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INFO PARTENAIRE

Une entrepreneure produit des tissus éco-conçus de A à Z

Amandine Cha-Dessolier, fondatrice des "Trouvailles d'Amandine".
©Les Trouvailles d'Amandine

Amandine Cha-Dessolier a lancé il y a une dizaine d’années son enseigne de tissus bios français Les Trouvailles d’Amandine. 100 % de son catalogue est certifié GOTS et est "made in France". Elle commercialise ses tissus auprès de professionnels, mais également de particuliers. ID s’est entretenu avec cette entrepreneure visionnaire et engagée.

Qu’est-ce qui vous a menée à mettre sur pied Les Trouvailles d’Amandine ?

Les Trouvailles d’Amandine a un peu plus de dix ans et cela fait plus de douze ans que je travaille dessus. À l’époque, je n’étais pas du tout dans le monde industriel du textile, mais plutôt dans le monde de la recherche à l’université. Quand j’ai eu mon premier enfant, j'ai fait la démarche à titre personnel de faire attention au niveau alimentation, cosmétique, entretien de la maison, à faire des changements pour du plus durable et du certifié. Mais est-ce qu’il y avait aussi un impact négatif aussi sur ce que nous portions, vis-à-vis à la santé et l’environnement ? J’ai fait ce que je savais faire de mieux à l’époque et encore aujourd’hui pour Les Trouvailles d'Amandine... de la recherche. J’ai regardé ce qui existait encore en France dans l'industrie textile et ce qui se passait dans le monde. Je me suis beaucoup renseignée sur les process. Et je pense que j'ai eu le même choc que certaines personnes ont aujourd'hui lorsqu'elles prennent conscience de la façon dont sont fabriqués leurs vêtements. J'ai eu une gifle, j’ai réalisé que nous produisions dans des conditions environnementales catastrophiques. Idem pour les conditions sanitaires.

Or j’ai une grand-mère qui était couturière, elle m'a appris à coudre, à tricoter, à broder, j’ai grandi dans l'amour des belles étoffes, du savoir-faire… Donc d'un côté, il y a le monde industriel textile que je découvre dans les années 2000 avec tous ses travers, et de l'autre, le souvenir que j'avais de ma grand-mère… Je me suis dit qu'il y avait la possibilité de faire quelque chose et que nous devions pouvoir agir autrement. Je suis ainsi partie à la rencontre des industriels français pour leurs proposer un magnifique projet : celui de refaire une filière française certifiée, qui soit éco-responsable, éco-conçue de A à Z avec le maximum d'étapes faites en France, mais aussi certifiable et pro-active sur le long terme.

Des tissus proposés par Les Trouvailles d'Amandine.
©Les Trouvailles d'Amandine

À l'époque, qu’en était-il du "made in France" ? 

À l'époque, il n'y avait rien. Le "made in France" n’était pas intéressant pour l’industrie textile. Il y avait une délocalisation massive pour l'Asie. Et même aujourd’hui, quand on dit « made in France », en fait cela veut surtout dire que c’est assemblé en France, il est rare de trouver des filières qui sont 100 % "made in France". Il est resté des petites bribes très éparses, des savoir-faire vraiment très spécifiques finalement qui ont réussi à survivre tant bien que mal. Certains ont essayé de prendre un modèle à l'image de ce que faisait l'Asie : des gros volumes pour baisser les prix, la fast fashion, de la production pour survivre… Et d'autres au contraire, se sont axés sur l'importance de leur savoir-faire, sa rareté, sur le luxe et la haute couture.

Le nombre de fois où l'on m'a dit : 'Quel est l'intérêt de faire du tissu bio ? Une tomate, oui, mais un tissu, tu ne vas pas le manger. C'est nul.'"

Comment avez-vous été reçue par les industriels à qui vous avez présenté votre projet ?

Je suis partie la fleur au fusil et beaucoup de portes se sont fermées. Je voyais ce qu'il se passait depuis des années dans l'alimentation, car j'avais aussi mon regard de chercheure à l'international : je voyais l'engouement qui commençait à s'installer autour de l'alimentation biologique. Même si tout le monde n'avait pas passé le cap, c'était devenu évident pour tout le monde que l'alimentation bio était mieux, même si nous n'avions pas forcément les moyens de passer à l'acte. Alors effectivement quand je me suis lancée, se dire qu'il fallait faire attention aux conditions dans lesquelles les vêtements étaient produits, qu'ils soient conçus avec des produits sains pour l'environnement et pour la santé, clairement personne n'y pensait. Le nombre de fois où l'on m'a dit : "Quel est l'intérêt de faire du tissu bio ? Une tomate, oui, mais un tissu, tu ne vas pas le manger ? C'est nul." Évidemment, les gens n'étaient pas réceptifs.

