Environnement

Choisir une offre d’électricité verte: quel intérêt ?

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Si elle constitue un premier pas, la souscription à une offre d’électricité verte par le client final ne permet pas de financer l’installation de nouvelles infrastructures d’énergie renouvelable, conclut l’ADEME dans un avis publié mardi 4 décembre 2018.

Avez-vous souscrit à une offre d’électricité verte ? Et si oui, savez-vous ce que cela implique exactement ? Il n’est en effet pas facile pour le consommateur de s’y retrouver parmi toutes les offres vertes proposées par les différents fournisseurs. Pourtant, 61 % des Français seraient prêts à souscrire à une offre d’électricité verte, selon le baromètre Energie-Info 2018 du médiateur national de l’énergie. Devant la multiplication de ces offres, Greenpeace a publié au mois de septembre un classement des fournisseurs d’électricité verte. Les mieux notés par l’ONG sont ceux qui "accélèrent la transition énergétique". Trois sortent du lot : Energie d’Ici, Enercoop et Ilek sont jugés "vraiment verts". Ces mêmes entreprises se distinguent aussi selon l’avis rendu par l’ADEME, mardi 4 décembre, en raison de leur "démarche plus poussée". David Marchal, directeur adjoint production et énergie durable à l’ADEME nous explique comment différencier ces "offres vertes premium" des "offres vertes standard" et en quoi toutes ces offres ne contribuent pas significativement au développement de nouvelles installations d’énergie renouvelable (EnR).

Pourquoi est-ce que les offres d’électricité vertes ne contribuent pas au développement de nouvelles installations EnR ?

La principale raison, c’est qu’en France, toutes les nouvelles installations EnR sont financées par un système de soutien de l’Etat. Il s’agit d’une caractéristique française. Les certificats de garantie d’origine (GO), qui sont le modèle sous-jacent aux offres vertes permettent juste la traçabilité : une preuve électronique qu’une quantité d’électricité renouvelable a été injectée sur le réseau à un instant donné. C’est ce document uniquement qu’achète le fournisseur qui fait une offre verte. C’est la seule obligation réglementaire. Il n’est pas obligatoire d’acheter l’électricité, il est juste obligatoire d’acheter le document. Et le document, cela ne vaut pas grand-chose.

Vous distinguez deux types d’offres vertes : les offres "standard" et les offres "premium". Quelle est la différence ?

Tout ce qu’exige la réglementation, c’est d’acheter des GO. Un fournisseur qui propose des offres vertes peut donc acheter de l’électricité (renouvelable ou non – ndrl) comme bon lui semble sur le marché et acheter des GO par ailleurs. La plupart du temps, elles sont achetées à l’étranger sur des grandes installations hydrauliques déjà amorties, et avec cela, on fait une offre verte. Dans le cadre des offres vertes premium, le fournisseur contractualise, directement avec un producteur, à la fois l’achat d’électricité et la GO. Il choisit un producteur, le plus souvent en France, pour lui acheter, dans la durée, son électricité et la GO qui va avec. Aujourd’hui, ce sont des installations déjà amorties en France (en raison de différentes contraintes réglementaires). Mais avec ce contrat, le producteur a de meilleures conditions de rémunération que s’il vendait son électricité au marché (sur le marché, le prix varie tous les jours). Cela lui donne de la visibilité sur une rémunération donnée, sur la durée, ce qui lui permet d’entretenir et de maintenir son installation plus longtemps.

Sur la base de ce constat, quelles sont les préconisations de l’ADEME ?

Le système manque de lisibilité. On préconise d’avoir un référentiel commun afin de pouvoir comparer les offres sur la base de critères déterminés. Eviter qu’une offre se targue d’être "locale", qu’une autre se targue d’être "direct producteur", qu’une autre se targue d’être "garantie d’origine". Eventuellement, nous voudrions augmenter le niveau de qualité des offres avec la création d’un label qui permettrait de distinguer les offres premium, voire des offres qui iraient encore plus loin. Puisqu’on peut imaginer que demain, ce type d’offre puisse vraiment financer l’installation de nouvelles EnR.

De quelle manière ?

Aujourd’hui, on assiste à une baisse très importante des prix du photovoltaïque notamment, donc bientôt on va pouvoir avoir des contrats directs, où un fournisseur va demander la création d’une centrale solaire et décider d’acheter intégralement la production à un prix déterminé, parce que ses clients sont prêts à payer ce prix-là.

En attendant qu’une nouvelle réglementation soit mise en place, que peut faire le consommateur à son échelle ?

Le consommateur peut être un peu perdu dans toutes ces offres. On considère que le système des GO, même s’il n’est pas parfait est un signal donné au marché. En choisissant les offres vertes, le consommateur montre que pour lui, c’est important. Même si l’Etat, par ailleurs, a décidé de financer les EnR avec les objectifs qu’il s’est fixé, là c’est le consommateur qui parle. C’est de la "consom’action" plus généralement. Mais on conseille de choisir une offre premium. Et le consommateur qui souhaite s’engager plus que cela dans une démarche de transition énergétique peut faire plein d’autres choses qui vont au-delà du changement de fournisseur : des petites actions pour faire des économies, bien choisir son système de chauffage, son électroménager…