Environnement

Comment sauver la planète de l'ébullition ? Les recommandations du GIEC

©Netta Arobas/Shutterstock

En vue d'éviter un réchauffement planétaire dramatique pour les populations et les écosystèmes, des actions "sans précédent" doivent être mises en place au plus vite, selon le rapport rendu public le 8 octobre par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Mais comment y arriver ? 

Il n'est pas trop tard pour contenir la hausse des températures à 1,5°C d'ici 2100 par rapport aux niveaux pré-industriels, a prévenu lundi le GIEC dans son rapport présenté dans la continuité de l'Accord de Paris et en amont de la prochaine COP24, qui se tiendra du 3 au 14 décembre à Katowice en Pologne. Mais pour atteindre cet objectif, des actions sans précédent sont attendues, urgent les experts, à l'heure où les engagements pris jusqu'alors nous placent sur une trajectoire à +1,5°C entre 2030 et 2052, pour une augmentation globale de plus de 3°C d'ici la fin du siècle. Un scénario qui entrainerait des conséquences irréparables pour notre habitat, avec une multiplication des phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les inondations, ou encore la fonte du permafrost. 

Objectif : réduire les émissions de CO2

Autant de risques qui seraient grandement diminués dans le cas d'une limitation à +1,5°C explique le rapport : dans cette hypothèse, "70 à 90 % des récifs coralliens" disparaîtraient, contre la "quasi-totalité (> 99 %)" dans un scénario à 2 °C, tandis que les vagues de chaleur seraient plus de deux fois plus courantes dans le second cas. 

Pour éviter le pire, il est en premier lieu capital que les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) d’origine anthropique soient réduites de manière drastique d'ici la moitié du siècle, à hauteur de 45 % par rapport à leur niveau de 2010 d'ici 2030, avec un pic d'émissions pour 2020, pour arriver à un "bilan nul" des émissions aux alentours de 2050. A cette date, il faudra donc réussir à extraire plus de CO2 de l'atmosphère que ce que l'on y met. Une telle réduction devra passer par des transitions "rapides et profondes" dans les domaines de l’énergie, des sols, des villes et des infrastructures. 

Changer de mix énergétique

Un monde à 1,5°C est un monde où les énergies renouvelables produisent une majeure partie de l'électricité consommée à travers le monde, prévoit le rapport, à hauteur de 70 à 85 % d'ici 2050. En contrepartie, les énergies fossiles devront être délaissées, avec notamment une part du charbon devant être ramenée à moins de 2 % dans la production d'électricité. 

Sur le point de la consommation d'énergie toujours, des secteurs tels que ceux des transports ou du bâtiment devront accomplir de gros efforts en matière d'efficacité énergétique en vue de réduire leurs émissions. L'électricité devra ainsi représenter 55 à 75 % de la consommation d'énergie dans les bâtiments d'ici 2050, tandis que les transports doivent voir la part des énergies à faibles émissions portée entre 35 et 65 % en 2050, contre 5 % en 2020. En France, des discussions sont actuellement en cours pour rattraper le retard accumulé par ces deux secteurs, les plus polluants. 

Capter le dioxyde de carbone 

En vue d'atteindre la neutralité carbone d'ici la moitié du siècle, la simple réduction des émissions ne devrait toutefois pas suffire. Il faudra forcément compter avec les techniques de capture des gaz à effet de serre, préviennent les scientifiques. "Tous les scénarios qui limitent le réchauffement climatique à 1,5°C, avec un dépassement limité ou inexistant, incluent l’utilisation de 'Carbon Dioxide Removal' de l’ordre de 100-1000 GtCO2 au cours du 21ème siècle", explique ainsi le rapport.

L’afforestation et la reforestation, la restauration des terres et la séquestration de carbone dans les sols (notamment agricoles), la bioénergie associée au captage et stockage du carbone, et le captage direct du CO2 de l’air avant stockage font ainsi partie des méthodes citées, dont l'utilisation pourrait permettre de compenser les émissions résiduelles et de produire des "émissions nettes négatives" en cas de dépassement. 

"On ne peut avoir que des doutes scientifiques sur ces solutions. Elles n’existent pas encore à l’échelle dont nous parlons, et la BECCS pose tout un tas de problèmes, notamment en termes d’usage des sols. Mais plus on accélèrera nos actions à court terme, moins on aura besoin de ces solutions", prévient cependant Henri Waisman, coordinateur du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et expert du Giec, au Journal de l'environnement.