Alors que les magasins spécialisés s'alarment des menaces de démantèlement de l'Agence Bio, le secteur traverse une période difficile. L'organisme chargé de promouvoir les produits issus de l'agriculture biologique joue un rôle central dans le développement du bio en France. Après plusieurs années de forte inflation, la filière montre des signes de reprise depuis quelques mois.
La consommation augmente…
Depuis 2012, le marché du bio n'a cessé de se développer en France. L'année 2020, marquée par les confinements liés au Covid, a toutefois bouleversé les habitudes de consommation. Et le bio n’a pas échappé à la tendance, enregistrant un repli de 0,5 % en 2021 et de 4,6 % en 2022. Mais à partir de 2023, les ventes ont connu une recrudescence. Au premier semestre 2025, l'Agence Bio a même observé un rebond inattendu des ventes.
Dans son évaluation de la consommation alimentaire biologique, l'organisme met en lumière la sortie de la longue traversée du désert du bio au sein de la grande distribution. Les ventes de produits porteurs d'un code-barres progressent de 0,1 %, alors que les produits vendus sans code-barres (fruits et légumes en tête) affichent une croissance de plus de 6 %. Résultat : la consommation de produits bio en grandes et moyennes surfaces progresse de 1,4 % en valeur sur le semestre. Dans les magasins spécialisés et les épiceries bio, la reprise est bien plus nette avec une croissance de 6,2 %.
De son côté, la vente directe conserve sa place de locomotive de la filière : +8,8 % sur le semestre. Ce renouveau des produits bio s'explique notamment par une inflation modérée et par l'intérêt grandissant des Français pour la santé et l'environnement. Les conditions météorologiques jouent également un rôle, particulièrement la canicule de cette année. La consommation de produits surgelés, dont les références bio progressent, s'est développée pendant cette période.
…mais la production stagne
Si les Français semblent séduits par le bio, le pays peine à transformer son secteur agricole. Selon l'Agence Bio, environ 10 % des surfaces agricoles françaises sont exploitées en bio. Ce chiffre est en baisse pour la deuxième année consécutive : -2 %, soit une perte de 110 000 hectares. Pourtant, le nombre d’agriculteurs qui passent au bio continue d'augmenter (+1 %), ce qui témoigne d'une tendance persistante à la conversion.
Le recul des surfaces allouées au biologique s'inscrit dans un contexte de manque d'investissement public durable. Malgré les engagements de la France pour atteindre 21 % de surface agricole utile en bio d'ici à 2030, la filière n'est pas soutenue. Dans un rapport publié en octobre, la Cour des comptes note "une attitude généralement réservée et procyclique à l'égard de l'agriculture biologique". La juridiction financière alerte sur un risque de déconversion, les agriculteurs biologiques n’étant épaulés qu’au gré de la conjoncture. Reste à savoir si le regain de consommation suffira à encourager les pouvoirs publics à soutenir la filière.