La production d'acier dans le monde, responsable de 11 % des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, dépend encore largement du charbon. Face à ce constat, les capacités de production d'acier "vert" n'ont que "très légèrement" augmenté en 2025, déplore l'ONG Global Energy Monitor ce lundi 11 mai. Dans son sixième rapport annuel sur le secteur, elle alerte sur le caractère polluant des hauts fourneaux traditionnels.
"319 millions de tonnes par an de capacité de hauts fourneaux à base de charbon ont été soit annoncées par l'industrie, soit sont en construction", selon les calculs de l'ONG américaine. C’est 5 % de plus qu'en 2024, alors que les différentes instances internationales appellent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. La capacité mondiale des hauts fourneaux devrait ainsi augmenter de 88 millions de tonnes par an d'ici 2035.
Des économies dépendantes
Cette dynamique illustre les contradictions d'une économie mondiale engagée dans la transition écologique, mais toujours dépendante d'une industrie lourde fortement carbonée. L'ONG estime que "la balle est dans le camp de l'Inde et de la Chine, car ces deux pays prévoient 86 % des nouvelles capacités basées sur le charbon". Mais les économies du monde entier restent tributaire de l'acier. La construction des logements, des écoles, des hôpitaux, des ponts, des transports… L'acier est incontournable dans nos sociétés, rappelait l'Agence internationale de l'énergie (AIE) en 2020.
L'alliage métallique est également un ingrédient essentiel du développement des énergies renouvelables. Il est nécessaire à la fabrication d'éoliennes, de barrages hydrauliques ou de panneaux solaires. Pour faire face à une demande toujours plus importante, les producteurs restent fortement dépendants du charbon. Celui-ci produit de la chaleur et du coke, un combustible au fort pouvoir calorifique qui permet d'atteindre des températures très élevées dans les hauts fourneaux.
Des alternatives encore marginales face aux besoins industriels
Face à l'urgence climatique, plusieurs acteurs du secteur tentent pourtant de développer des procédés de production moins polluants. Parmi eux, les fours électriques peuvent recycler de vieilles tôles d'acier (acier secondaire) ou produire de l'acier primaire grâce à un arc électrique généré par des électrodes. Ils représentent aujourd'hui 34 % des capacités mondiales, contre 31 % en 2022. Une progression certes, mais trop lente.
Le coût élevé des infrastructures, les besoins massifs en électricité et la forte demande mondiale en acier compliquent encore la généralisation de ces technologies. Mais Global Energy Monitor appelle à "passer à des technologies à plus faibles émissions", qui pourraient "avoir un effet profond sur l'orientation de l'industrie sidérurgique". L’avenir de l'industrie sidérurgique dépendra désormais de la capacité des États et des industriels à accélérer les investissements dans des technologies moins carbonées. Sans changement rapide, l'acier risque de rester l'un des principaux angles morts de la transition écologique.