J’ai pu mettre en place au fur et à mesure une filière française complète qui va de l'encollage des fils, du tissage et des différents ennoblissements comme le lavage, le blanchiment, la teinture, et maintenant l'impression aussi."

On m'a gentiment fait savoir que cela faisait un petit peu trop la Parisienne qui débarquait et qui ne connaissait rien de la réalité du textile français. Mais j'ai eu la chance au bout de quelques temps, il y a un petit peu plus de dix ans, de rencontrer l’industriel français qui a permis de pouvoir mettre en place tout ceci concrètement et qui est devenu d'ailleurs actionnaire de notre société très vite. Il s’agit d’Éric Boel, de la société Les Tissages de Charlieu. Il avait vraiment envie que l'industrie textile montre sa valeur sur la voie de l'écoconception, et je suis arrivée pile à ce moment-là avec mes gros sabots et le cahier des charges GOTS ainsi que toutes mes idées de changements à faire pour que la filière soit certifiable.

J’ai pu, grâce à cette rencontre, mettre en place au fur et à mesure une filière française complète qui va de l'encollage des fils, du tissage et des différents ennoblissements comme le lavage, le blanchiment, la teinture, et maintenant l'impression aussi. Il y a certaines étapes malheureusement que je ne peux plus faire en France parce que la délocalisation est passée par là. Par exemple pour le lin, nous avons la chance d'en avoir en Seine-et-Marne, à côté de l'entreprise et en Normandie. Mais l'étape de filature se fait en Pologne. Nous achetons du lin français filé en Pologne pour le tisser ici. Et pour le coton bio, le coton ne pousse pas ici malheureusement, il faut donc l'acheter sous forme de fils pour ensuite le tisser. Il y a en tout neuf étapes pour fabriquer un tissu en partant de la culture jusqu'à la fin de la production. Et ces neuf étapes-là, si nous suivons la réglementation légale et de la douane, pour mettre un "made in France", il suffit d'en avoir quatre ou cinq. Nous sommes à sept étapes, il ne nous manque que la culture du coton et la filature du lin.

Tissus "Les Trouvailles d'Amandine".
©Les Trouvailles d'Amandine

Vous remplissez ainsi beaucoup plus d'étapes que la majorité des acteurs du métier…

Oui, nous n’allons pas acheter des bases déjà tissées pour les ennoblir en France, ce qui se fait énormément car cela permet de faire baisser les coûts et de vendre un tissu « made in France » qui n'est pas vraiment "made in France". J'estime pourtant qu'il y a encore des savoir-faire qui existent sur ces étapes et qu'il faut les valoriser. Par exemple, notre partenaire actionnaire Les Tissages de Charlieu ils fait du jacquard. Le jacquard de France est fait sur des machines centenaires, ce sont des savoir-faire non-appris à l'école et que l'on apprend avec un maître tisseur. Ce sont vraiment des savoir-faire locaux.

Aujourd’hui alors, quelle est votre offre et à qui vendez-vous vos tissus ?

100 % de notre catalogue est certifié GOTS. 100 % de notre catalogue est "made in France". Tout est dans le cadre, sinon ce n’est pas produit chez nous. Nous faisons du tissu tissé, pas du tissu tricoté, pas de maille, pas de jersey. Nous travaillons principalement avec deux secteurs, celui du Do It Yourself d'un côté, et de l'autre le secteur de la mode version élargie avec la décoration et l’ameublement. Donc nous travaillons à la fois avec les boutiques qui vont revendre au détail les tissus pour les particuliers qui veulent confectionner eux-mêmes leurs vêtements. Environ 200 points de vente en Europe revendent les tissus. Et avec des marques qui sont soit des petits créateurs, soit des marques plus connues de luxe, de prêt-à-porter. Nous avons aussi une boutique en ligne qui est dédiée aux particuliers. Nous avons plus de 300 références aujourd'hui. Nous n’avons pas de boutique physique : notre atelier se situe en Seine-et-Marne, et comprend un showroom.

Nous voulons redonner au client la notion de prix juste, la notion de transparence."

Sur le plan économique, comment vous y retrouvez-vous en proposant du "made in France" aussi poussé ?

