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DOSSIER CLIMAT

Climat : le vélo, une alternative à la voiture de plus en plus prisée

Les "coronapistes" ont fleuri un peu partout en France, comme ici à Villeurbanne, près de Lyon.
©TouN (CC BY-SA 4.0)

Bon pour la santé, économique, pratique, le vélo permet aussi de réduire notre empreinte carbone dans le secteur des transports et notamment sur les trajets courts. A la faveur de la crise sanitaire, de nombreux citoyens l'ont adopté.

"Le vélo n'est pas une réponse à la crise climatique. C’est la baisse du trafic auto qui fera la différence", précise d'entrée de jeu l'économiste et urbaniste, spécialiste du vélo, Frédéric Héran. En France, 94 % des émissions du secteur des transports proviennent en effet du secteur routier et 51 % par les véhicules particuliers. Le secteur des transports, dont les émissions ne cessent d'augmenter depuis 1990, est d'ailleurs de loin le plus émetteur dans l'Hexagone.

Dès lors, si le transport ferroviaire peut représenter une alternative à la voiture pour les longs trajets, le vélo regorge d'atouts pour les distances plus courtes, à la ville comme à la campagne. Bon pour la santé et le porte-monnaie, pratique, peu polluant, le deux-roues a aussi un impact positif pour le climat, comme le souligne l'ONU. "Le vélo fait partie des mesures dont le lien de cause à effet avec le climat est le plus concret", note le président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) Olivier Schneider.

 

Une pratique en hausse

A la faveur des grèves des transports liés à la réforme des retraites, fin 2019, puis de la crise sanitaire, en 2020, de nombreux citoyens ont franchi le pas. Et la pratique du vélo a connu une nette accélération. En quelques mois, les coronapistes ont vu leur fréquentation exploser, les magasins de vélo ont été dévalisés, et près de deux millions de deux-roues ont été réparés, à la suite du "Coup de pouce vélo", une aide gouvernementale de 50 €. "L'engagement citoyen, plus ou moins conscientisé, vient du fait que, d'un coup, beaucoup de personnes se sont dit que le système vélo était à portée de main", note le président de la FUB.

 

L'observatoire Vélo et territoires, qui mesure régulièrement les fréquentations vélo en France, comptabilise une hausse de 28 % des passages devant ses compteurs entre le 1er janvier et le 31 mai 2021, par rapport à la même période en 2019 (+22 % en semaine et +47 % le week-end). "Depuis le début de l’année, la fréquentation est globalement supérieure à celle de 2019 et 2020", indique le baromètre.

Quant à la FUB, créée en 1980, elle regroupe désormais 500 associations locales (vélotaf, entrepreneurs à vélo, vélo-écoles, ateliers d'auto-réparation, etc.) et perçoit directement cette effervescence. "Deux nouvelles associations nous rejoignent chaque semaine. La fédération s’agrandit très vite", explique, enthousiaste, son président Olivier Schneider, en soulignant le côté altruiste des défenseurs de la petite reine. "Depuis quarante ans, on milite avec des citoyens prêts à donner du temps pour les autres pour que la situation du vélo s'améliore pour tous. […] Plus on est nombreux à se mobiliser, plus les infrastructures, les ouvrages d'art, seront nombreux."

Attention aux idées reçues, alerte toutefois l'économiste Frédéric Héran. "On pense que tout nouveau cycliste est forcément un ancien automobiliste. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. Tout dépend du contexte." Des infrastructures mal pensées, qui ne "briment" pas la voiture ou ne favorisent pas la sécurité, auront du mal à attirer de nouveaux pratiquants.

"Pour être efficace, une politique de déplacement doit être cohérente. Il faut jouer sur tous les modes de déplacements : réduire le trafic auto, développer les infrastructures pour les cyclistes et les piétons et améliorer les transports publics." Et il peut exister une certaine "concurrence" entre les modes de transports. "A Paris, il y avait très peu de cyclistes car le métro était hyperperformant. Le métro est désormais saturé et la pratique du vélo augmente", illustre l'économiste.

La crise, un révélateur

Pour la petite reine, les crises ont souvent été une occasion de révéler son potentiel. "Aux Pays-Bas, le vélo s'est développé lors de la crise pétrolière", rappelle le président de la FUB. "Les citoyens en France ont compris l'an passé que le vélo n'était pas juste quelque chose de culturel."

