Education/Citoyenneté

Mobilisation climat en France : "On est remonté à bloc, super actifs, on est en ébullition complète et c'est génial !"

Les jeunes Franciliens ont manifesté devant le ministère de la Transition écologique à Paris, vendredi dernier.
©Mélodie Taberlet / ID

Étudiants ou lycéens français, ils se lancent dans la lutte pour le climat à la manière de la jeune Greta Thunberg. Si pour l’heure, la mobilisation semble encore assez dispersée, les actions se multiplient aux quatre coins de l'hexagone : certains manifestent devant le ministère de la Transition écologique, d’autres militent dans la cour de leur lycée. ID donne la parole à certains d’entre eux pour comprendre leurs motivations. 

Ils sont étudiants ou lycéens et tous inquiets du futur qui les attend. À Paris et ailleurs en France, la révolte s’organise pour demander aux autorités des mesures de lutte contre le réchauffement climatique. Portée par la jeune activiste suédoise et pionnière du mouvement, Greta Thunberg, la mobilisation climat gagne du terrain dans le pays.  

Non sans rappeler le début de la crise des Gilets jaunes, le mouvement est encore assez disparate. Cependant, les actions individuelles ou collectives commencent à se multiplier. En France, les jeunes demandent des actions à la hauteur de l'enjeu climatique de la part du gouvernement, comme leurs homologues des pays voisins. Le but est aussi d'alerter l'opinion sur la prise de conscience nécessaire face à la "crise du siècle". 

La victoire écologique demande un changement de système radical si on ne veut pas se prendre ce mur qui nous arrive à toute vitesse. Félix, 22 ans

Le 15 février avait lieu le premier "vendredi vert" : les étudiants parisiens ont séché les cours en signe de protestation. Ils se sont rendus devant le ministère de la Transition écologique pour manifester en faveur du climat. Nous y avions croisé Félix, étudiant à Science Po et activiste de la première heure :

Félix, 22 ans, Paris

"Je milite dans des associations depuis pas mal de temps et je suis sensibilisé à ces thématiques depuis longtemps. J'ai grandi à la campagne : je pense que ça joue beaucoup quand on ouvre la porte de chez soi et qu'on se retrouve face à une forêt. J'ai un peu suivi la trajectoire de mes parents aussi. Puis je suis allé à l'université, j'ai appris beaucoup, je me suis formé. Je me suis rendu compte que finalement, la victoire écologique demande un changement de système radical si on ne veut pas se prendre ce mur qui nous arrive à toute vitesse. Donc je me suis mis à militer parce que demain, on n'aura plus le temps. L'objectif de tout ça, c'est avant tout d'engager une prise de conscience : même si l'on sent bien qu'elle est en train de se faire, il y a encore du travail. Puis, on attend de l'État français des mesures contraignantes, des engagements forts sur la réduction des gaz à effet de serre, une justice sociale et climatique, des taxes plus justes et proportionnées. Que l'on arrête avec les fausses solutions."

Là, on est remontés à bloc, super actifs, on est en ébullition complète et c'est génial ! Marion, 22 ans

Robin, 16 ans, Vizille

Robin était l'un des premiers Français à faire grève pour le climat. Ce lycéen de 16 ans milite seul dans la cour de son lycée avec sa pancarte depuis maintenant trois semaines. S'il a encore du mal à fédérer beaucoup de monde autour de lui, il n'en est pas moins motivé. "J'ai commencé il y a trois semaines, j'ai pris ma pancarte et je me suis assis dans la cour du lycée. Depuis, il y a quelques personnes qui se joignent à moi et les gens m'encouragent mais ils ne sont pas encore prêts à sécher les cours. Depuis que j'ai huit ou neuf ans, je suis un peu au courant des questions écologiques, j'aimais déjà la nature, puis à partir de 12 ou 13 ans, j'ai commencé à m'engager dans des projets. J'ai vu le discours de Greta Thunberg à la COP24 et ça m'a vraiment inspiré. Pour moi, à n'importe quel âge on peut tout faire, c'est nous la nouvelle génération et les premiers concernés. Nous les jeunes, on oublie les frontières et on se bat pour la même chose, parce qu'il nous reste peu de temps si on veut avoir un futur qui soit vraiment viable."

Marion, 22 ans, Paris

Marion était elle aussi présente devant le ministère à l'occasion du "vendredi vert". Cette étudiante en master "Société et biodiversité" au Muséum d'histoire naturelle a notamment participé à la rédaction du manifeste publié dans Reporterre le 12 février dernier. Elle décrit ce mouvement comme un rassemblement d'"électrons libres pour former un groupe encore assez disparate". "Je viens d'une formation en commerce et communication. L'année dernière, je me suis complètement détournée de ce milieu qui à mon sens ne correspondait pas à mes valeurs : je voulais faire de la communication, mais en faveur de la transition écologique. Même si j'ai toujours été un peu "politisée", mes engagements n'avaient jamais vraiment pris trop de place. Je me suis rendu compte au fil des années de la catastrophe climatique vers laquelle on allait. Là, on est remontés à bloc, super actifs, on est en ébullition complète et c'est génial ! On n'est pas utopistes, mais on en demande beaucoup parce qu'il y a besoin d'énormément. Donc on veut des changements qui soient vraiment impactants, efficaces et sincères de la part de l'État."

Loric, 15 ans, Lyon

Instigateur de la mobilisation lyonnaise, Loric gère la page Instagram du mouvement. Il y a encore peu de temps, ce lycéen ne connaissait encore pas grand chose aux enjeux écologiques. "J'ai d'abord créé une page Instagram tout seul de mon côté, puis j'ai rejoint le mouvement Youth4Climate de la ville de Lyon. J'ai vu le discours de Greta Thunberg et les mobilisations qui s'organisaient un peu partout en Europe et je me suis demandé pourquoi. De plus, j'avais fait mon TPE sur les énergies renouvelables et j'en ai appris beaucoup : je me suis rendu compte que je n'étais pas assez informé. J'ai eu envie de faire quelque chose à mon échelle. On espère que les gouvernements entendent quelque chose, pour les générations futures, pour nous et ceux d'après. "

La mobilisation des jeunes devrait se poursuivre encore plusieurs semaines à l'occasion de "vendredis verts", au moins jusqu'à la grande grève internationale prévue le 15 mars