Nous avons fait le pari dès le départ de nous inscrire dans un autre type d'économie. Nous faisons partie de l'économie sociale et solidaire, cela est précisé dans les statuts de l'entreprise. Par exemple, pour les salaires, l'écart entre le plus haut et le plus bas doit être très faible. Nous avons mis en place une autre façon de fonctionner que la manière conventionnelle qui peut être celle de nos confrères ou de nos concurrents. Par rapport à un tissu que j'aurais pu faire fabriquer en Inde et qui serait certifié GOTS, qui aurait les mêmes caractéristiques qu’en France, il y a un fois cinq pour le coût de production. Cela va me coûter 1 € environ au mètre pour l’Inde, et pour la France moi ça va coûter environ 5 € à produire avec toutes nos charges. Il est évident que si j'avais appliqué le même coefficient de marge que mes confrères et concurrents pour le secteur du DIY ou pour le secteur de la mode, nous aurions dû travailler uniquement avec les maisons de luxe. Cela a été un savant calcul d’arriver à sortir le coefficient de marge nous permettant de vivre et de grandir comme il le faut sans faire de folies.

Et nous parvenons à avoir des prix qui sont ceux du marché. Il faut voir aussi l'opacité dans les prix actuellement proposés notamment dans le secteur du DIY, où l'on va nous vendre des tissus "made in France" qui ne le sont pas vraiment mais qui sortent à un prix identique au nôtre, avec une marge quatre fois plus élevée ! Nous voulons redonner au client la notion de prix juste, la notion de transparence.

Nous sommes les seuls au monde pour l'instant à proposer une impression numérique qui n'utilise pas d’urée."

100 % du catalogue des "Trouvailles d'Amandine" est certifié GOTS et est "made in France".
©Les Trouvailles d'Amandine

Vos tissus ont une autre valeur ajoutée qui les rend innovants, en termes d’impression numérique ?

Oui, c’est un des projets de R&D que nous avons réussi à finaliser cette année. Cela faisait cinq ans que je travaillais dessus. Le cahier des charges GOTS évolue environ tous les deux ans de façon pro-active. C’est-à-dire qu’il va resserrer certaines choses, ne pas se reposer sur ses lauriers et qu’il va toujours chercher à améliorer ce qu’on peut faire en termes d’impact neutre sur l’environnement, sur la santé... Il a changé il y a cinq ans et ça a été un grand chamboulement pour l’impression numérique et la teinture. Il a fallu changer toutes les recettes de teinture et d’encre pour l’impression numérique. Il a fallu que je démarche à nouveau les industriels textiles français pour savoir s'ils étaient prêts à s’engager pour faire de l’impression numérique certifié GOTS sur le long terme.

Et cette dernière notion de sur le long terme a été problématique. En parallèle de cette recherche, j’ai commencé à travailler sur l’internalisation de cet outil de production au sein de Les Trouvailles d’Amandine. Cela a été assez compliqué en termes de financements puisqu’il a fallu investir dans des machines qui coûtent assez cher, face à des banquiers et investisseurs frileux. Mais nous avons eu la chance de trouver des actionnaires qui ont accepté notre idée. Je me suis dit que quitte à mettre en place cette impression numérique certifiée GOTS au sein de la société, autant aller plus loin que le cahier des charges final. Nous avons notamment travaillé sur la recette d'imprégnation du tissu.

Pour vous faire un petit résumé, le tissu tissé est blanc, puis il est ensuite imprégné d'une solution spécifique qui passe sous l'imprimante. Il est séché et va passer dans un bain de vapeur, et ce bain de vapeur va permettre de faire réagir les agents et la solution qu'il y avait au tout début pour qu’elle fasse un effet de fixation des encres dans les fibres. Or y a un élément dans cette solution qui est utilisé depuis des décennies, il s'agit de l'urée, un élément de synthèse obtenu par une réaction chimique avec un gaz. C'est totalement inoffensif et l'impact est neutre. Mais au moment où la vaporisation se fait, celle-ci va se transformer en deux éléments chimiques qui vont pour leur part poser des problèmes. Quand on sait que certaines usines textiles n'ont pas de station d'épuration pour les traiter et que cela part directement dans les eaux usées et dans les rivières alors que cela rejette de l'ammoniaque et de l'azote…  En France nous avons la chance d'avoir des usines qui sont équipées en interne de stations d'épuration spécifiques, mais cela a un coût énorme, autant financier qu’énergétique. Donc nous avons fait le pari de mettre au point une recette sans urée. Nous sommes les seuls au monde pour l'instant à proposer une impression numérique qui n'utilise pas d’urée.

En partenariat avec Les Trouvailles d'Amandine. Plus d’infos sur www.amandinecha.fr

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