard du comportement de ces derniers en matière de développement durable, selon un certain nombre d’approches. Il s’agira par exemple d’exclure certains secteurs d’activité, comme le pétrole ou le tabac, de se diriger vers des thématiques comme les énergies renouvelables ou l’eau, ou encore de ne sélectionner que des entreprises considérées comme exemplaires vis-à-vis de critères dits "ESG" (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Et malgré ce que l’on pourrait croire, l’ISR est loin aujourd’hui de ne concerner que les structures financières, banques et assurances en tête, ou les experts de l’économie, et est accessible aux particuliers via plusieurs solutions de placements permettant de souscrire à des fonds d’investissement "responsables". Il s’agit par exemple d’un plan d’épargne entreprise (PEE) ou de retraite collective (PERCO), d’un compte-titres ou d’un plan d’épargne actions (PEA), mais aussi et surtout de l’assurance-vie, qui représente aujourd’hui le produit préféré des Français avec plus de 1 700 milliards d’euros d’encours et dont les fameuses unités de compte (U.C) permettent d’intégrer des fonds ISR. Par ce biais, chacun peut ainsi diriger une partie de son épargne vers le financement d’activités vertes ou plus vertueuses, d’autant que la tendance tend aujourd’hui vers la généralisation des UC dans la majorité des contrats.

À retrouver dans le dossier "Donner du sens à son épargne" : Comment "verdir" son assurance-vie ? 

Mais comment choisir son ou ses fonds responsables ? D’abord, en se renseignant bien auprès des organismes qui les commercialisent, en décortiquant les approches retenues, les thématiques d’investissement ou encore les sociétés qui les composent. Mais également en regardant les labels garantissant une certaine transparence des méthodologies : le label d’État ISR, le label Greenfin ou encore le label CIES pour l’épargne salariale. Aujourd’hui, les fonds ISR offrent une qualité et une variété de stratégies permettant à ces derniers de s’inscrire au cœur des allocations d’actifs. En 2018, l’investissement socialement responsable représentait 417 milliards d’euros en France, contre 310 l’année précédente, toutefois encore largement porté par les investisseurs institutionnels.

À savoir : l’ISR concerne principalement les actifs financiers cotés, actions et obligations en tête, mais touche également de plus en plus le non coté, par exemple les Sociétés Civiles de Placement en Immobilier (SCPI) ou les OPCI (Organismes de Placement Collectif en Immobilier).

La finance solidaire, pour agir à son échelle

La finance solidaire désigne quant à elle l’ensemble des produits et mécanismes permettant de financer des associations et des entreprises non cotées à forte utilité sociale et environnementale et souvent absente des circuits financiers classiques. Sa principale différence avec l’ISR porte donc sur son échelle mais également sur son impact réel, plus facilement quantifiable que lorsqu’il s’agit de grands groupes cotés en bourse.

Il s’agira ainsi de financer par exemple des entreprises offrant des solutions d’accès à l’eau dans des pays émergents, des coopératives agricoles ou encore des associations luttant contre le décrochage scolaire ou l’isolement de certaines catégories de population. Avec à la clé un impact direct sur l’économie réelle et locale.  

Aujourd’hui, il est possible de devenir épargnant solidaire via trois biais :

  • En souscrivant un fonds solidaire dans le cadre d’un PEE ou d’un PERCO
  • En souscrivant au capital d’une entreprise solidaire
  • En souscrivant un placement solidaire auprès d’une mutuelle d’assurance une banque

Dans le détail, les solutions de placement classiques sont toutes concernées par la finance solidaire : la souscription à des fonds solidaires est par exemple similaire à celle des fonds ISR, via par exemple un plan d’épargne salariale ou en tant qu’unités de compte (U.C) dans un contrat d’assurance-vie. Autres produits stars, les livrets d’épargne sont également largement déclinés à la sauce solidaire, avec des contrats proposant par exemple de céder une partie des intérêts annuels à une ou plusieurs associations bénéficiaires. Enfin, la finance solidaire intègre également dans son spectre les banques dites éthiques, telles que la NEF ou le Crédit Coopératif, qui promettent une vraie transparence sur l’orientation des flux et la nature des activités financées.

Pour s’y retrouver à la fois dans la multitude de mécanismes de solidarité et les différents produits et projets accessibles, l’association Finansol - et son label éponyme- représente aujourd’hui une référence. En 2018, la finance solidaire représentait 12,56 milliards d’euros, soit seulement 0,25 % de l’épargne financière des ménages. Elle a néanmoins permis de reverser 4,1 millions d’euros à des associations et de créer ou de consolider 48 000 emplois.

Le financement participatif, pour l’action directe

Peut-être le plus connu aujourd’hui de ces mécanismes, le financement participatif, ou crowfunding en anglais, regroupe les différents leviers permettant de collecter des fonds auprès d’un grand nombre de particuliers par le biais des plateformes internet en vue d’un financer un projet. S’il n’est pas par nature "responsable", car permettant de soutenir tous types d’activités, ce type de financement peut vite le devenir dans le cas où l’investisseur choisirait de diriger son argent vers des projets à forte utilité sociale ou environnementale, d’autant qu’aujourd’hui une multitude de plateformes spécialisées existent sur des sujets tels que l’immobilier durable, les énergies renouvelables ou encore la solidarité.

À retrouver dans le dossier "Donner du sens à son épargne" : Épargne : et pourquoi pas le financement participatif ?

Contrairement à l’ISR et à la finance solidaire -et selon les types de placement- le financement participatif revêt une dimension beaucoup plus active dans la gestion de son argent et se rapproche davantage d’une façon d’utiliser tout ou partie de son épargne que d'une solution d’épargne en soi.

Plus concrètement, il se décline en trois grands mécanismes que sont le don, dans un acte qui s’apparente donc à de la pure philanthropie, le prêt, qui peut être rémunéré ou non et l’investissement en capital ou en royalties. Pour chacun, une fiscalité, des tickets d’entrée ou encore des rentabilités potentielles propres, à bien analyser avant de se lancer.

En 2018, le crowdfunding a collecté 401 millions d’euros en France, en progression de 20 % sur un an, répartis comme suit : 202 millions d’euros en prêts, 81,5 millions en dons et 77 millions en investissements. Depuis 2017, le label « Financement participatif pour la croissance verte » permet d’identifier les projets qui « financent l’économie verte ».

©L'Info Durable