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Environnement

Aéroports, centres commerciaux : qui sont les citoyens opposés aux "projets inutiles et polluants" ?   

En 2019, le gouvernement a officialisé l’abandon de la construction d'EuropaCity, un site géant de loisirs et de commerces qui devait ouvrir dans le Val-d'Oise.
©Handout/AFP

En France, les mobilisations citoyennes contre des projets d’aménagement du territoire se multiplient. Publiée ce mercredi, une étude sociologique s'intéresse à ce mouvement "qui s'ignore de moins en moins". Eclairage avec le sociologue Kevin Vacher du groupe de diffusion, de recherche et de veille citoyenne (GDRV). 

Si dans l’imaginaire collectif les luttes locales contre les projets d'aménagement du territoire sont associées à de grands combats écologistes, de la Zad de Notre-Dame-Des-Landes à EuropaCity dans le Val-d'Oise, elles existent aussi au travers de conflits à plus petite échelle qui fourmillent aujourd'hui aux quatre coins du territoire. De l'opposition à la construction d'un Surf Park en Loire-Atlantique à la création d'un centre de stockage de déchets ménagers et d'amiante aux abords du Tavignanu, le second fleuve de Corse. 

Pour mieux comprendre ce phénomène, le sociologue Kevin Vacher, du GDRV, un laboratoire associatif indépendant qui mêle sciences sociales et éducation populaire, est parti à la rencontre de 68 collectifs, entre mai et novembre 2021. ID l’a interrogé, à l’occasion de la sortie de l'étude “les David s’organisent contre Goliath” qu'il a réalisée avec les associations Terres de Luttes, Notre affaire à tous et ZEA.

Ce rapport à destination du grand public dresse un état des lieux des mobilisations locales contre “les projets inutiles, imposés et polluants en France”. D’où vient cette expression ?  

Il s’agit d’une formulation issue du Forum Social Mondial de Tunis, qui a eu lieu en mars 2013. A cette époque, les acteurs du mouvement altermondialistes parlent de luttes locales “contre les Grands Projets Inutiles et Imposés - GPII”. Cela fait référence à des projets démesurés, polluants et destructeurs, notamment liés à des multinationales, qui ont été imposés, sans concertation, un peu partout dans le monde. Pour cette étude, nous avons choisi de parler uniquement de mobilisations contre "des projets inutiles et imposés”, car l’on s’aperçoit que ces luttes opèrent en France à plusieurs échelles. Cela va de la construction d’un Burger King de quelques centaines de mètres carré jusqu’à des projets de carrière de grande envergure. 

Depuis une dizaine d’années, ces conflits contre des projets d'aménagement du territoire gagnent du terrain. Combien en recense-t-on ? 

Il est aujourd’hui difficile de quantifier ces mobilisations. Nous disposons toutefois de données grâce au travail réalisé par Reporterre qui comptabilise près de 370 luttes locales à travers une carte participative et interactive mise à jour en continu. Les 68 collectifs sélectionnés pour notre étude se base sur ce recensement qui reste non-exhaustif. Nous avons toutefois réalisé un échantillonnage en veillant à une pluralité de combats, tant par leur situation géographique (zones rurales, péri-urbaines ou urbaines, outremer), leur statut actuel (défaite, victoire, en cours de mobilisation) ou le type de projet contesté. 

D’autres données existent. La chercheuse Léa Sébastien, spécialisée dans les conflits d’aménagement, a par exemple dénombré près de 2 000 conflits d’aménagement en région Midi-Pyrénées entre 2000 et 2020. A partir de tous ces chiffres, nous pouvons estimer à plus de 10 000 le nombre de luttes. 

Comment s’organisent-elles aujourd’hui ? 

En 2018, le collectif de scientifiques "Des plumes dans le goudron" évoquait "un mouvement social décentralisé en cours d’organisation”. A travers cette étude qualitative, nous observons un mouvement social qui s’ignore de moins en moins. Ces luttes se structurent et sont de plus en plus cohérentes. Elles se connaissent et se reconnaissent entre elles.

Si les causes locales peuvent être nationalisées lors de grands rassemblements ou de campagnes médiatiques, il n’émerge (pour l’instant) pas de cause en soi nationale au sein de cet espace de mobilisation et à partir des luttes locales elles-mêmes. C'est-à-dire quelque chose à empêcher qui soit commun au même moment pour toutes ces luttes. Cette caractéristique demeure importante pour définir un mouvement social.  

Quel portrait pouvez-vous dresser des habitants et habitantes qui prennent part à ce mouvement ? 

C’est très hétérogène. Cela englobe des classes supérieures, avec des métiers à forte compétence professionnelle (géologues, des polytechniciens, des spécialistes qui vont investir leur formation dans ces luttes) mais aussi des classes populaires avec d'anciens d’anciens ouvriers ou ouvrières d’une usine qui va être contestée. Les professions intermédiaires sont toutefois majoritaires. On retrouve des enseignants, des intellectuels ou des personnes des classes culturelles précaires.  

S'ils sont issus de catégories sociales différentes, les habitants et habitantes vont se réunir autour de motivations communes. L’artificialisation d’espaces naturels ou agricoles, ainsi que les risques pour la santé, font partie des causes principales de mobilisation, quel que soit les projets contestés.  

Pour cette étude, les citoyens et citoyennes ont participer à l’enquête. Quels sont les avantages mais aussi les limites de cette approche collaborative ? 

Cette étude a été menée pour répondre aux besoins de collectifs locaux et d’associations nationales. Nous les avons interrogés pour comprendre leurs problématiques. A partir de ce travail, nous avons développé un protocole de recherche. Il s’agit d’une reformulation sociologique de questionnements stratégiques des collectifs. Ce dialogue a permis de nourrir l'étude. Mais pour voir l’ampleur réelle des mobilisations, et infirmer ou confirmer certains résultats, il faudrait compléter cette étude qualitative par une enquête quantitative à large échelle. 

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