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Collectibio : "Une solution provisoire pour compléter les services de recyclage actuels"

Box de collecte.
©Collectibio

Le collectif "Collectibio" installe des bornes de recyclage dans certains magasins bio afin de collecter des déchets de plastique qui, jusqu'à présent, n'étaient pas collectés sur tout le territoire en raison de consignes de tri très hétérogènes selon les communes. 

ID a rencontré Anna Kolf, chargée de mission RSE au Synabio, le syndicat national des entreprises de l'agro-alimentaire bio, qui compte environ 200 entreprises, transformateurs et distributeurs. Elle accompagne les entreprises adhérentes à structurer leur démarche de développement durable. Elle travaille à la gestion du projet Collectibio et fait le lien entre les entreprises et leur partenaire Terracycle. 

Combien y a-t-il de participants à ce programme ?

Il y a onze entreprises et treize marques qui participent à ce collectif. Ce sont elles qui, de manière spontanée et volontaire, sont venues vers nous en nous demandant d'animer un collectif de recyclage des emballages, en partenariat avec Terracycle. Les entreprises qui financent ce programme sont des marques de produits agro-alimentaires bios que vous retrouverez exclusivement en magasins spécialisés bio. L’ensemble des réseaux spécialisés bio, ainsi qu’un certain nombre de magasins indépendants, se sont engagés dans ce programme qui compte aujourd’hui 678 points de collecte. Leur liste est disponible sur le site de Collectibio. L’engagement des marques et des magasins bio était en cohérence avec la vision qu’a Synabio d’une filière plus durable et responsable. Des marques, parfois concurrentes, ont réussi à trouver un accord pour travailler ensemble et cela montre que les entreprises essaient d’avoir des engagements qui dépassent leur statut d’entreprises bios. 

En quoi consiste exactement ce nouveau service ?

Nous proposons une solution provisoire pour compléter les services de recyclage qui existent aujourd'hui. Il y a encore un certain nombre d'emballages qui ne sont pas recyclés en France. Les entreprises qui mettent ces emballages sur le marché ont décidé qu'il fallait proposer une solution au consommateur. Elles se sont donc rapprochées de TerraCycle, une entreprise anglaise qui a mis en place des technologies de recyclage des emballages complexes. Le principe est de proposer au consommateur de rapporter ces emballages dans des boxs, pour qu'ils soient ensuite pris en charge par TerraCycle. Il s’agit de bornes de recyclage vertes, avec le logo de Collectibio et des autres marques participantes. La matière sera traitée et transformée en billes de plastique pour fabriquer des objets d'usages courants comme des bancs, des tables de pique-nique, etc.

Pourquoi dites-vous que cette solution est temporaire ?

Elle est temporaire car l'idée est avant tout de continuer à mener des réflexions sur les emballages. Ce programme montre un engagement très fort des entreprises bios pour la protection de l'environnement. Et si aujourd’hui elles vont plus loin que d'autres entreprises et s'engagent à apporter une solution pour recycler leurs emballages, l’idée est que demain ceux-ci soient éco-conçus, réduits, voire supprimés. 

Ne pourrait-on pas attendre de ces entreprises qu’elles règlent le problème à la source ? Il y a des solutions qui existent aujourd’hui, non ? 

Il y a des solutions mais il y a aussi des contraintes techniques. Des études sont menées aujourd’hui par les marques du programme : certaines font de la conserverie et produisent du plastique plus léger et plus pratique. C'est un premier pas, nous savons qu'il faut aller plus loin, ces entreprises en sont conscientes. 

Demandez-vous au consommateur une contribution financière ?

Non, pas du tout. Le programme est entièrement financé par les marques : elles mettent les emballages sur le marché et prennent donc leurs responsabilités. Les magasins qui accueillent les boxs ne paient pas non plus. Le rôle que l'on attend d'eux est uniquement de sensibiliser et d'éduquer le consommateur. Et la seule chose que l’on demande au consommateur est de ramener ses emballages dans les magasins. 

Qu'est-ce que cela représentera comme volume d'emballages potentiellement recyclés ?

Nous ne savons pas encore pour l’instant, cela va dépendre de la dynamique autour du projet et de la volonté des consommateurs. Le programme a été lancé au début du mois de janvier, nous allons attendre au moins six mois pour avoir les premiers retours et voir ce que l’on a collecté. 

Ce programme a vraiment été créé de manière spontanée : des entreprises sont venues nous voir en nous disant 'nous voulons faire quelque chose ensemble'. Nous avons trouvé cela assez fort comme message.

Les emballages récupérés proviennent-ils uniquement des marques participantes ? 

Aujourd'hui, quatre types d'emballages sont récupérés dans le programme : les doypacks dans lesquels on trouve le muesli, les gourdes dans lesquelles il y a des compotes, les sachets plastique des galettes de riz, et les coupelles dans lesquelles il y a des desserts lactés ou des desserts pour les bébés. Nous ne faisons pas de distinction de marque, c’est-à-dire que nous n'interdisons pas à un consommateur d'amener une gourde d'une autre marque. L'idée est de montrer que l’on peut s'engager ensemble pour recycler davantage de plastique. 

Est-ce que cet engagement de différents acteurs est le reflet d'une philosophie particulière de la filière bio ? 

Oui, je pense. Ce programme a vraiment été créé de manière spontanée : des entreprises sont venues nous voir en nous disant "nous voulons faire quelque chose ensemble". Nous avons trouvé cela assez fort comme message. Finalement, quand les fournisseurs ont réussi à monter leur projet au bout de deux ans, l’accueil des distributeurs spécialisés a été unanime. Tout le monde était d'accord pour participer à cet effort collectif. Je pense qu'il y a une philosophie particulière dans la filière bio, une volonté de créer une filière responsable qui se retrouve peut-être moins dans d’autres secteurs. 

Il s’agit ici d’une initiative privée… N’est-il pas plus souhaitable d’aller dans une direction plus publique et structurelle ?

Oui bien sûr, il est souhaitable que tout le monde puisse récupérer tous les emballages et que tout soit recyclé. Peu à peu, toutes les communes vont passer en extension des consignes de tri, mais les plastiques collectés ne seront pas tout de suite recyclés. Aujourd'hui, il s'agit avant tout de récupération et de collecte car cela coûte cher et les filières de recyclage ne sont pas encore assez résistantes, voire existantes. C’est pour cela que nous faisons appel à une entreprise privée pour le recyclage des emballages. Mais effectivement, il faudrait que cela se globalise in fine

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