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Emery Jacquillat (Camif) : "les consommateurs souhaitent redonner du sens à leurs achats"

Emery Jacquillat, PDG de la Camif.
D.R

Après avoir échappé à la liquidation en 2008, la Camif est devenue il y a peu l'une des premières entreprises à mission de France. Entretien avec son repreneur, Emery Jacquillat, qui a impulsé cette transformation.

C'est un peu le phoenix qui renait de ses cendres. Après avoir frôlé la disparition en 2009 suite à des difficultés financières, la Camif, qui s'est reconvertie en société de vente en ligne pour l'équipement de maison, enchaine depuis sa reprise les exercices réussis. Un succès qui passe notamment par un modèle basé sur l'idée d'impact positif pour l'Homme et pour la planète, explique son PDG Emery Jacquillat.

Quels changements avez-vous amorcés après la reprise de la Camif en 2009 ?

En reprenant la Camif en 2009, j’ai très vite compris qu’il fallait qu’on prouve que le projet aurait un impact positif sur le territoire de Niort, en termes d'emploi, mais aussi sur les questions de qualité, de fabrication française et de développement durable. Avec au fond l’idée de renouveler la confiance de toutes les parties prenantes qui avaient souffert de la chute de la Camif, qu'il s'agisse de clients, de fournisseurs ou encore d'anciens salariés. Et c'est réellement autour de cette notion d'impact que nous avons bâti le nouveau business model de l'entreprise, avec une attention portée dès le redémarrage aux enjeux sociaux et environnementaux. En apportant par exemple une grande transparence sur la fabrication des produits, ou en permettant au client de choisir un article selon son lieu de fabrication pour ainsi favoriser avec son pouvoir d’achat l’emploi local ou valoriser des produits qui ont parcouru moins de kilomètres. Nous avons également mis en place un modèle atypique en termes de management, avec une organisation participative et collaborative.

Que s'est-il passé ensuite ?

En 2013, nous avons effectué une levée de fonds afin d'accélérer le développement de l’entreprise au-delà du périmètre des clients historiques. Celle-ci a été réalisée auprès de Citizen Capital qui est l’un des premiers fonds d’impact en France et qui s’attache à investir dans des entreprises ayant un impact soit environnemental soit social. La même année, nous avons produit notre premier rapport RSE et nous avons également commencé à collaborer avec MINES ParisTech sur la rénovation des raisons mêmes de l’entreprise. Nous avons beaucoup travaillé sur ce point auprès des clients, des partenaires, des actionnaires, des fournisseurs, ce qui a débouché l’année dernière à l’expression de cette mission sociale et environnementale et à son inscription dans les statuts. Nous sommes ainsi devenus l’une des premières entreprises à mission de France.

Nous voyons bien que nous sommes sur une planète qui a des limites et qu’il y a des défis sociaux et environnementaux majeurs à relever."

Quelle est la mission de la Camif ?

La mission que la Camif a inscrit dans ses statuts est de proposer des produits et services pour la maison au bénéfice de l’Homme et de la planète et de mobiliser son écosystème pour inventer de nouveaux modèles de consommation, de production et d’organisation. Aujourd'hui, nous savons que nous sommes arrivés au bout d’un système, d’une économie classique qui a optimisé toute la chaine de valeur en écrasant parfois un peu les coûts et en n'étant pas très regardante sur les conditions de travail ni sur l’impact environnemental. Ce système-là est révolu parce que nous voyons bien que nous sommes sur une planète qui a des limites et qu’il y a des défis sociaux et environnementaux majeurs à relever.

Donc la mission de l’entreprise qu’on a co-construite avec nos parties prenantes a été pour nous le moyen d’obtenir l’engagement des actionnaires autour de notre projet, qui n’est pas uniquement de faire de l’argent mais aussi de prendre en compte l’intérêt général. Le projet a été conforté en 2015 avec l'obtention de la certification B Corp, qui s’attache à démontrer l’impact positif du modèle d’affaires et qui réunit des structures qui partagent l’idée que l'on peut utiliser l’entreprise comme un puissant levier de transformation de la société, en alliant impact et profit. Aujourd'hui, on peut dire que la Camif a une triple performance, économique, sociale et environnementale et je pense que c'est ce qui distingue notre démarche d’autres distributeurs.

Dernièrement, votre engagement s'est justement exprimé par l'initiative Ondonnetout, qui a été récompensée au salon Produrable...

Quand on boycotte le "Black Friday", le 24 novembre, on ferme le site le jour le plus rentable de l’année pour tous les commerçants français. Grâce à l'inscription de la démarche dans les statuts, nous nous sommes assurés de ne pas être attaqués par un actionnaire qui dénoncerait une décision anti-économique. En revanche, c'est en pleine cohérence avec la mission de l’entreprise, qui est finalement de défendre un modèle de consommation et de production plus responsable.

Toutes les entreprises aujourd’hui, après avoir été au cœur du problème, doivent faire partie de la solution."

Il y a aussi une mission auprès des consommateurs ?

Je pense qu’il y a une tendance mondiale aujourd’hui, de consommateurs qui souhaitent redonner du sens à leurs achats. Ils veulent savoir d’où viennent les produits et retrouver de la sincérité et de l’authenticité pour recréer ce lien qui a été perdu avec la grande distribution. On voit bien les dérives révélées par les derniers scandales et on a pris conscience en tant que citoyen qu’il fallait changer nos modes de consommation. On a besoin pour cela de marques qui nous accompagnent dans cette quête pour redonner aux consommateurs le pouvoir de choisir selon des critères de fabrication, de transparence mais aussi au regard des labels. Toutes les entreprises aujourd’hui, après avoir été au cœur du problème, doivent faire partie de la solution. Et je pense que celles qui ne mettront pas au centre de leur projet une mission à impact social ou environnemental positif n’existeront plus à la fin du siècle.