"Si nous ne sommes pas résilients, le reste de l'économie ne l'est pas. Et, plus on va s'électrifier, plus la pression sera forte sur nous", a souligné Carine de Boissezon, directrice Impact chez EDF, lors d'une présentation à la presse en juin, sur le site de recherche et développement de Chatou (Yvelines), dédié à la gestion de l'eau.
Le sujet est crucial pour l'entreprise publique, pilier de la souveraineté énergétique française, dont le nucléaire assure 68% de la production électrique et les barrages, près de 8%. Dans les deux cas, l'eau est indispensable: pour faire fonctionner les turbines hydroélectriques et refroidir les centrales.
Dans un rapport de 2024, la Cour des comptes appelait les exploitants à "intensifier leurs actions d'adaptation", notamment pour mieux gérer la contrainte croissante sur la ressource en eau.
Dimanche, la vague de chaleur qui frappe actuellement le pays, a entraîné l'arrêt de trois réacteurs, dont les circuits de refroidissement rejettent de l'eau chaude dans les fleuves ou la mer, à Golfech (Tarn-et-Garonne), au Bugey (Ain), et à Chooz (Ardennes), une situation qui perdurait lundi.
EDF consacre aujourd'hui 150 millions d'euros par an à l'adaptation climatique, un montant qu'elle prévoit de porter à 600 millions d'ici 15 ans - loin des 25 milliards d'euros d'investissements annuels prévus au total par l'entreprise.
Nucléaire en première ligne
Les réacteurs - 57 en France - doivent être refroidis en permanence, d'où leur implantation près d'une "source froide": mer ou cours d'eau.
Or, en cas de sécheresse ou de canicule, la baisse du débit et la hausse de la température des cours d'eau contraignent EDF à réduire, voire arrêter sa production pour préserver l'environnement et la biodiversité. Elle ne peut alors rejeter d'effluents chimiques ou radioactifs ni réchauffer davantage les rivières via ses eaux de refroidissement.
L'effet sur la production nucléaire reste limité, avec une baisse annuelle estimée à 0,3%. Mais selon les projections d'EDF, il pourrait s'accentuer pour atteindre en moyenne 1,4% à l'horizon 2035, et 1,5% en 2050.
Le refroidissement des centrales électriques représente la troisième activité consommatrice d'eau douce (12%) en France, derrière l'agriculture et l'eau potable.
Dans certaines centrales dites en circuit ouvert, "jusqu'à 100%" de l'eau prélevée est restituée au milieu naturel, mais elle induit un échauffement aquatique en aval pouvant aller jusqu'à 4 à 6 degrés, en période d'étiage, selon EDF.
Les autres réacteurs sont équipés de tours de réfrigération, reconnaissables à leur panache de vapeur. Si seulement 77% de l'eau prélevée est restituée au milieu, celle-ci n'est réchauffée que de quelques dixièmes de degrés, tandis que le reste part en vapeur.
L'électricien envisage d'installer des dispositifs supplémentaires, dits aéroréfrigérants de "purge", pour réduire à presque zéro degré l'échauffement des fleuves. Déjà en place à Civaux (Vienne), ils pourraient être déployés sur d'autres sites, comme au Bugey (Ain).
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En période d'étiage, les eaux industrielles composées d'effluents liquides faiblement radioactifs et d'effluents chimiques sont temporairement stockées dans des bacs, le temps que le niveau du fleuve revienne à la normale. Ces récupérateurs sont aujourd'hui en "nombre suffisant", selon EDF, qui prévoit d'en construire davantage d'ici 10 à 20 ans, en prévision d'étiages sans doute plus longs et plus secs. La centrale de Civaux en bénéficiera dès cet été.
Des barrages repensés
Dans les barrages, les effets du changement climatique conduisent aujourd'hui à une baisse de la production annuelle de 0,2%. L'enjeu principal ici est de gérer des épisodes climatiques extrêmes: "entre une année très sèche et une année très humide, on peut avoir plus ou moins 20 TWh d'écart", sur une production moyenne annuelle de 40 TWh, explique Laurent Bellet, responsable climat et adaptation à EDF Hydro.
Pour compenser ces baisses de production, EDF prévoit 4,5 milliards d'euros d'investissements d'ici 2035, pour moderniser et augmenter la puissance de ses ouvrages hydroélectriques. Ceux-ci sont aussi repensés pour renforcer leur sûreté face aux crues: une dizaine d'installations sont équipées d'évacuateurs en forme de "touches de piano", une technologie qui permet d'écouler 3 à 4 fois plus d'eau.
Avec AFP