"Je pense qu'il faut maintenant bouger. La consigne pourra faire partie des leviers d'action étudiés. Je demande au gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, d'engager les concertations pour définir les actions concrètes qui nous permettront d'atteindre l'objectif de recyclage en 2030", a affirmé le chef de l'Etat au début d'un conseil de planification écologique à Paris.
L'idée d'une consigne sur les bouteilles de plastique et les canettes d'aluminium, débat engagé depuis une dizaine d'années, avait déjà ressurgi l'an dernier par la voix du chef de l'Etat, mais ne figurait finalement pas dans le plan contre la pollution plastique. Cette consigne consisterait à installer des bacs dans les supermarchés pour récupérer les bouteilles usagées, moyennant quelques centimes pour les consommateurs.
1,5 milliard d'euros
La consigne sur le plastique existe déjà mais à une échelle réduite, et les consommateurs bénéficient généralement de bons d'achats en échange. "Aujourd'hui, nous payons un milliard et demi d'euros parce qu'on ne respecte pas les normes européennes sur la consigne. Alors, s'il y a des ministères qui ont un milliard et demi d'euros en trop, il faut tout de suite le signaler", a lancé le président français à la Porte de Versailles où se tient le salon de l'économie circulaire REuse Economy Expo.
Entre 2022 et 2024, la France a payé 4,3 milliards d'euros de contribution à l'UE, rappelle un rapport du Sénat, une contribution fondée sur les déchets d'emballages plastiques non recyclés, et non sur la consigne. En 2024 en France, 23,1 % des déchets plastiques collectés étaient recyclés, 49,2 % incinérés, 27,6 % mis en décharge, selon Plastics Europe, une association représentant les producteurs de 90 % des polymères produits dans la zone UE-Norvège-Suisse-Turquie.
Des statistiques qui la placent au 17e rang européen, loin des plus de 40 % de déchets plastiques recyclés par l'Espagne ou la Belgique. "Le statu quo n'est pas tenable", a abondé mardi le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, précisant que le gouvernement rassemblerait "dans les prochains jours" industriels, parlementaires et représentants des collectivités. "C'est le temps de la concertation (...) pas le temps de la mise en oeuvre", a-t-il tenté de rassurer, face à des collectivités hostiles, en rappelant que la consigne serait de toute façon imposée par les règles européennes au 1er janvier 2029.
Les associations d'élus ont redit mardi leur vive opposition à ce projet qui les priverait de la manne financière conséquente qu'elles tirent de la revente du plastique collecté dans les centres de tri. "On va se battre", a réagi auprès de l'AFP Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France (AMF), et maire de Bures-sur-Yvette (Essonne). Et "s'il y a une concertation, on va y participer en rappelant tous nos arguments."
"Aberration"
"Les associations nationales d'élus maintiennent leur opposition totale et leur mobilisation face à cette +fausse consigne+ des bouteilles en plastique", destinée surtout au recyclage et non à la réutilisation, "et tiennent à rappeler l'aberration environnementale et financière de ce projet", ont écrit l'AMF, France urbaine et Intercommunalités de France, dans un communiqué commun.
Pour la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, la consigne est "une réponse partielle et largement contre-productive". "Les bouteilles plastiques pour boisson représentent une part limitée des déchets ménagers et constituent déjà l'un des flux les mieux collectés et recyclés", affirme-t-elle. L'intérêt de cette consigne serait de favoriser le recyclage et le réemploi, a assuré l'Elysée à l'AFP.
Emmanuel Macron a appelé mardi à "continuer à avancer sur ces sujets d'écoconception et de réemploi, en particulier sur le plastique, en accompagnant les collectivités qui souhaitent s’engager". "On ne demande pas à être compensé. On demande l'autonomie d'action", a répliqué Jean-François Vigier. Dans tous les cas, "ce ne sera pas la solution miracle", a réagi Plastics Europe. Plutôt qu'avec la consigne, c'est en poussant à mettre les déchets plastiques dans "les bonnes poubelles" que l'Espagne, par exemple, a fait avancer le recyclage, a souligné l'association.
Avec AFP.