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So Science : mettre la science au service des enjeux sociaux et environnementaux

©So Science

À l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, ID propose plusieurs portraits d’entrepreneurs engagés dans des projets écologiques et solidaires. Mélanie Marcel a créé So Science en 2014. Son objectif : que l'innovation serve l'intérêt général.

Mélanie Marcel a créé en 2014 So Science afin de créer des liens entre chercheurs et entrepreneurs sociaux, entre le monde de la science et celui des innovations à visée sociale ou environnementale. Elle nous raconte l’émergence et le fonctionnement de ce projet.

Quel est le concept de So Science ?

Nous sommes spécialisés en recherche et innovation responsable. Nous nous posons la question de comment la recherche scientifique et l’innovation technique peuvent répondre à des problématiques de société, à des enjeux sociaux et environnementaux. Il y a deux voies dans la recherche aujourd’hui : la recherche fondamentale, dont le but est de créer de la connaissance et une deuxième voie qui est la recherche appliquée, dont l’objectif est de maximiser l’impact économique. Selon nous, il manque une troisième voie de recherche qui s'intéresserait, au-delà de la valorisation purement économique, à la valorisation sociale en répondant à des enjeux de société.

Qu’est-ce que cela implique concrètement ?

Pour faire émerger cela, nous avons deux grands programmes : la création de liens entre des professionnels de la recherche publique et des professionnels de l’impact social (entrepreneurs sociaux, ONG…). La deuxième approche est un travail avec les industriels et les entreprises qui font de la R&D (Recherche et Développement). On va leur montrer qu’ils peuvent, avec leurs capacités d’innovation, répondre à des enjeux de société et qu’il faut les voir comme des opportunités pour créer de nouveaux produits. Généralement, les entreprises travaillent sur la réduction d’impacts négatifs (par exemple, réduire la consommation d’eau ou d’énergie, générer moins de déchets…). 

Notre objectif est de leur montrer qu’ils peuvent répondre à des enjeux de société par leur cœur de métier – donc avoir des impacts positifs. Par exemple, on va expliquer à des acteurs du secteur de l’automobile qu’en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne, il y a 30 % des denrées alimentaires qui sont perdues parce qu’il n’y a pas de véhicules utilitaires réfrigérés low cost. Donc si je suis constructeur automobile, je peux mettre sur le marché un tel produit et répondre à un enjeu de sécurité alimentaire. Notre travail va être de démontrer à des industriels qu’ils ont de nouveaux marchés à prendre où ils vont répondre à des enjeux de société.

Avez-vous un autre exemple d’entreprise qui a ainsi répondu à un enjeu de société ?

C’est le cas de Tarkett, une entreprise spécialisée en revêtements de sol. La direction R&D s’est demandé comment faire pour avoir un réel impact positif. Ils ont lancé un produit, Floor in motion, un sol connecté qui repère les chutes. Cela permet de prévenir le personnel, dans les maisons de santé par exemple, lorsque quelqu’un dans une chambre est tombé ou lorsqu'il a un comportement étrange. C’est très intéressant, parce que chez les plus de 65 ans, les chutes, c’est une des premières causes de mortalité. Quand on fabrique des sols, on ne pense pas forcément à répondre à un enjeu de santé publique. La question à se poser est la suivante : comment faire pour que le cœur de ce que je vends ait une plus-value sociale ou environnementale ?

Quels enjeux sociétaux traitez-vous ?

Ce sur quoi on travaille est le fait que la science serve la société. Il y a de la science partout, donc les enjeux environnementaux et sociaux, cela peut être très varié (l’eau, le sol, l’alimentation…). Notre expertise consiste à faire le maillage entre deux mondes qui ne se parlent jamais.

Pourquoi avez-vous décidé de monter ce projet ?

Je suis ingénieure de formation et je travaillais sur une technologie d’interaction machine-cerveau. C’est une technologie qui peut avoir des applications dans le secteur de la santé, par exemple une personne qui a perdu un membre pourrait avoir un bras robotique qu’elle contrôlerait avec sa pensée. Ce sont des travaux de recherche qui existent. J’étais employée par une entreprise de télécommunications et en discutant avec mes supérieurs je me suis rendue compte que si l’entreprise investissait dans cette recherche, c’était en imaginant que dans 20 ou 30 ans, la technique serait peut être d’avoir des téléphones implantés directement dans le cerveau. Ce qui m’a frappée, ce n’est pas tant cette application en particulier, mais le fait qu’en tant qu’ingénieure, j’étais passionnée par la science, mais je ne m’étais pas posé la question très sérieusement de qui me payait pour faire mes recherches, pourquoi et à quoi cela allait servir. Dans les études d’ingénieur, on ne vous fait pas réfléchir à ces questions-là. L’idée, c’est donc de réintégrer la question du pourquoi dans le processus de recherche.

C’est pour cela que vous avez décidé de créer So Science ?

Effectivement. J’ai commencé à chercher des laboratoires pour faire ma thèse qui seraient plus en accord avec mes valeurs, où l’application de la science aurait des impacts environnementaux et sociaux forts, mais je n’ai pas trouvé. C’était aussi le cas pour ma co-fondatrice. Alors on a décidé de lancer So Science, pour faire la connexion entre science et impact social en mettant en lien des chercheurs et ingénieurs. Quand on s’est rendu compte qu’on ne trouverait pas de laboratoire qui correspondrait à ce que l’on recherchait, on a décidé de ne pas faire de thèse et de lancer So Science à temps plein dès 2014.

Quel est votre modèle économique ?

Tout ce que fait So Science est payant, nous vendons nos missions de conseil, nos programmes de collaboration entre chercheurs et entrepreneurs sociaux. On fait de la prestation de services. Cela fait quatre ans que nous existons et nous avons quatre employés. Maintenant, il faut que l’on grandisse pour que cela ait vraiment un impact.