"Cette appétence existait déjà avant mais le déploiement du vélo paraissait utopique. Avec la pandémie, il a eu un vrai passage à l'acte", poursuit-il. Les Français ont, à ce moment-là, redécouvert "une évidence" : le deux-roues, bon pour l'environnement, permet souvent de gagner du temps sur son temps de trajet quotidien. La pratique du vélotaf, c'est-à-dire se rendre au travail à vélo, a sûrement été la plus importante des différents usages du vélo.

L'engouement est bien réel, les pratiquants bien plus nombreux, mais le vélo part de loin. Selon une note de l'Insee parue en janvier 2021, 74 % des actifs déclarent rejoindre leur lieu de travail en voiture contre 2 % en vélo. Pour les petits trajets domicile-travail de moins de 2 km, plus de 50 % des actifs prennent la voiture et seulement 5 % le vélo.

Les entreprises aussi s'y mettent

Désormais, au détour d'une rue, en ville, il n'est plus rare d'apercevoir des entrepreneurs pédalant sur leurs vélos-cargo ; un phénomène encore rare il y a quelques années. "Il y a quatre ans, on était des extraterrestres", témoigne Caroline Faucon, fondatrice d'une entreprise lyonnaise de livraisons de petits-déjeuners à vélo.

A l'origine de son activité, l'envie, avec une amie, d'aller livrer du pain aux particuliers. "Mais livrer une baguette à un euro en voiture, ça ne valait pas le coup", explique-t-elle. Les deux entrepreneures se tournent alors vers la bicyclette, "pratique, moins coûteuse et écologique".

Des associations d'entrepreneurs à vélo, les Boîtes à vélo, venues de Nantes, existent un peu partout en France, à Lyon, Bordeaux, Angers, Paris, Montpellier ou Grenoble. "On y retrouve des livraisons du dernier kilomètre, des laveurs de vitre, des déménageurs, des plombiers, et bien d'autres professions", énumère Caroline Faucon. "Notre philosophie ? Nous sommes des entreprises, nous produisons de la richesse et nous avons un impact sur l'environnement. L'idée était donc de trouver un moyen plus propre de se déplacer."

Adapter son activité au vélo n'est pas simple, reconnaît la cheffe d'entreprise. "Un kiné qui se déplace à vélo pour aller à ses rendez-vous, cela paraît très simple, mais chaque métier a ses spécificités, ses outils, ses complexités, et il faut repenser entièrement son activité pour l'adapter." Boîtes à vélo France et l'Adie, l'association pour le droit à l'initiative économique, ont lancé en mars 2021 un programme gratuit, Ma cyclo entreprise, pour informer, conseiller et financer les petits entrepreneurs locaux sur la cyclo-mobilité. D'ici 2022, 3 000 micro-entrepreneurs devraient bénéficier d’une formation théorique et pratique sur l’usage du vélo, dont 1 000 avec un accompagnement technique individualisé.

Caroline Faucon et Déborah Libraty ont fondé une entreprise de livraison de petits-déjeuners à vélo.
© DR/ Baguette à bicyclette

 

Du vélo, partout, tout le temps

Si le vélo représente une alternative en ville, il représente aussi une solution en périphérie ou à la campagne. Les déplacements en périurbain et en milieu rural ont d'ailleurs, eux aussi, augmenté respectivement de 37 % et 23 % par rapport à 2019, selon l'observatoire Vélo et territoires. "Des territoires qui n'étaient à l'origine pas liés à la bicyclette s'y mettent", note Olivier Schneider, de la FUB. "Des possibilités existent à la campagne : l'intermodalité [utiliser plusieurs moyens de transports pour se déplacer], les vélos-cargo, les vélomobiles. D'ailleurs, on ne pourra remettre des transports en commun à la campagne que si on peut rejoindre l'arrêt de bus à vélo."

"Il y a unanimité aujourd’hui autour du vélo. Et c’est difficile de trouver un politique qui soit contre", note Frédéric Héran. Pourtant, lors de l'arrivée au Parlement du projet de loi "Climat et résilience", issu des travaux de la Convention citoyenne pour le climat, aucune mesure relative au développement au vélo n'avait été retenue. Là aussi, des citoyens se sont mobilisés. "Des milliers d'entre eux ont pris la peine de s'emparer de la liesse d'amendements que nous proposions et ont fait l'effort de s'intéresser à la fabrique de la loi, et de contacter leur représentant au Parlement", explique le président de la FUB.

Pour que le vélo constitue une véritable alternative, à la ville comme à la campagne, dans les territoires populaires comme aisés, des changements structurels sont nécessaires. "Une prise de conscience individuelle" également, soutient Frédéric Héran. "Il faut que chacun fasse sa part, la société civile, les employeurs, l’État", conclut Olivier Schneider.

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