Environnement

Biodéchets : trois transformations insolites

"La méthanisation est une technologie basée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique, en conditions contrôlées et en l’absence d’oxygène", explique l'Ademe.
©loraks/Shutterstock

La fermentation des déchets organiques – ou méthanisation – est aujourd'hui la principale alternative au gaz d'origine fossile. 

Grâce aux subventions de l'Etat, les projets fleurissent partout en France avec des initiatives parfois insolites. Aperçu.

A Beauval, des crottes de panda pour chauffer les éléphants 

A Beauval, le plus grand parc zoologique de France abrite près de 10 000 animaux de 600 espèces différentes, sur quelque 35 hectares de terrain. Depuis 2014, le site abrite également un méthaniseur qui recueille les 5 500 tonnes de déchets verts et de fumier annuellement produits. Des agriculteurs riverains y apportent également leur déchets, doublant ainsi la quantité traitée. Le biogaz généré par la fermentation des déchets alimente des turbines à gaz qui produisent de l'électricité : 1,9 GWh d'électricité chaque année, soit la consommation annuelle d'environ 3 000 foyers. La chaleur générée par le processus sert à chauffer les serres des gorilles et des lamantins ainsi que le bâtiment d'hiver des éléphants.

Le digestat (matière organique résiduelle) est lui utilisé comme fertilisant par les agriculteurs. L'impact écologique de cette boucle vertueuse est estimée à 1 107 tonnes de CO2 évitées chaque année. Le zoo indique en outre économiser 20 % par an sur sa facture de gaz.

En Alsace, la choucroute met les gaz

En Alsace, le principal fleuron culinaire est aussi une véritable industrie : 60 000 tonnes de chou sont cultivées chaque année dans la région et transformées sur place pour donner 30 000 tonnes de la fameuse choucroute. 70 % de la production française y est concentrée. Pendant longtemps, le jus de choucroute, issu de la fermentation du chou, a été un problème pour la filière car corrosif et très chargé en composants organiques, il représente un risque de pollution pour les cours d'eau et nécessite un traitement particulier en station d'épuration.

L'électricité générée est revendue à l'énergéticien local Energie de Strasbourg et représente l’équivalent de la consommation énergétique de 1 500 Français par an.

Mais depuis 2012, une usine installée à Krautergersheim récupère ce jus – environ 30 000 m3/an – qui, mélangé avec la boue d'une station d'épuration locale, permet de produire du biogaz. L'électricité générée est revendue à l'énergéticien local Energie de Strasbourg et représente l’équivalent de la consommation énergétique de 1 500 Français par an. Au terme du processus de méthanisation, le jus de choucroute se mue en un liquide peu pollué, riche en eau, qui peut être réinjecté dans le circuit d’épuration classique.

©Gaël Nicolet/ID

De l'énergie dans le petit-lait

Implantée en Aquitaine depuis 1860, la fromagerie familiale Baechler produit chaque année 500 tonnes de fromage et 45 tonnes de crème et de beurre grâce au lait de 30 producteurs locaux. Parallèlement, elle assure sa propre autonomie énergétique grâce à la méthanisation du petit-lait (liquide issu de la coagulation du lait) et des eaux de lavage issues de la fabrication des fromages. Depuis 2012, le méthaniseur installé à la ferme permet de transformer 10 millions de litres d'effluents en biogaz, lui-même utilisé pour produire la vapeur destinée à la pasteurisation du lait.
La société toulousaine Valbio, qui a accompagné la famille sur ce projet pionnier, a reconduit l'expérience dans quatre fromageries en France et dans cinq autres à l'étranger (Canada, Bulgarie...).

Le saviez-vous ?

Ecologique par excellence, la méthanisation permet de transformer nos biodéchets en ressources diverses. Pour l'heure, seulement 600 méthaniseurs produisent moins de 1 % de l'énergie renouvelable en France. Pourtant, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le gisement mobilisable représente plutôt 10 % de la consommation annuelle de gaz en France. Ce sont les agriculteurs qui génèrent 90 % de ce gisement et la production d'énergie pourrait représenter une source de revenus complémentaires pour eux.

Afin d'encourager cette énergie prometteuse, Emmanuel Macron a lui-même annoncé la création d'un fonds de prêts de 100 millions d'euros pour le financement des projets et le ministère de la Transition énergétique et solidaire travaille à la simplification des démarches administratives.