Malgré les ambitions de neutralité carbone de la France, le transport reste un désastre environnemental. Plus d'un tiers des émissions françaises sont imputables au transport, selon le SDES. C'est deux fois plus que l'empreinte carbone de l'industrie manufacturière et de la construction. Le secteur routier constitue la quasi-totalité des émissions du transport au sein de l'Hexagone (94 % en 2023), loin devant les transports aériens, maritimes, fluviaux et ferroviaires (6 %).

Les véhicules particuliers sont à l’origine de 53 % des émissions du transport routier du fait de leur usage quotidien. Ils sont suivis par les poids lourds (22 %) et leurs 28 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2023, selon Citepa. Au 1er janvier 2024, le parc de poids lourds comptait 650 000 véhicules en circulation. Un volume qui illustre le rôle du fret routier dans l’économie française, mais aussi l'ampleur du défi pour décarboner le secteur.
Une transition très coûteuse
Malgré l'impact considérable de ce mode de transport, la transition peine à aboutir. Les émissions unitaires moyennes de CO2 des poids lourds sont estimées à 1209 grammes de CO2 par kilomètre en 2022. Un niveau similaire à celui de 1990 qui ne montre aucune évolution des usages dans le secteur. Et pour cause, 97,7 % des poids lourds sont équipés d'un moteur diesel thermique. Cette dépendance quasi-totale freine mécaniquement toute baisse des émissions.
Pour transformer le parc, plusieurs alternatives sont possibles : hydrogène, électrique, biogaz… Tant de technologies, mais qui représentent un investissement non négligeable. Le cabinet de conseil Carbone 4 estime qu'un poids lourd électrique coûte à une entreprise environ 276 000 euros, contre 115 000 pour un thermique. Une somme initiale élevée en partie compensée par un coût de l'énergie plus faible.
Si les transporteurs doivent débourser pour changer leurs véhicules, les bornes de recharge ont également un poids non négligeable pour les pouvoirs publics et d'autres acteurs du secteur. Le Comité national routier évalue le prix d'une borne pour un 19T à 110 000 euros, sans compter le prix du raccordement électrique. Il varie en fonction de la puissance nécessaire et de la situation géographique du site. L'investissement reste donc conséquent, notamment pour les petites structures.
Des aides pour l'électrification
Face à ces coûts élevés, l'État et certaines entreprises mettent en place des aides pour soutenir la transition. Le gouvernement a récemment lancé récemment son plan national d'électrification des usages. Objectif : passer de 60 % d'énergies fossiles dans la consommation totale française aujourd'hui à 40 % d'ici 2030. Pour ce faire, l’une des mesures phares consiste à soutenir les TPE et PME du transport à passer au poids lourd électrique. "Jusqu'à 100 000 euros par véhicule", annonce l'exécutif.
En parallèle, EDF met également de l'argent sur la table. L'entreprise française investit 30 millions d'euros dans l'électrification du parc de poids lourds sous forme de primes. En moyenne, 15 000 euros seront versés par camion, dans la limite de deux par entreprise, afin de soutenir la transition énergétique du secteur. 50 millions supplémentaires seront consacrés à la mise en place de 180 bornes sur le territoire français. Ces dispositifs encouragent la filière à passer à l'électrique. Reste à savoir si ces efforts suffiront à infléchir réellement la courbe des émissions.