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Zéro déchet : "Demain, ceux qui seront marginaux seront ceux qui utiliseront du coton jetable"

Emmanuelle Terrier a reçu un prix pour son engagement environnemental dans le cadre des Social Beauty Awards 2018.
©Emmanuelle Terrier

Emmanuelle Terrier, créatrice de la marque de textiles écologiques zéro déchet "Les Tendances d'Emma", a été primée pour son engagement environnemental dans le cadre des "Social Beauty Awards" 2018, un concours organisé par des influenceuses beauté. Entretien.

Elle est une véritable pionnière des kits zéro déchet. Emmanuelle Terrier a décidé il y a bientôt dix ans de lancer sa propre marque de textiles écologiques réutilisables sous forme de kits (carrés démaquillants, lingettes, débarbouillettes lavables notamment, assortis d'un filet pour le lavage, d'une boîte et d'un mode d'emploi). Les produits proposés par la plateforme "Les Tendances d'Emma" s'inscrivent à la fois dans les rituels beauté, la toilette des nouveaux-nés et des jeunes enfants, et le nettoyage de la maison. L'ambition d'Emmanuelle Terrier : réduire les poubelles des Français, remplies de cotons démaquillants, d'essuie-tout et de lingettes. ID s'est entretenu avec cette entrepreneure engagée. 

Qu'est-ce qui vous a amenée à réfléchir à ce projet il y a 10 ans ?

Quand mon petit garçon est né, je me suis posé la question des couches lavables : je n'étais pourtant pas du tout une maman écolo, bio ou zéro déchet, mais je voyais bien qu'il y avait un problème avec la planète. J'étais infirmière à l'époque et je me disais que ce serait impossible d'intégrer cela à mon quotidien. Je suis allée chez une amie qui avait des couches lavables pour voir comment elle se débrouillait et elle m'a dit que ce qu'il fallait avant tout remplacer, c'était les lingettes ! Là-dessus, je me suis dit : "Pourquoi pas, ce sont de petits produits qui ne nécessitent aucune machine supplémentaire, ça me convient". Et ça a été le point de départ des "Tendances d'Emma" : je voulais trouver des alternatives, des gestes que l'on peut faire à son niveau sans bouleverser l'intégralité de sa vie. L'arrivée d'un bébé est d'ailleurs une belle occasion de modifier ses habitudes. 

Comment ces nouvelles habitudes ont-t-elle concrètement pris la forme d'une entreprise ?

J'ai réalisé que l'utilisation de lingettes lavables, dans l'aspect pratico-pratique, c'était compliqué. Je me suis dit qu'il fallait un filet pour les mettre à la machine, et une petite boîte pour les mettre au propre une fois lavées. D'où l'idée de créer des kits, y compris pour les cotons lavables, avec une sorte de guide "prêt à l'emploi". Le leitmotiv des Tendances d'Emma, c'est d'abord des produits pratiques, ensuite économiques et enfin écologiques. J'ai réalisé mes premiers produits dans mon salon, en travaillant en parallèle. Très vite, j'ai monté un site Internet. Et puis j'ai eu besoin de main d'œuvre et je voulais que ça ait un sens et des valeurs. Je suis donc allée très vite frapper à la porte du centre de détention de Joux-la-Ville, avec qui j'ai monté un projet d'atelier, ainsi que l'E.S.A.T d'Auxerre. L'atelier de confection est chez eux depuis maintenant huit ans environ, et le local logistique est en Savoie. 

Aujourd'hui, je ne suis plus vue comme une extraterrestre avec mes carrés démaquillants lavables. Je fais partie de la norme et ça fait plaisir de voir à quel point la société a évolué.  Demain, ceux qui seront marginaux seront ceux qui utiliseront du coton jetable.

Quel accueil a été réservé à vos kits zéro déchet ?

Il n'y avait aucune attente à l'époque, mais alors vraiment aucune ! Il y a 10 ans, beaucoup de gens m'ont dit que j'étais folle. Aujourd'hui, mes clients trouvent ma démarche top, je ne suis plus vue comme une extraterrestre avec mes carrés démaquillants lavables. Je fais partie de la norme et ça fait plaisir de voir à quel point la société a évolué. Quelque chose qui me semblait simple à faire devient maintenant une évidence pour tout le monde. Demain, ceux qui seront marginaux seront ceux qui utiliseront du coton jetable. C'est chouette quand on réfléchit au fait que le coton jetable, c'est 2000 carrés de cotons par an et par femme, soit une baignoire de déchets par personne... Sans compter que la culture du coton est la culture la plus polluante au monde. Je ne vais pas arrêter le réchauffement climatique à moi toute seule mais si tout le monde s'y met, c'est différent. Ce qui est intéressant aussi, c'est que cette première démarche amène d'autres pratiques : les gens se mettent à acheter en vrac, à préparer eux-mêmes le goûter de leur enfant... Ils me disent souvent que j'ai été leur point de départ vers le monde de l'écologie, vers quelque chose de plus propre. 

Des cotons réutilisables.
©Les Tendances d'Emma

Que proposez-vous pour une routine zéro déchet ?

Je propose entre autres un kit Eco Belle pour remplacer son coton, un kit Eco Chou pour remplacer les lingettes pour bébés, un kit Eco Net pour remplacer l'essuie-tout dans la cuisine, des kits de coupes menstruelles avec des protège-slips, mais aussi des textiles pour le ménage, par exemple pour laver les vitres... Faire ses vitres à l'eau évite d'utiliser un produit ménager, qui sont une source majeure de pollution interne. Pour l'été, pourquoi ne pas utiliser un sac à maillot de bain mouillé en coton bio déperlant ? Beaucoup de gens utilisent encore des sacs en plastique. Ces nouveaux réflexes font que pour une fois, l'écologie n'est plus un débat au sein des familles : ça marche. 

Comment avez-vous réagi en recevant cette année deux prix dans le cadre des "Social Beauty Awards" (ndlr : un concours qui récompense des produits beauté et bien-être), dont un pour votre engagement environnemental ?

J'ai pleuré. Ces prix étaient remis par des influenceuses qui ne sont pas du tout bio à la base : c'est la première fois que des influenceuses beauté prennent position de la sorte sur des produits écologiques face à de très grandes marques. Cela prouve que tout le monde a une plus ou moins grande sensibilité écologique : c'est absolument génial, c'est énorme.